Il s'agit d'une première dans l'histoire des relations sociales au niveau mondial : un texte conjoint de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL, 231 centrales syndicales dans 150 pays) et de l'Organisation internationale des employeurs (OIE, 137 organisations dans 133 pays), par lequel les deux organisations sont convenus de donner ensemble " la priorité " à la lutte contre le Sida sur le lieu de travail et au-delà. " Outre qu'il détruit des communautés et des familles, le Sida sape le développement dans de nombreux pays, menaçant la survie de travailleurs et d'entreprises ", soulignent les partenaires sociaux dans une déclaration commune datée du 12 mai. Ce texte a été publié dans la cadre du Pacte global de l'ONU, auquel les deux organisations ont adhéré et qui promeut une " bonne citoyenneté mondiale " des entreprises. Elle se veut toutefois indépendante du débat, parfois vif entre ces organisations, sur la propriété intellectuelle des médicaments contre le Sida. Le Sida est l'un des six thèmes de dialogue proposés en 2003 par le Pacte global de l'ONU. CISL et OIE invitent notamment leurs affiliés à cibler les régions à risques et les jeunes de 15 à 25 ans, qui représentent un sixième de la population mondiale mais la moitié des infections dues au Sida, ainsi que les femmes et les travailleurs migrants. En Afrique sub-saharienne, les jeunes femmes risquent cinq fois plus de contracter le virus que les jeunes hommes. Des programmes d'action nationaux sont envisagés, qui s'inspireront du " Code de pratiques de l'OIT sur le Sida et le monde du travail ". L'OIE a de son côté publié avec l'ONUSIDA en 2002 un "Manuel des employeurs sur le Sida ", qui recense les meilleures pratiques, tandis que l'Organisation régionale africaine de la CISL a élaboré un " Manuel de formation pour les délégués syndicaux sur le Sida sur le lieu de travail ". " En travaillant ensemble, les entreprises et les syndicats peuvent apporter une contribution essentielle et crédible à la lutte contre le Sida sur les lieux de travail, mais également dans l'ensemble de la communauté ", a souligné le secrétaire général de la CISL, Guy Ryder. Employeurs et syndicats peuvent ainsi " contribuer le plus efficacement à la lutte contre la pandémie ", a déclaré pour sa part Antonio Peñalosa, le secrétaire général de l'OIE.
Sida : coopérations sur le terrain
Perte de main d'œuvre qualifiée, frais médicaux élevés, absentéisme, baisse de la productivité : le coût du virus pour les entreprises est énorme. Discrimination, perte de revenus pour la famille, développement de la pauvreté : les travailleurs paient aussi le prix fort. Sur le terrain, les deux parties s'associent pour juguler le fléau. En Afrique du Sud, plusieurs producteurs d'or se sont engagés dans la lutte contre le Sida, souvent en coopération avec l'Union nationale des travailleurs de la métallurgie (NUM), affiliée à la centrale syndicale COSATU. Le premier producteur d'or du pays AngloGold a ainsi annoncé en avril qu'il financerait le traitement de ses salariés infectés par le virus, qui représentent un quart de ses effectifs. La NUM et le deuxième plus grand producteur, Gold Fields, ont signé un accord qui couvre des programmes de prévention, des tests (volontaires), des soins médicaux et le traitement des salariés infectés. Le constructeur automobile Ford a aussi établi un partenariat de lutte contre le Sida avec la NUM en Afrique du Sud, en associant de diverses manières les délégués syndicaux. Aux Philippines, le fabricant de congélateurs Philacor a élaboré avec des syndicats et des ONG une politique qui couvre les questions d'emploi, de discrimination, ou d'aménagement des postes de travail. Au Kenya, la Fédération des employeurs du Kenya a élaboré avec les organisations syndicales un " Code de conduite face au Sida sur le lieu de travail ". Au Ghana, l'Association des employeurs du Ghana (GEA) mène à bien un projet sur le Sida avec le Trades Union Congress depuis la mi-2001.
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