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Le jardinage écologique peut mener loin. L’enseigne de jardineries Botanic avait commencé par retirer de la vente en libre-service des pesticides et engrais de synthèse début 2007 puis les a complètement retirés de la vente le 1er janvier 2008. Aujourd’hui, la direction pousse la réflexion sur son engagement environnemental jusqu’à changer le positionnement de ses magasins : en plus de son offre jardinerie, animalerie, maison et décoration, elle se lance dans l’épicerie et primeurs entièrement biologiques, les produits d’entretien écologiques, les cosmétiques certifiés, la restauration rapide (« café philo-écolo») la librairie et même la co-édition avec Actes Sud sur le sujet de l’environnement et du DD. Cinq magasins présentent ce nouveau concept ce printemps. Ils seront quinze sur les cinquante sept que compte le réseau de distribution d’ici la fin de l’année. La marque a annoncé le 20 mars son plan d’action et ses objectifs, afin de devenir d’ici 2010 « la première enseigne de produits naturels, biologiques et écologiques ». Du coup, à l’aune du remodelage de son offre, sa stratégie de renoncer à « 20 à 30% de son chiffre d’affaires sur les engrais » en se passant du Roundup et consorts, se révèle comme un capital d’image. « Aujourd’hui les Français sont prêts à changer leurs comportements pour aller vers une consommation plus responsable dès lors qu’on leur propose des solutions concrètes. Botanic veut être un acteur dans cette transformation des modes de consommation et de production », déclare Luc Blanchet, président de l’enseigne.
Filière bois équitable au Cameroun
Le projet de Botanic, distribuer des salons de jardin sans piller la forêt tropicale de ses essences rares, a rencontré une initiative des Amis de la Terre, visant à rendre gestionnaires de la forêt camerounaise les populations qui y vivent, comme les Bakas, une ethnie pygmée, près de la réserve du Dja. « Pour 1m3 abattu sur leur concession, les populations locales sont censées toucher 2 € - quand cette taxe leur parvient… Quand elles gèrent elles-mêmes leur bois, elles en tirent 60 €/m3. Or, quand on accorde ce droit aux populations, on s’aperçoit que la dégradation est moindre. Les forêts sont gérées de façon plus durable » explique Sylvain Augeran, des Amis de la Terre. Botanic vendra de cette filière deux ou trois essences hors de la liste des espèces menacées (comme le moabi, particulièrement décimé là-bas) et importera quelques produits finis comme des caillebotis, afin d’augmenter la valeur ajoutée des populations, tout en réduisant le poids du transport, par rapport aux grumes.
Lobby auprès des fournisseurs
Le distributeur ne se contente pas en effet de référencer les produits écologiques existants (25 000 produits de mille fournisseurs) mais influe aussi sur le métier et l’offre de ses fournisseurs habituels. En jardinerie et animalerie notamment, l’offre écologiquement et socialement responsable reste à construire. Les soins pour animaux naturels et efficaces existent peu, par exemple. Pour Botanic, le laboratoire de recherche d’un fabricant planche sur des produits anti-tiques et puces écologiques. En jardinerie, le terreau sans tourbe, lancé en 1998 comme une première, reste rare ; pour les pépiniéristes, les pots en plastiques sont la norme et les pratiques horticoles loin d’être biologiques. Parmi les 25 engagements de son « Pacte 2010 pour un nouveau mode de vie », Botanic se fixe l’objectif de faire certifier MPS 100% de ses fournisseurs de végétaux (35% du CA de l’enseigne). « La démarche MPS est en trois niveaux et donc progressiste » précise Christine Viron, responsable DD. Vingt deux producteurs français référencés chez eux se sont déjà engagés à réduire leur consommation de pesticides de 34% et d’azote de 28% en trois ans, via cette procédure de certification horticole. Botanic étudie avec eux la possibilité de remplacer les pots en plastiques par des alternatives biodégradables. L’ensemble des emballages fait par ailleurs l’objet d’un lobby continu de l’enseigne contre le plastique et les déchets inutiles. Les habitudes sont difficiles à faire évoluer. Par exemple, Aquasolo a fini par présenter son accessoire d’arrosage en goutte-à-goutte sur un carton. « Il a fallu qu’on les tanne pendant deux ans pour qu’ils abandonnent leur coque en plastique thermoformée » témoigne Jean-Marc Riva, directeur des achats. Quant à Scott (distributeur du Roundup en France) il a sorti une gamme de pesticides et fongicides naturels depuis que Botanic ne référence plus son produit phare. « Il y a deux ans, les fournisseurs nous ont regardé comme des extra-terrestres. Aujourd’hui, ils viennent nous revoir, avec des directeurs DD, y compris chez les fabricants de produits chimiques » raconte Jean-Marc Riva. Pour avancer dans sa démarche, Botanic se fait guider par les labels existants (FSC et TFT pour le bois exotique, Fair Flowers Fair Plants pour les fleurs coupées, MAC pour les poissons tropicaux, EKO et SKAL pour le coton bio ou « bioéquitable »…) et les ONG comme la FIDH, sur les critères sociaux et éthiques des pays émergents. « Nous choisissons la moins mauvaise solution, croisons les regards et prenons le risque de nous tromper car les solutions évoluent » déclare Christine Viron, responsable DD. Le distributeur a en tous cas pris le pari de la « consom’action ».
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