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Regrouper des sites signifie pour une entreprise regrouper ses salariés... et donc souvent leurs voitures. France Telecom vient de vérifier cette logique sur Marseille. Ayant récemment concentré ses activités sur trois sites, dans l'hypercentre de Marseille, la société a rapidement été confrontée aux problèmes liés aux déplacements professionnels de ses salariés. L'entreprise, qui externalise la gestion de sa flotte, a vu ses capacités de stationnement saturées et insuffisantes, et ses coûts de location de parking (jusqu'à 120 000 euros annuels pour 1 site) augmenter. Par ailleurs, un incident important survenu à une salariée a mis en évidence des problèmes de sécurité sur certains secteurs, certains employés travaillant de nuit. France Telecom a donc décidé, "pour répondre à l'attente de ses salariés, et dans le cadre de sa politique de développement durable" d'entamer un Plan de déplacement entreprise (PDE) dont la mise en oeuvre est prévue à l'automne 2004. Le PDE porte pour l'instant sur ces trois sites pilotes (600 salariés), mais l'expérience pourrait être étendue aux 3 200 salariés de la région des Bouches-du-Rhône. Si l'entreprise a déjà initié cette démarche pour certains sites de Lyon, elle est la première entreprise de l'agglomération marseillaise à le faire.
Implication des salariés indispensable
La première phase, de sensibilisation et d'implication des salariés, vient d'avoir lieu. Des affiches et des stands ont été installés pour diffuser l'information. En décembre 2003, les employés ont été invités à répondre à des questionnaires, pour connaître leurs modes de déplacements, et leurs besoins. Il leur est également proposé de faire partie de groupes de travail, chargés, courant 2004, d'élaborer des propositions, au vu du diagnostic résultant de l'étude préliminaire. Une étude pour laquelle France Telecom a reçu une subvention au titre de l'accord Etat-Région-Ademe (soit 70 % du prix de l'étude, de 30 000 euros). "La participation des salariés est primordiale, explique Regine Teulade-Ness, chef de projet du PDE, puisque l'acceptation de la démarche en dépend. Les syndicats sont d'ailleurs présents dans l'équipe projet depuis le tout début, en amont du lancement du PDE."
PDE, démarche de développement durable
Pour France Telecom, le PDE s'inscrit dans une démarche de développement durable, puisque les bénéfices escomptés "concernent à la fois le personnel, l'entreprise et l'ensemble des citoyens." Soit des enjeux d'ordre social, économique et environnemental : "L'amélioration des conditions de transport des salariés devrait apporter plus de convivialité et moins de stress, estime Régine Teulade-Ness. La réduction des déplacements en voiture devrait contribuer à la réduction de la pollution et à la lutte contre les gaz à effet de serre. Enfin, la réduction des coûts liés aux transports des salariés (location de parking, accidents de travail) est un enjeu tout aussi important pour nous." Même s'il est encore trop tôt pour présumer des solutions retenues, Régine Teulade-Ness sait qu'il faudra faire du cas par cas, les métiers étant très variés (commerciaux, techniciens, administratifs, personnel d'accueil...) comme les horaires de travail. Les alternatives envisageables devront être variées pour séduire, le mode de déplacement restant en majeure partie la voiture : solutions mieux adaptées de transport en commun (fréquence, horaires...) avec participation financière de l'entreprise, aménagement des zones de stationnement, recours au covoiturage, aménagement d'horaires de travail, télétravail ou travail à distance, sur un site décentré...
Des aménagements à l'échelle de l'entreprise et de la ville
Le PDE de France Telecom s'inscrit dans une politique de la ville en faveur d'une réduction de la place de la voiture en ville. Aux derniers chiffres connus, c'est-à-dire en 1997, on recense sur Marseille plus de 2 700 000 déplacements journaliers, tous modes confondus. 51 % sont effectués en voiture, 34 % à pied (dont une petite part à vélo) mais seulement 11 % le sont en transports en commun. Un état de fait que souhaite voir évoluer Yves Demange, responsable du projet PDU (Plan déplacement urbain) à la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole : "Le PDU, adopté en 2000, vise à revoir l'organisation des transports d'ici 2015, en proposant de véritables alternatives au développement de l'automobile, ce qui rejoint l'objectif du PDE, puisqu'un tiers des déplacements en voiture sont des déplacements professionnels. Nous allons étendre notre ligne 1 de métro, et surtout créer un nouveau tramway. Le tramway est idéal pour "éjecter" la voiture, puisque son tracé limite les voies de circulation et que le parking s'en trouve lui aussi limité. Mais nous devons aussi répondre à des besoins horaires adapté aux entreprises. Pour ce qui est du soir par exemple, nous savons que nous ne pourrons pas toujours répondre par les transports."
Vers des PDE obligatoires ?
Bien sûr, les problèmes de pollution que connait Marseille ne se verront pas tous réglés par un PDU ni un PDE, mais leur incidence sera très bénéfique. En effet, selon Laurent Neyer, chef de division environnement à la Drire, le département des Bouches-du-Rhône est soumis à deux sources majeures de pollution atmosphérique, le dioxyde de souffre, qui provient essentiellement du site industriel de l'Etang de Berre (industrie chimique, pétrolière, raffinerie...), et l'oxyde d'azote dû au trafic routier, et à l'axe majeur que représente Marseille. "Comparativement aux autres régions, l'ozone de la région PACA a la particularité d'être produit par la région. Les actions locales sont donc importantes et ont un effet rapidement mesurable. C'est dans cet esprit que nous avons travaillé sur le Plan de protection de l'atmosphère (PPA) pour le département, prévu dans le cadre de la loi sur l'air. Nous avons fait une quarantaine de propositions pour réduire les diverses sources de pollutions, fixes ou mobiles, comme les voitures. Une de nos propositions consiste du reste à imposer la mise en place d'un PDE pour les entreprise de plus de 100 salariés." Une mesure qui pourrait "booster" très sérieusement le nombre de PDE, pour l'instant "volontairement" mis en place par un nombre encore réduit d'entreprises, alors que son efficacité semble prouvée pour réduire le trafic routier journalier et développer des formes de transports alternatives. On attendra l'automne 2004, date prévue de l'adoption du PPA des Bouches-du-Rhône, pour savoir si le Sud va ouvrir la route vers une responsabilisation généralisée des entreprises et de leurs salariés.
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