Touristes et Autochtones font-ils bon ménage ?

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Publié le 19-08-2009

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Indien Jarawa
Indien Jarawa
© Survival

La sauvegarde des peuples autochtones est un enjeu de développement durable. Chaque année près de 900 millions de touristes voyagent à travers le monde. Ces voyageurs, toujours plus nombreux et de plus en plus attirés par une quête d' « authenticité » peuvent cependant représenter une menace pour la santé et la culture des peuples indigènes.

Le 16 août, il était impossible pour les touristes de se rendre sur l’Ile de Pâques. La seule compagnie aérienne desservant le petit îlot volcanique était en effet bloquée par un petit groupe d’Autochtones pour protester contre le flux excessif de touristes mettant en péril le fragile écosystème de leur territoire. Un exemple qui illustre bien l’ambiguïté qui existe aujourd’hui entre le développement du tourisme et la préservation des peuples indigènes. Car si certains peuples mettent beaucoup d’espoir dans le déploiement de ce secteur, comme a pu le faire le peuple Rapa nui de l’île de Pâques, plusieurs tribus sur les 370 millions d’Autochtones recensés dans le monde par les Nations Unies, sont aussi menacées par les quelque 900 millions de touristes qui circulent chaque année dans le monde.
Entre la construction de complexes hôteliers de luxe ou l’organisation d’expéditions touristiques à caractère « ethnologique », la survie -non seulement culturelle mais aussi tout simplement sanitaire- de certains peuples isolés ou récemment contactés, pourrait ainsi être compromise. « Il existe de nombreux exemples de groupes qui, à la suite d’un premier contact, ont perdu plus de la moitié de leurs membres, victimes de maladies contre lesquelles ils n’étaient pas immunisés », explique Stephen Corry, directeur de l’ONG Survival International qui a lancé début août une alerte concernant les « effets dévastateurs » du tourisme sur ces populations.

Hôtelleries de luxe et circuits d’aventure

Depuis quelques mois l’association lutte ainsi contre l’extension, sur les îles indiennes d’Andaman, d’un luxueux complexe hôtelier de Barefoot. Celui-ci jouxtera en effet le territoire protégé des Jarawa, un peuple de 320 membres ouvert sur le monde extérieur depuis une dizaine d’années seulement. Alors que la compagnie de voyage s’affiche  volontiers en promoteur d’un « tourisme durable et socialement responsable », la chargée de campagne de Survival, Sophie Grig dénonce un chantier qui « entraînera un afflux d’ouvriers et de "colons" dans cette région, accroissant gravement la pression sur les Jarawa et leur territoire. »
A l’autre extrême, l’ONG met aussi en garde contre les circuits "aventures" destinés à rencontrer des peuples isolés, comme ceux organisés par l’aventurier Kelly Woolford qui propose des "first contact expedition" chez les Papous. Si cela était effectivement le cas, elles auraient pourtant des « conséquences catastrophiques », estime Survival.
Pour Yvon le Bot, sociologue spécialiste des Indiens d’Amérique Latine, la question touristique devient « un enjeu de plus en plus important ». Certains mouvements indigènes rentrent ainsi en résistance contre des projets jugés indésirables. Au Honduras par exemple, l’organisation fraternelle noire hondurienne (Ofraneh) multiplie les blocus pour empêcher la construction du Laguna de Micos & Beach Resort, situé sur le territoire de la communauté garifuna. Pour l’Ofraneh, « les impacts du tourisme sont énormes : déterritorialisation, dégradation environnementale, abus contre les droits humains, pressions psychologiques… », énumère-t-elle dans un rapport, dénonçant également la bienveillance du gouvernement sur le projet.

Des initiatives autochtones

Certains gouvernements voient en effet dans ces projets touristiques une façon de contrôler des peuples trop revendicatifs. Ce fut par exemple le cas au Mexique, notamment dans la région du Chiapas, quelques années après la révolte zapatiste… Ou encore au Bostwana où « l’Etat veut transformer la réserve de gibier du Kalahari central, territoire ancestral des Bushmen, pour la convertir en zone touristique avec des lodges de luxe. Le problème, c’est que ceux-ci seront très consommateurs d’eau alors que les Bushmen n’ont même pas accès à leur unique puits ! », estime Sophie Baillon de Survival.
« Attention, nous ne disons pas que le tourisme est forcément néfaste pour les populations autochtones », reprend-elle. «Si celles-ci sont associées aux projets, elles peuvent en tirer un bénéfice économique ou s’en servir pour relayer leurs messages et leur culture. » Quelques initiatives de structuration d’un tourisme fait par et pour les populations autochtones commencent ainsi à se mettre en place, comme l’Indigenous Tourism Rights International, qui permet aux communautés d’échanger sur un "écotourisme" qui leur serait bénéfique. Précurseur, le Canada compte aujourd’hui près de 1200 entreprises détenues par des Indigènes, générant un chiffre d’affaires de 500 millions de dollars chaque année. En 2008, la commission canadienne du tourisme a même commandité une étude pour analyser le potentiel de ce marché pour les touristes en provenance d’Europe. Et compte bien profiter des Jeux olympiques de Vancouver de 2010 pour promouvoir davantage ce secteur. Mais globalement, les peuples autochtones ont encore du chemin à parcourir pour s’insérer complètement dans le tissu touristique. Selon Waitoc, une association de tour-opérateurs aborigènes de l’ouest de l’Australie, 5 % seulement des entreprises touristiques de l’Australie ont un management ou appartiennent aux Autochtones. Or 45% des visiteurs de l’Australie déclarent que c’est la rencontre avec les Aborigènes (2% de la population) qui a été la raison principale de leur séjour…

Béatrice Héraud
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