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A Kericho, le thé est une religion. Située dans l’ouest du Kenya, cette ville et ses environs sont le cœur de la production théière du pays. Dès l’arrivée, impossible de se tromper : les buissons de Camellia sinensus, reconnaissables à la brillance caractéristique de leurs feuilles vert clair, s’étendent sur des milliers d’hectares. Depuis des générations, le thé est source de revenus, parfois d’espoir, pour de nombreux kenyans. Enok, 27 ans, est cueilleur sur une plantation du groupe Unilever depuis 5 ans. Il a quitté sa ville natale, Kitale, pour trouver un emploi. « Le travail n’est pas dur, c’est vraiment mieux de travailler ici plutôt qu’ailleurs » affirme-t-il. Il embauche pourtant dès 7h du matin, sous un soleil de plomb, et récolte jusqu’à 60 kg de feuilles par jour. « Mais on est mieux payés ici que dans les autres plantations ». Et pour cause. Enok, comme les 18000 employés d’Unilever Tea à Kericho, bénéficie des engagements du géant néerlandais en matière de développement durable. Unilever a lancé en mai 2007 sa campagne pour des produits éthiques et durables. Dès le début 2008, les marques de thé de la multinationale (dont Lipton) ont commencé à proposer des produits en partie issus de plantations certifiées par Rainforest Alliance. L’ONG américaine avait déjà lancé des programmes de production de bois et de café durables, avec beaucoup de succès. « Nous avons choisi Rainforest Alliance pour leur approche plurielle et internationale, et parce qu’ils sont un des rares organismes certificateurs à travailler avec des multinationales » justifie Michiel Leijnse, responsable du programme agriculture durable chez Unilever. Ni équitable, ni bio : une certification à part Le principe de la certification de Rainforest Alliance s’inspire du commerce équitable et de l’agriculture biologique, mais s’en différencie. Créée en 1992 par Rainforest Alliance et le Réseau d’agriculture durable (SAN pour Sustainable agriculture network), cette certification concerne spécifiquement les cultures tropicales : café, cacao, bananes, ananas, fruits de la passion, fleurs… Les détracteurs prétendent que les critères qu’elle impose sont plus laxistes que ceux des autres labels. Faux, rétorque Joke Aerts, coordinatrice européenne du programme d’agriculture durable de Rainforest Alliance : « Notre ONG audite près de 200 critères tous les ans », à la fois environnementaux, sociaux et économiques. Sur le plan environnemental, il ne s’agit pas d’un label d’agriculture biologique. Les pesticides ne sont pas interdits, mais leur utilisation est « contrôlée » pour la sécurité des employés et la santé des populations. Rainforest Alliance surveille particulièrement l’état des sols, des eaux et des écosystèmes alentours, ainsi que la gestion des déchets par les exploitants. Entre les plantations de thé d’Unilever, des forêts d’eucalyptus ont été plantées. Elles permettent de réduire l’humidité et constituent un puits de CO2. Mais surtout, l’eucalyptus nécessite peu d’eau tout en étant très calorifique : il est donc un combustible “rentable” utilisé pour faire sécher le thé dans les usines. Un marché fluctuant Les premières plantations de thé certifiées par Rainforest Alliance ont été celles d’Unilever à Kericho, en juin 2007. Mais le programme prévoit également de faire labelliser les exploitations de petits producteurs indépendants, dont Unilever achète déjà la production. « Des écoles ont été fondées pour former les planteurs indépendants à l’agriculture durable » explique Kip-Utich Kaptich, directeur d’Unilever Tea Kenya. « On leur apprend également à gérer leur productivité ». En surface cumulée de plantations, ces petits producteurs pèsent plus lourd que les grandes fermes au Kenya. A quelques kilomètres de Kericho, Sambo possède une dizaine d’hectares de champs de thé. Il vend la totalité de sa production à Unilever, et s’en dit très satisfait. « Tous les 3 ou 4 mois, les experts d’Unilever viennent nous prodiguer des conseils » raconte-t-il. « La paye n’est pas trop mauvaise, mais on prie pour que les prix augmentent ». A l’inverse du label Max Havelaar, la certification de Rainforest Alliance ne garantit pas un prix minimum d’achat des produits aux petits producteurs. « Nous estimons que donner un prix fixe n’est pas une solution et peut être nuisible pour la qualité du thé » explique Michiel Leijnse. Contrairement à celui du café, le marché du thé est très fluctuant. L’offre est supérieure à la demande, et le cours du thé a chuté de 35% en 25 ans. Unilever propose cependant aux petits producteurs de racheter leur thé à un prix toujours supérieur à celui du marché. Le but de la manœuvre est d’encourager les planteurs à produire un thé de meilleure qualité, tout en poussant les producteurs non certifiés à changer de filière. « Nous voulons les encourager à investir dans de meilleurs installations car ils y gagneront tout de suite » insiste Michiel Leijnse. Le prix de la certification, 5$ par hectare, est absorbé par Unilever. Améliorer les conditions de vie des travailleurs Finalement, la meilleure position est celle des cueilleurs qui travaillent directement dans les plantations de la multinationale. Le salaire d’Enok est trois fois supérieur à ce qu’il gagnerait ailleurs, même s’il reste payé au kilo de feuilles cueillies. Lors de son embauche, il a été formé aux règles d’hygiène et de sécurité. Il bénéficie même d’une semaine de congés à Noël, en plus des jours fériés nationaux. Comme tous les employés, Enok et sa famille bénéficient gratuitement des infrastructures construites par Unilever à Kericho : des logements, un hôpital, qui est également ouverts aux habitants de la région, un planning familial, des dispensaires, des écoles, des crèches, etc. Le groupe a également investit dans la construction d’une station hydroélectrique, qui fournit l’énergie des six usines, et d’un centre de recherche, pour optimiser les plantations et améliorer la protection des écosystèmes. Depuis peu, le logo de Rainforest Alliance trône sur les boîtes de thé Lipton Yellow Label Tea et Lipton Earl Grey. Pourtant, pour l’instant, une partie seulement des plantations d’où provient le thé des marques Unilever est certifié par Rainforest Alliance. Le thé en sachet est un mélange, dont seul 20% provient des plantations kenyanes. En décembre 2007, Michiel Leijnse avouait que la firme « ne communiquait pas encore beaucoup, car 20%, ce n’est pas un taux assez crédible ». La campagne de communication avait également été mise en suspens à la suite des violents conflits qui avaient agité le Kenya et la région de Kericho fin 2007. L’activité d’Unilever avait cessé pendant plusieurs semaines, mais a pu reprendre normalement dès la fin des combats. Aujourd’hui, 50% du thé d’un sachet provient de plantations garanties par Rainforest Alliance, et un site a été créé pour détailler la démarche, avec un slogan accrocheur : « votre simple tasse de thé peut faire beaucoup ». Toutes les plantations de thé dont sont issus les produits Unilever devraient être certifiées d’ici 2015. En 2010, les thés Lipton Yellow Label et PG Tips (la marque la plus vendue au Royaume-Uni) seront exclusivement issus de plantations auditées par Rainforest Alliance. En attendant, un thé noir de Kericho, 100% kenyan et labellisé, est déjà disponible dans le commerce.
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