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L'usine de pâte à papier de Botnia, située en Uruguay sur la frontière argentine, est le plus grand projet de ce type en Amérique du Sud. Filiale d'une multinationale finlandaise, elle devrait produire environ 1 million de tonnes de pâte à papier d'eucalyptus par an et suscite à ce titre une vive inquiétude de la population argentine et des ONG, qui craignent des risques de pollution élevée. Depuis 2005, l'opposition au projet n'a cessé de croître chez les Argentins, qui dénoncent les impacts dévastateurs de la production de cellulose et de papier à cause des agents polluants difficilement dégradables, comme le furane et la dioxine. 120 000 personnes ont ainsi protesté, en avril 2006, et le 12 janvier 2007, la totalité des accès terrestres entre l'Uruguay et l'Argentine ont été bloqués par les manifestants. En 2006, un blocage de 45 jours avait occasionné 400 millions de dollars de pertes économiques pour l'Uruguay. Depuis, la situation a dégénéré en conflit diplomatique. L'Argentine a en en effet porté le cas devant la Cour Internationale de Justice (CIJ) de La Haye, invoquant la violation des normes environnementales internationales par l'Uruguay. "Le conflit a atteint de telles proportions qu'il fait trembler le MERCOSUR", explique Sébastien Godinot des Amis de la Terre. "Plusieurs des quatorze plaintes liées au projet sont encore en cours, dont Calyon n'a pas jugé utile d'attendre le dénouement ". Selon l'ONG, la décision de Calyon serait basée sur "une expertise controversée, qui nie les droits et la participation des populations locales. Calyon refuse en outre de la rendre publique", affirme les Amis de la Terre. "Cette décision ignore les deux rapports du médiateur de la Banque mondiale, qui concluent à la violation des normes de la Société Financière Internationale (branche privée de la Banque Mondiale) ", ajoute Sébastien Godinot. Le Crédit Agricole réfute ces arguments. Brigitte Drège, chargée du Développement durable au sein du groupe bancaire, affirme que " le groupe savait que cette usine était un sujet sensible et qu'il a toujours cherché à communiquer avec les ONG. Nous les avons rencontrées en juin pour écouter leurs préoccupations et leurs attentes et dès que notre décision a été prise, en janvier, nous les avons à nouveau rencontrées pour les informer ". Sur le manque de transparence dénoncé par les Amis de la Terre, le Crédit Aricole explique qu'il est tenu, juridiquement, à la confidentialité vis à vis de son client, et qu'il ne peut donc pas rendre publiques toutes les informations en sa possession. "Notre décision a été motivée par l'accord donné au projet par la SFI et nos propres équipes d'ingénieurs ont, en outre, analysé attentivement les études d'impact réalisées en 2006, ces dernières répondant aux lacunes soulignées en 2005 par la Banque Mondiale" ajoute Brigitte Drège. "De plus la cour de Justice Internationale a décidé que "les circonstances ne sont pas de nature à exiger que la cour ordonne à l'Uruguay de suspendre l'autorisation de construction des usines ". Enfin, le Crédit Agricole souligne que l'organisation finlandaise de l'OCDE a indiqué, en décembre 2006, que Botnia SA respectait bien les lignes directrices de l'OCDE pour son investissement en Uruguay. " Botnia est un client avec lequel nous avons construit des relations de longue date," observe Brigitte Drège. "C'est une entreprise responsable, en qui nous avons toute confiance pour respecter les normes internationales et gérer les impacts de ses activités. Elle s'est d'ailleurs déjà engagée, dans le cadre de ce projet à retraiter les eaux usées d'usines environnantes, ce qui n'était pas fait jusqu'alors ".
Les ONG "consternées"
Pour les ONG, le soutien du Crédit Agricole au projet remet au contraire en question " les quelques engagements environnementaux et sociaux qu'il a pris dans les dernières années, notamment les Principes d'Equateur que le groupe a signés mais a jugés inapplicables dans le projet. (...) Alors que la banque néerlandaise ING avait abandonné le projet, nous sommes consternés que le Crédit Agricole s'engage ", déplore Sébastien Godinot. Le Crédit Agricole affirme, de son côté, prendre en compte les attentes de toutes ses parties prenantes, et pas seulement les revendications de la population argentine. " Les Argentins ne sont pas les seuls interlocuteurs dans ce projet. Il y a notre client, bien sûr, mais aussi la population et l'Etat uruguayens, qui bénéficieront d'une création importante d'emplois", fait valoir Brigitte Drège. "Aujourd'hui, nous souhaitons que le dialogue reprennne avec les Argentins avec l'aide de l'Espagne. Un audit sera d'ailleurs réalisé, dans un an, sur les impacts environnementaux de l'usine dont les résultats devraient être rendus publics ". De son côté, le gouvernement de Montevideo promet que les nouvelles usines utiliseront un procédé " ECF " (Elementary Chlorine Free) , censé respecter l'environnement et qui sera obligatoire sur le territoire communautaire, à partir d'octobre 2007. " Cette annonce n'a pas suffi à apaiser les tensions ", selon le journaliste Antonio Graziano basé à Montevideo. L'entreprise espagnole Ence, qui prévoyait la construction d'une installation située à quelques kilomètres de celle des Finlandais, a finalement abandonné son projet d'origine, annonçant que l'usine serait construite plus au Sud, sur la rivière de la Plata, un estuaire ouvert sur l'Atlantique.
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