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Prévu pour 2013, le barrage d'Ilisu deviendra le deuxième plus grand réservoir d'eau et la quatrième centrale hydroélectrique de la Turquie, avec une production annuelle de 3,8 milliards de kW/h. Son coût est estimé à 1,2 milliard d'euros. Malgré de nombreux mouvements d'opposition politiques et environnementalistes, le gouvernement turc a lancé, en août dernier, sa construction sur les bords du Tigre. Le projet pourrait, selon ses opposants, détruire un site historique unique, où se côtoient des monuments assyriens, romains et ottomans, et provoquer le déplacement de plusieurs milliers de Kurdes. Le gouvernement turc affirme au contraire qu'il apportera à cette région pauvre les moyens de développer son économie, en permettant notamment la création de 10 000 emplois, le développement d'une activité de pêche et l'irrigation des terres agricoles. Par ailleurs, selon le 1er ministre, ce projet constitue une preuve de la volonté d'Ankara d'améliorer les conditions de vie de la minorité kurde. "Le pas que nous franchissons aujourd'hui montre que le Sud-Est n'est plus négligé (...) Ce barrage apportera des profits substantiels aux populations locales", a-t-il déclaré, faisant allusion au conflit qui oppose depuis 22 ans les séparatistes kurdes et l'armée dans cette région.
Yusufeli, autre projet controversé
La relance d'un second barrage, celui d'Yusufeli en Turquie, abandonné en 2002 en raison notamment d'un avis environnemental négatif de la Coface, suscite l'inquiétude des ONG. En 2006, la Coface a été à nouveau sollicitée par Alstom pour ce projet et Les Amis de la Terre " craignent fortement que le barrage viole toujours les obligations environnementales et sociales de la Coface ". Le barrage de Yusufeli, sur la rivière Coruh au Nord Est de la Turquie, doit produire 540 MW. " Les impacts sont immenses sur les populations locales : son réservoir engloutira 19 villages et la ville de Yusufeli, soit 30 000 personnes au total. De plus, des superficies importantes de terres agricoles, situées dans le fond de la vallée, seront inondées ", indiquent les Amis de la Terre. L'Association Culturelle de Yusufeli a par ailleurs porté plainte pour violation des exigences de consultation, seul moyen selon elle d'avoir accès à l'étude d'impact environnemental du projet, alors que cette dernière aurait du servir de base aux consultations. " La Coface doit justifier du respect de ses lignes directrices environnementales et de la recommandation de l'OCDE sur l'environnement et les crédits publics à l'exportation, qui s'appliquent en pareil cas ", souligne Sébastien Godinot des Amis de la Terre.
Le gouvernement s'est également voulu rassurant sur la préservation des sites archéologiques d'Hasankeyf, ville touchée par le barrage, qui resteraient " au-dessus du niveau de l'eau ". Les autres monuments, notamment des mosquées, un hammam et les restes d'un ancien pont sur le Tigre, seront transférés dans un musée en plein air. " Un cas d'école " pour les ONG Le maire d'Hasankeyf considère, quant à lui, que "le barrage va détruire 12 000 ans d'histoire". Membre d'une association opposée au projet, il a annoncé que ni lui, " ni personne d'autre n'ira s'installer dans ce nouvel endroit. Si Hasankeyf est inondée, nous migrerons tous vers les grandes villes", a-t-il déclaré à l'agence de presse Anatolie. Très mobilisée, la population locale est en outre loin d'être isolée dans ce combat. Depuis plusieurs années, des coalitions d'ONG ont organisé une mobilisation internationale contre le barrage. Elles considèrent en effet ce projet comme un " cas d'école " illustrant les politiques des agences de crédits à l'exportation et font pression pour qu'elles rendent compte des critères sociaux et environnementaux de leurs financements. Ces campagnes ont été d'autant plus vives depuis la publication de l'étude officielle d'impact environnemental et social, en juin 2001, montrant que le barrage ne répondait pas aux standards minimum. Ces conclusions ont conduit la banque suisse UBS, qui coordonnait jusque là le financement du projet, à se retirer. Sur le volet social, le plan de réinstallation reste aujourd'hui encore insuffisant et les contre-expertises apportées par l'ONG suisse " La Déclaration de Berne " laissent beaucoup de questions sans réponses, notamment sur des risques d'eutrophisation pouvant rendre l'eau impropre à la consommation. A ces risques environnementaux et sociaux viennent enfin s'ajouter des risques politiques. La barrage a en effet été vivement critiqué par l'Irak et la Syrie, qui accusent la Turquie de s'approprier les eaux de deux fleuves coulant vers le sud de leurs territoires, frappés par la sécheresse. Jean-Claude Huot , de La Déclaration de Berne, souligne à ce propos l'absence d'accord formel avec l'Irak et la Syrie, ce qui constitue une violation du droit international. Ces risques majeurs rendent, aujourd'hui encore, le financement du projet incertain. Les entreprises (suisses, autrichiennes et allemandes) appartenant au consortium de construction réclament, en conséquence, le soutien des agences de crédits à l'exportation pour couvrir leurs risques financiers... Aucune décision n'a été rendue, mais elles font pression en soulignant que sans ces garanties, la Turquie pourrait se tourner vers des opérateurs chinois, qui eux ne s'embarrasseront pas de préoccupations environnementales ou sociales...
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