Angola : les enjeux de la relation ONG / entreprises

Entreprises \Politique développement durable \Partenariat ONG-Entreprise

Publié le 05-09-2005

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Titulaire d'un DEA en sciences politiques, Pauline Toutain a analysé la participation des entreprises pétrolières à la reconstruction de l'Angola et a réalisé une étude sur les relations qu'elles entretiennent avec les ONG. Interview.

Quel est le nombre de partenariats conclus entre les entreprises et les ONG ?
C’est une donnée difficile à évaluer, car il existe une multitude de micro-projets que les compagnies pétrolières développent dans le cadre de leurs contrats de concession avec le pays.  Ces projets concernent majoritairement l’aide alimentaire, la santé et la relance de l’agriculture, sous forme de dons financiers. De manière schématique, les entreprises adoptent trois types de stratégies. Ces trois stratégies sont intimement liées à la perception des compagnies pétrolières du rôle que peuvent jouer les ONG ainsi qu’à la réflexion de la compagnie sur la problématique du développement. Premièrement, les compagnies mènent seules leurs projets sociaux sans passer par l’intermédiaire d’ONG, perçues comme inutiles. Deuxièmement, les entreprises collaborent avec des ONG mais leur participation se limite au financement du programme mis en œuvre. Troisièmement, ONG et entreprises collaborent étroitement. Une fois la stratégie définie, les décisions sont prises en commun, les tâches sont partagées. Globalement, les entreprises sont conscientes qu’elles ne peuvent agir seules et qu’elles ne possèdent pas toutes les compétences et l’expertise nécessaires aux activités de développement. 

Quel type d’ONG choisissent-elles?
Depuis deux ou trois ans, les compagnies pétrolières ont compris qu’il fallait élargir ces projets sociaux et les inscrire dans une durée plus longue pour qu’ils aient des impacts durables. Les 6 principaux groupes pétroliers que j’ai étudiés (Chevron, Total,  Esso Angola (ExxonMobil), Statoil, BP, Norsk Hydro) travaillent chacune avec 3 ou 4 ONG internationales. Elles estiment en effet que les grandes ONG sont plus fiables et mieux structurées,  tandis que les ONG locales manqueraient d’expérience. Chevron travaille par exemple principalement avec 5 organisations américaines (Catholic Relief Services, Save the Children – US, World Vision, Care et Africare), Statoil avec  plusieurs organisations norvégiennes, etc. Seul Total a développé son principal partenariat avec une ONG angolaise, mais il s’agit d’une structure créée à l’origine par des salariés d’Elf.

Quel est selon vous le type de partenariat réussi ?
L’initiative la plus intéressante à mon sens est celle du partenariat public/privé conclu entre Chevron Texaco, le PNUD et USAID, pour lequel la compagnie s’est engagée à verser 25 millions de dollars sur  fonds propres en cinq ans, pour un budget originel de 50 millions de dollars. Intitulé Angola Partnership Initiative (API), ce programme est axé sur deux grands domaines : le développement des micro-entreprises avec le PNUD, soutenu par la création d’une banque de micro-crédit ; et la relance de l’agriculture avec USAID, qui comprend la création de coopératives et un volet formation pour les populations. Ce projet est d’autant plus intéressant qu’il est axé sur le long terme  Il est par ailleurs ouvert à d’autres partenaires, qu’il s’agisse d’entreprises ou d’ONG.

Comment qualifier les relations ONG / entreprises ?
La méfiance subsiste des deux côtés,  tout particulièrement au sein des entreprises qui n’ont pas l’expérience des relations avec les ONG. Le fonctionnement, les moyens, les activités, le personnel des ONG restent parfois un mystère pour elles. Cette méconnaissance favorise l’opinion négative de certains « pétroliers » sur des ONG perçues comme inefficaces, dépensières, protestataires.  Certaines compagnies ont cependant compris – et appris – que les ONG ne sont pas forcement contre elles, qu’elles ne représentent pas nécessairement un danger. De même, les ONG qui ont franchi le pas se disent globalement satisfaites de leurs relations avec les compagnies, malgré leurs divergences. On constate toutefois que des différences culturelles subsistent entre les entreprises anglo-saxonnes et les autres. Elles sont plus ouvertes et travaillent depuis plus longtemps avec  le monde associatif, ce qui n’est pas le cas des groupes français comme Total, par exemple. Une méfiance réciproque demeure très présente chez les entreprises comme chez les ONG françaises.

Comment s’organisent ces partenariats ?
Les ONG partent du principe que si elles acceptent de l’argent des entreprises, elles restent maître d’œuvre des projets. Elles  fournissent bien entendu des reportings réguliers pour les entreprises mais entendent garder leur statut de décideurs. Elles sont prêtes, d’ailleurs, le cas échéant, à révéler publiquement les manquements des entreprises et disposent donc d’un moyen de pression important. Le problème, c’est que les entreprises cherchent de plus en plus à devenir décisionnaires elles aussi, alors qu’auparavant elles étaient d’accord pour confier la réalisation des projets aux ONG en reconnaissant le principe du « chacun son métier ». Chevron Texaco est même allé jusqu’à lancer un appel d’offre sur un projet agricole pour trouver une ONG.

Véronique Smée
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