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La tour Eiffel va-t-elle rester longtemps le bâtiment le plus haut de France ? La Dame de fer et ses 300 m sont concurrencés par un déluge de projets de construction de tours. Après le concours international, remporté par Jean Nouvel, pour la construction de la tour Signal à la Défense (Hauts-de-Seine), Paris se lance aussi dans la course à la hauteur. Bertrand Delanoë a annoncé lundi 7 juillet son intention de relancer la construction des tours à la périphérie de la ville. Le lendemain, le Conseil de Paris donnait raison au maire de la capitale (l’UMP et les Verts ont voté contre), et décidait le lancement d’une étude de faisabilité pour 6 sites parisiens. Entre temps, la polémique sur l’impact environnemental des tours a passablement enflé. Les projets de tours “vertes” se multiplient : panneaux photovoltaïques sur la façade, éoliennes sur le toit, gestion de l’exposition au soleil, ventilation naturelle et collecteur d’eaux pluviales. « Le développement durable, ça pourrait aussi être un retour à des gestes simples plutôt qu’une multiplication de technologies qui risquent de ne pas suffir » explique David Orbach, architecte urbaniste. Ouvrir la fenêtre plutôt que d’allumer l’air conditionné ? Impossible dans les tours actuelles, dans lesquelles souvent les fenêtres ne s’ouvrent pas. Des progrès sont pourtant prévus dans les projets futurs. Hypergreen, prototype du célèbre architecte Jacques Ferrier, doit autoproduire 70% de ses besoins en énergie. De même, le modèle de la tour Generali à la Défense sera 60% moins énergivore et 70% moins émetteur de carbone que les tours classiques. Du moins en théorie. Trop énergivores pour être durables Car ces chiffres ne tiennent pas compte des coûts énergétiques de la construction, et ne sont que des estimations. Certes, l’utilisation d’énergies renouvelables est une bonne chose, mais « s’autoalimenter en énergie, ce n’est pas réduire sa consommation » affirme Jean-Philippe Hugron, doctorant à l’Institut d’urbanisme de Paris (IUP). Autrement dit, même si elles réduisent de moitié leurs besoins énergétiques, les tours resteront excessivement énergivores. Les meilleurs projets prévoient une consommation aux alentours de 150 kWh par m² et par an. Le Plan Climat, adopté à l’automne 2007, impose pourtant une consommation maximale des bâtiments de seulement 50 kWh/m²/an. Atteindre une telle valeur est pour l’instant peu réaliste, et risque d’être extrêmement couteux. Bertrand Delanoë, qui parle d’ « immeubles de grande hauteur » plutôt que de tours, a cependant promis que les projets dans Paris respecteraient le Plan Climat. « L’enfer urbain est pavé des meilleures intentions éthiques » En matière d’énergie, la mixité des attributions des espaces est toutefois un bon point pour les tours. Plusieurs des bâtiments qui accueilleront à la fois bureaux et logements ont prévu un système de récupération de la chaleur. « L’énergie dégagée par les ordinateurs et l’éclairage est filtrée puis réutilisée pour chauffer les logements » explique Jean-Philippe Hugron. La création d’une tour mixte reste cependant plus couteuse, car bureaux et logements n’ont pas les mêmes besoins logistiques. Autre illusion, celle de limiter les déplacements des salariés, en les logeant dans la tour où se trouvent leur entreprise. « La société actuelle est très complexe. On ne peut plus vivre et travailler au même endroit, comme à l’époque des corons » affirme Guy Burgel, professeur de géographie urbaine à l’université Paris X. D’autant plus que le prix des logements dans les tours sera prohibitif. « L’enfer urbain est pavé des meilleures intentions éthiques, mais la mixité est une fausse bonne idée » conclut-il. Les tours pourraient-elles permettre de limiter l’étalement urbain ? « Seulement si elles s’intègrent dans une pratique globale, un “urbanisme de tours” » répond Jean-Philippe Hugron. Pourtant, la surdensité de quartiers comme la Défense, auquel il est de plus en plus difficile d’accéder, inquiète. Pour Guy Burgel, l’étalement urbain est un faux débat. « La vrai bonne idée serait de rendre les transports plus efficaces, plus agréables et moins énergivores, pas de condenser les gens » selon lui. En augmentant la concentration humaine, on peut réduire les distances, mais pas nécessairement les temps de trajet. L’un des arguments avancés par le maire de Paris est la création de nombreux logements, dont 20 à 30% de logements sociaux en plus. « C’est un leurre. L’écartement nécessaire entre chaque bâtiment est tel que la densité dans Paris est plus grande que celle des barres HLM » explique David Orbach. Là encore, les tours ne sont peut-être pas la solution. « En matière de densité urbaine, on ne fait pas mieux que le modèle haussmannien » argumente Guy Burgel. Paris, une capitale à part L’image des tours ne joue pas non plus en leur faveur. Le concept d’empilement des logements sociaux fait craindre aux élus parisiens de droite le retour des ghettos. Par ailleurs, 63% des Parisiens se disent opposés à la création de nouvelles tours dans la capitale. Pourquoi alors un tel projet ? Aux Etats-Unis au début du XXe siècle, en Asie et dans le Golfe plus récemment, la construction de tours toujours plus grandes est signe de fort développement économique. Elle redore l’image de la ville et prouve sa prospérité et sa modernité. Mais « Paris n’est ni Séoul ni Dubaï » insiste Guy Burgel, et la ville-musée, la plus visitée au monde, pourrait perdre de son charme. D’autant plus que les “tourettes” parisiennes sont loin d’être les chefs-d’œuvre de technologie des gratte-ciels asiatiques. La tour Signal (301 m) dépassera tout de même la tour Eiffel : « c’est un symbole fort, celui de la domination des sociétés commerciales sur l’Etat » soutient David Orbach. « L’idée de puissance peut pourtant s’exprimer autrement que par la hauteur » ajoute-t-il.
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