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Coup de théâtre dans l’affaire de la catastrophe de Bhopal. Le 3 novembre 2008, les juges de la Cour d’appel de Manhattan, aux Etats-Unis, ont annulé le non-lieu, concédé en 2006, à Union Carbide, propriétaire de l’usine chimique dont la fuite a provoqué, en 1984, la plus grande catastrophe industrielle connue à ce jour. L’ONG américaine Greenpeace avait porté plainte contre l’entreprise en 1999, l’accusant de la pollution des eaux souterraines de la région. La Cour d’appel a conclu à un vice de procédure dans le traitement du dossier. Les plaignants n’auraient pas bénéficié d’assez de temps pour répondre à la demande de non-lieu formulée par l’entreprise accusée, Dow Chemical, actuel propriétaire d’Union Carbide, ainsi que l’ancien P-DG d’Union Carbide, Warren Anderson. Le non-lieu est donc injustifié, selon la Cour d’appel. 24 années de démarches juridiques Le 3 décembre 1984, à Bhopal en Inde, une fuite se produit à l’usine de pesticides d’Union Carbide, rejetant des vapeurs toxiques dans toute la région. Cette catastrophe industrielle tuera 3800 personnes selon les autorités indiennes, mais probablement plusieurs dizaines de milliers de plus en réalité. Elle laissera surtout l’eau, les sols et l’air pollués pour longtemps. Aujourd’hui encore, les Bhopali sont victimes de cancers, maladies neurologiques, malformations et autres affections en lien avec l’intoxication de la région. De nombreuses associations de riverains se sont constituées, et plusieurs plaintes ont été déposées. Peu ont abouti. Aujourd’hui, 10 ans après le dépôt de plainte, le dossier sera donc rouvert, et traité par un juge fédéral de Manhattan. L’un des anciens avocats des victimes de la catastrophe de Bhopal, Charan Lal Sahu, a déclaré à une agence de presse indienne que « ce jugement permettrait aux avocats des plaignants d’étudier beaucoup plus en détail le rôle d’Union Carbide dans la contamination des eaux souterraines de la région ». Plus risqué encore pour le géant de la chimie Dow Chemical : selon l’agence de presse Reuters, les plaignants souhaiteraient transformer la plainte en “class-action”, action juridique collective. Les milliers de riverains de l’ancienne usine touchés par la pollution de l’eau pourraient ainsi porter plainte en masse et réclamer des « compensations financières indéterminées » précise Reuters. Indifférence de Dow Chemical Une “class action” des associations de Bhopali est déjà en cours depuis 1999, auprès d’une cour de New-York. Union Carbide et Warren Anderson doivent répondre de 15 chefs d’accusation, dont « violation de la loi criminelle internationale », « traitement cruel, inhumain et dégradant », « violation du droit de vie, santé et sécurité de la personne », « violation des droits environnementaux internationaux », « violation des droits de l’homme », « fraude » et « négligence ». Malgré la gravité des accusations et l’épaisseur des dossiers, la position de Dow Chemical est ferme. Pour le groupe américain, l’affaire est close depuis le versement d’une compensation de 470 millions de dollars en 1989, décidée à l’amiable. Les représentants d’Union Carbide chez Dow Chemical ont d’ailleurs déclaré que « la décision du 3 novembre concerne la forme, et non le fond du dossier », et que la réouverture de la plainte ne changera rien à son épilogue. De son côté, son ancien P-DG Warren Anderson échappe à la justice depuis 1992 : déclaré fugitif en Inde, il est installé aux Etats-Unis, à quelques kilomètres des magistrats qui le jugent.
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