Special réchauffement climatique Special réchauffement climatique Special réchauffement climatique
Special discrimination au travail Special discrimination au travail Special discrimination au travail

Vedanta accusé pour ses activités en Inde

Entreprises \Sites et riverains

Publié le 16-02-2010



Amnesty international

La compagnie minière anglaise qui opère dans la région d'Orissa en Inde est sévèrement critiquée pour la violation des droits des populations –majoritairement indigènes- qui vivent autour de ses sites d'exploitation. Aujourd'hui celle-ci fait l'objet d'une campagne de Survival, d'un rapport d'Amnesty et voit quelques uns de ses gros investisseurs se retirer de son capital.

Sur son site internet Vedanta aluminium, filiale de Vedanta Ressources, arbore fièrement la récente distinction que son président, Mr Siddiqi, vient d’obtenir d’Ethical Practice pour ses pratiques responsables. Une récompense qui paraît pour le moins incongrue alors que la firme multinationale fait l’objet de très vives critiques de la part d’ONG de différents horizons pour ses activités dans l’Etat indien d’Orissa, l’un des plus pauvre du pays, où déjà près de 46 % de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté. Au début du mois de février, Survival International a ainsi profité du succès planétaire du film Avatar pour faire le parallèle entre la situation du peuple fictif des Na’vi’qui et celui bien réel des Dongria Kondh qui lutte contre l’exploitation minière de ses terres. Si James Cameron n’a toujours pas répondu à l’appel de l’ONG, les grands médias internationaux ont eux abondamment relayé l’affaire qui jusque là n’avait eu que peu d’échos dans la presse. Le coup de projecteur a également été alimenté par un rapport sorti quelques jours plus tard par Amnesty International. L’ONG y dénonce les dégâts environnementaux et sanitaires créés par la raffinerie d’alumine de Lanjigarh et -comme Survival- la menace qui pèse sur la tribu des Dongria Kongh par l’exploitation programmée d’une mine de bauxite, deux activités gérées par des filiales de Vedanta Resources.

Des promesses au cauchemar

Quand la compagnie est arrivée dans la région au milieu des années 2000, les populations locales ont pourtant voulu croire aux promesses d’emplois et de développement qui leur avaient été faites. Mais aujourd’hui, victimes d’expropriations et de problèmes de santé, elles découvrent l’envers de la médaille. « Les habitants respirent l’air pollué et ont peur de boire l’eau de la rivière, pourtant l’une des principales sources d’eau de la région », note le rapport d’Amnesty international (1). Cependant, ni la compagnie, ni le bureau de contrôle de la pollution de l’Etat d’Orissa, qui a pourtant constaté les dégâts, n’ont jugé bon d’informer la population. Aucun suivi sanitaire n’a non plus été mis en place. Pire, le gouvernement indien -qui s’est largement rendu coupable de laissez-faire selon l’ONG- étudie actuellement un projet d’extension de la mine, qui multiplierait par six sa capacité de raffinage sans que, là encore, les riverains n’aient été informés des conséquences.

Des pratiques généralisées ?
Le cas des exploitations de l’Etat d’Orissa seraient-elles symptomatiques des pratiques de Vedanta dans le reste du monde ? La multinationale qui exerce également dans d’autres régions de l’Inde ainsi qu’en Afrique et en Océanie a déjà été critiquée pour sa gestion environnementale. En 2004, c’est son usine de cuivre de Tuticorin, en Inde du Sud qui était pointée du doigt par la Cour suprême indienne pour la gestion de ses rejets de déchets toxiques. Deux ans plus tard, l’entreprise était accusée d’être à l’origine d’une contamination d’une rivière de la région de Chingola, en Zambie, qui avait privée les riverains d’eau potable pendant plusieurs jours. En 2009, les Amis de la Terre avaient ainsi nommés la Société générale dans la catégorie environnement de ses prix Pinocchio pour sa participation financière dans le groupe Vedanta Ressources.

Un peu plus loin, dans les collines voisines de Niyamgiri, une filiale de Vedanta et l’Orissa mining corporation souhaitent également ouvrir une autre mine pour extraire de la bauxite avec l’aval des autorités mais, selon les ONG, sans le consentement préalable des riverains ; les quelque 8000 membres de la tribu première des Dongria Kondh. Depuis dix huit mois, ceux-ci multiplient donc les actes de résistances, organisant chaînes humaines, blocage de camions menant à l’usine déjà en service et manifestations pour protester contre l’exploitation de ces montagnes qu’ils considèrent comme sacrées et nécessaires à leurs survie économique, politique et culturelle. L’affaire, portée par Survival dans une plainte à l’OCDE, a ainsi amené le gouvernement britannique à condamner Vedanta pour le traitement infligé à la tribu le 12 octobre 2009.

Mais pour Vedanta, qui affirme placer le développement durable « au cœur de sa stratégie », ces critiques sont hors de propos. Selon le groupe, pas une seule famille de ces tribus ne sera expropriée par le projet de mine de bauxite. Aussi, dans une lettre envoyée aux journalistes après une manifestation organisée fin 2009 et à laquelle participait Survival International, le porte parole de la compagnie, Pavan Kaushik, écrivait que « des ONG étrangères provoquent des troubles à Lanjigarh et incitent des tribus innocentes à diffamer le gouvernement et l’entreprise » et « font circuler de fausses informations » sur un projet qui « devrait permettre de modifier le profil de l'ensemble du district avec l’apport considérable d’emplois directs et indirects, le développement des infrastructures, le développement communautaire, le développement socio-économique et d'autonomisation ». Par ailleurs, Vedanta estime que le rapport d’Amnesty est basé sur des données dépassées provenant de « documents antérieurs datant de 2004-2005 ». La compagnie qui, selon les ONG, n’a pas souhaité répondre à leurs sollicitations pendant leurs travaux préparatoires, préfère mettre en avant les nombreuses réalisations qu’elle mentionne sur son site internet et dont elle fait la promotion dans sa campagne de publicité « Mining hapiness for the people of Orissa », où elle met en lumière les témoignages des populations locales satisfaites des différentes actions qu’elle mène dans la région autour de l’éduction, de la santé et de l’environnement. Mais pour Francis Perrin, membre du bureau exécutif d’Amnesty International, « ce n’est en aucun cas une réponse aux violations des droits humains que nous dénonçons dans le rapport. Il ne s’agit pas de balayer d’un revers de la main leurs actions, mais elles ne compensent pas les dommages créés par ses activités ».

Désengagement des investisseurs

C’est aussi ce que semblent penser certains des investisseurs de Vedanta. Largement sollicités par les différentes ONG qui tentent de les informer sur les pratiques de la firme, quelques uns ont déjà franchi le pas du désengagement pur et simple. En novembre 2007, le fonds souverain de la Norvège, le deuxième du monde, a revendu ses 9 millions d’euros d’actions qu’il détenait dans l’entreprise suite aux recommandations de son Conseil d’éthique, qui pointait du doigt de « sévères dommages environnementaux et des violations sérieuses ou systématiques aux droits humains ». Ont suivis Martin currie investments, qui a cédé ses 2,6 millions d’euros de parts, et le fonds de pension de BP qui a réduit sa participation dans le groupe en raison de « sa préoccupation concernant le mode opératoire de la compagnie ». Enfin, le 5 février, pour la première fois de son histoire, et après avoir rencontré à plusieurs reprises les dirigeants de Vedanta, l’Eglise d’Angleterre a retiré près de 3 millions d’euros qu’elle avait investis dans l’entreprise. « Après 6 mois d'engagement, nous ne sommes pas convaincus que Vedanta est susceptible de montrer à l'avenir le niveau de respect des droits de l'Homme que nous attendons des entreprises dans lesquelles nous investissons », s’est expliqué le conseiller éthique de l’Eglise, John Reynolds.

Béatrice Héraud
© 2010 Novethic - Tous droits réservés
Imprimer Partagez l'article sur Facebook

Sommaire du dossier


Liens utiles

Le Media
» La newsletter sur votre mail
» Les articles sur votre mobile
» Les alertes thématiques
Le Centre de Recherche
ISR
» A propos de l'ISR
» Les études ISR
» Le Label ISR Novethic
» La liste des fonds ISR
» L'Essentiel de l'ISR
RSE
» A propos de la RSE
» Les études RSE
» Repères RSE
Conférences
» Les débats thématiques
» Le colloque annuel
English
» Studies and Events
Outils
» Formations développement    durable
» Bibliographie
» Glossaire
Presse
http://www.novethic.fr/novethic/v3/reperes-rse.jsp