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Les contraintes économiques et concurrentielles rencontrées par l’industrie textile ces dernières années ont poussé les entreprises françaises à délocaliser leurs outils de production hors des territoires de consommation, et le plus souvent vers des pays matériellement défavorisés. Faillites d’entreprises et chômage technique au nord, conditions de production dramatiques pour les travailleurs et l’environnement au sud : pour Yamana, ONG créée en 1999 pour appliquer des critères sociaux et environnementaux à l’ensemble de la filière textile, ces considérations basées exclusivement sur la course des prix mettent en péril le développement durable. Soucieuse d’inverser cette dynamique, Yamana développe depuis le 1er juin 2005 Fibre Citoyenne, un programme soutenu financièrement par le Ministère des Affaires étrangères, pour donner une valeur ajoutée aux entreprises textiles qui entreprennent une démarche de progrès en matière de RSE.
L’acceptation d’une entreprise dans le programme est volontairement sélective : la certification Fibre Citoyenne cherche à éviter que ne soient masquées, sous couvert de quelques bonnes pratiques, des activités de dumping ou des pratiques annexes douteuses. L’entrée d’une entreprise dans le programme Fibre Citoyenne se fait en deux temps. La première année, après avoir acquitté la somme de 3000 euros, l’entreprise candidate met au point, en binôme avec un "référent" de chez Yamana, un document le plus complet possible sur les activités et les pratiques sociales et environnementales de l’entreprise. Des objectifs sont définis, et un calendrier des réalisations est mis en place. Ce dossier est ensuite présenté devant le Comité consultatif de veille et de validation (CCVV), qui donne un avis sur la recevabilité du dossier. Au vu de cette expertise, Yamana décide d’intégrer ou non l’entreprise candidate dans son programme Fibre Citoyenne. "Il ne s’agit pas de distinguer des entreprises 100 % RSE, mais d’accompagner une démarche de progrès," précise Hélène Sarfati-Le Duc, chef de projet chez Yamana. Le détail du niveau de l’engagement des entreprises et les progrès réalisés sont mis à disposition des professionnels et du grand public sur le site internet de Yamana.
Pour noter les entreprises, Yamana et le CCVV ont développé un référentiel sur la base de critères universels ou localisés, associés à des critères transversaux de gouvernance : transparence, traçabilité, respect du temps octroyé pour atteindre un objectif, qualité de l’information, qualité du système de management. Des objectifs sont définis sur l’ensemble de ces critères : à l’entreprise d’évoluer pour les atteindre, dans le temps qui lui est imparti. Ce référentiel n’est pas un cadre rigide ; il est susceptible d’évoluer au contact de la pratique. Distribution, confection, tissage, filature, production des matières premières… L’industrie du textile regroupe des métiers très différents : chaque entreprise représente des problématiques spécifiques et demande un traitement adapté.
Huit entreprises ont déjà obtenu la signalétique en novembre 2005 : Verne et Clet (spécialiste du tissu de chemise), Blondel (filature), Roudière (tissage), Armor Lux (bonneterie), TDV (tissage), Switcher (qui propose une offre de vêtements en coton bio), Initial Textile (location de linge et de vêtements de travail) et Mulliez. En novembre prochain, elles devront rendre compte au CCVV des efforts réalisés en termes de transparence et de traçabilité de leurs filières de fabrication, et justifier des activités menées dans l’année pour atteindre leurs objectifs.
Yamana travaille à l’intégration de critères sociaux et environnementaux dans les appels d’offre pour dynamiser la démarche de progrès des entreprises, développe une "synergie RSE" entre les entreprises certifiées Fibre Citoyenne et poursuit son action de sensibilisation : le 22 juin dernier, cinq nouvelles entreprises ont posé leur candidature : Chaignaud Textiles, Flory, Delta Plus, Molinel et Oxbridge Comoditex. Néanmoins, seules quatre d’entre elles ont été acceptées. Le groupe Delta Plus, concepteur et fabricant d’équipements de protection individuel, souhaitait soumettre l’ensemble du groupe à la certification. Or une partie des équipements est réalisée à base de cuir (comme les gants ou les chaussures), un matériau qui n’entre pas dans la filière textile et pose des problématiques spécifiques. Le CCVV a délimité le programme au textile et a reporté l’extension au cuir ; le dossier de Delta Plus, dont le contenu était basé principalement sur le problème du tannage du cuir n’était donc pas éligible ; en revanche, le groupe pourra postuler à nouveau par la suite, mais sur ses seuls produits textiles.
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