Pays-Bas : le stockage du CO2 inquiète les riverains

Entreprises \Sites et riverains

Publié le 16-01-2009

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Pour respecter leurs engagements en matière de réduction d'émission de CO2, les Pays-Bas investissent dans deux projets-pilotes de grande envergure visant à stocker le dioxyde de carbone sous terre. Mais la population riveraine des sites s'inquiète pour sa sécurité.

« Pas de CO2 enfoui sous mon jardin  ! » C'est avec ce slogan digne du phénomène « NIMBY » (« Not in my back yard ») que la population de la petite ville de Barendrecht (45 000 habitants), proche de Rotterdam, tente de se faire entendre contre le projet du pétrolier Shell et de la raffinerie Nam (Nederlandse Aardolie Maatschappij). En cause : l’enfouissement de milliers de tonnes de dioxyde de carbone sous leurs habitations. Des protestations identiques se sont fait entendre à Geleen (33 000 habitants), dans la province de Limbourg, où la GTI , filiale de GDF / Suez, étudie un projet similaire.

Pour compenser son recours aux énergies fossiles, et alors que la construction de deux nouvelles centrales au charbon est prévue, les Pays-Bas jouent la carte de la technologie de pointe en décidant de soutenir deux projets-pilotes de stockage du CO2 en milieu géologique. Encore peu développé du fait de sa complexité technologique, le CCS (Carbon Capture and Storage) fait cependant partie des solutions évoquées pour lutter contre les émissions de CO2, malgré les avis partagés de certains experts et surtout des ONG... La ministre de l’Environnement néerlandaise, Jacqueline Cramer, a pris position en débloquant 60 millions d'euros pour soutenir ces projets, considérés comme les premiers pas d'un plan à très grande échelle. « 90 % de notre énergie provient de l'énergie fossile (…)  Capturer le CO2 est un véritable challenge technologique », rappelait-t-elle lors de la 3ème Conférence sur le CCS en avril 2008. « La recherche joue un rôle clé  et les Pays-Bas soutiennent de toutes leurs forces le projet national CATO [installation pilote dans la zone portuaire de Maasvlakte]. Dans quelques mois, le principe « c'est en faisant qu'on apprend » jouera un rôle clé lors de projets tests », expliquait-elle, sans toutefois donner plus de précisions. De fait, fin novembre, toute la presse néerlandaise évoquait l'énorme subvention accordée par le gouvernement à Shell et à Suez, maîtres d’œuvre du projet. Shell va enfouir le CO2 provenant de sa raffinerie de Pernis à Barendrecht, 17 km plus loin, sous un lotissement entièrement neuf de surcroît ! Quant à GTI, elle sera en charge, dans la zone industrielle de Geleen, du stockage de deux millions de tonnes de CO2 sur 10 ans.

La stupéfaction est grande, surtout à Barendrecht, où les habitants manifestent leur incompréhension et leurs inquiétudes pour leur sécurité. Barendrecht est placée sur d'anciennes réserves de gaz naturelles presque vides, situées entre 1 700 et 2 700 mètres de profondeur. L'idée est de remplir l'espace laissé par le gaz, déjà exploité, avec le dioxyde de carbone. Shell peut ainsi répondre aux craintes de la population en arguant que  "Le gaz est resté dans ces champs pendant des millions d’années, il n’y a aucune raison d’admettre que le stockage de CO2 soit moins sûr". A l'exaspération d'un habitant qui demande pourquoi le projet ne se fait pas en mer du Nord,  la réponse d'un représentant de la Nam est des plus pragmatiques : « Stocker le CO2 en mer du Nord n'était pas pratique pour un projet-pilote. Il n'y a pas de réservoirs que nous pouvons facilement vérifier. A Barendrecht, l'ancien champ gazier est petit et facile à étudier et à vérifier. »
L'enthousiasme de la ministre de l'Environnement pour cette technologie exacerbe la rancœur des habitants, qui se sentent mis devant le fait accompli. « On ne peut donc plus rien dire dans cette petite dictature ? » s'exclame une des 5 600 habitants du lotissement dans un des plus grand journaux nationaux. En plus de la peur d'une éventuelle fuite du gaz, c'est également à la valeur immobilière de leurs habitations que ces récents propriétaires pensent. Qui voudrait, en effet, investir dans un logement placé au-dessus de tonnes de CO2 ?

Enjeu économique

L'autre projet suscite moins de polémique, puisqu'il ne concerne pas directement les habitants et fait appel à une autre technique, qui permettrait de stocker le gaz carbonique sous d'épaisses couches de charbon.  A plus long terme, le gouvernement envisage de relier par un vaste réseau de pipelines les lieux où la production de CO2 est particulièrement élevée pour le stocker sous la mer du Nord. Cela pourrait représenter une solution particulièrement avantageuse d'un point de vue économique. « Si les compagnies pouvaient stocker leur CO2 pour moins d'argent que l'actuelle taxe qu'elles payent pour les droits d'émission, cela ferait vraiment sens » espère  Maarten de Hoog, responsable du Rotterdam Climate Initiative.
L'enjeu de ces projets-pilotes est donc de taille, tant pour résoudre les problèmes posés par la prépondérance de l'énergie fossile que pour répondre à des besoins économiques.
La décision de commencer ces projets n'est certes pas encore tout à fait prise, mais malgré des lois assez draconiennes en matière de défense du citoyen, l'issue de la bataille qui oppose  une petite ville à une volonté politique bien affirmée est prévisible. Le DCMR, l'agence de protection de l'environnement de la région de Rotterdam, la mairie de  Barendrecht et le parti vert pourront manifester leur désaccord, mais pour l'heure, tout le monde attend le rapport promis par Shell pour mars 2009 sur l'absence de dangers liés au projet.

Sandrine Dumont à Rotterdam (Pays- Bas)
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