|
Depuis 2000, la loi SRU impose aux agglomérations de plus de 100 000 habitants d'encourager la mise en œuvre de Plans de déplacements Entreprises. Or, cet outil de mobilité des salariés s'avère d'autant plus efficace lorsque sa mise en œuvre est mutualisée, notamment à l'échelle d'une zone d'activité. Pourtant, un bémol vient ternir la mise en place de plans de déplacement inter-entreprises (PDIE) : l'état déplorable des parcs d'activités français, comme le souligne Thierry Vincent, chargé de mission développement économique à l'Arene IDF. « Avant de parler de mobilité, il faut mettre en œuvre une gestion efficace des zones d'activités. Les collectivités bénéficient de la taxe professionnelle depuis 1975. Pourtant, 80% de nos parcs d'activités ont aujourd'hui plus de trente ans et n'ont jamais été gérés. » Voiries dégradées, manque de signalétique, absence de services : ces zones économiques perdent en attractivité et offrent une vitrine peu reluisante aux entreprises. Le guide d'Orée insiste donc sur la nécessité de développer au préalable des structures de gestion des parcs, et d'identifier un interlocuteur privilégié pour les entreprises. Cela étant, l'élaboration-même d'un PDIE peut-être un vecteur de réaménagement des zones d'activités. Concrètement, l'exercice n'est pas des plus faciles. Marc Fontanes, directeur du cabinet de conseil Mobility+, en témoigne. « La collecte de toutes les données nécessaires est un processus long et laborieux quand on travaille avec une multitude d'entreprises. » Domicilier l'ensemble du personnel, analyser les conditions d'accessibilité de chacun, évaluer les besoins en services de proximité, dresser une cartographie des itinéraires routiers les plus risqués... Une fois l'état des lieux dressé (6 à 8 mois), reste à identifier les mesures les plus pertinentes à mettre en place. À l'échelle du parc, il s'agira de développer des infrastructures et services mutualisés : desserte de transports en commun, création de voies cyclables, offre de services de co-voiturage ou d'auto-partage, de services bancaires, postaux, de restauration ou de garde d'enfants. L'intérêt d'un plan de déplacement inter-entreprises dépasse d'ailleurs la seule enceinte du parc d'activité. Parfois, ces plans peuvent servir à l’ensemble de la collectivité et non plus seulement aux entreprises. C’est le cas en Savoie. Patrick Sucche, directeur d'Altermodal (conseil en transport et déplacement) en a fait l'expérience en suivant le PDIE de Technolac, le technopôle de Savoie. « Dans le prolongement direct de leur PDIE, les entreprises de Technolac ont mis en place un service d'auto-partage. Une initiative 100% privée au départ, et jusqu'ici inédite sur un parc d'activité. » Le service Car'liberté permet à chaque salarié de louer un véhicule, tant pour ses déplacements professionnels que personnels, le coût étant à la charge de l'employeur. Le service a été étendu aux particuliers et le dispositif est aujourd’hui intégré au réseau d'auto-partage grenoblois. Réduire le temps de trajet domicile-travail
Si ces démarches partagées offrent nombre de bénéfices aux entreprises, en termes d'économies d'échelle, ou plus largement de cohésion sociale sur un même territoire économique, la question de la mobilité des salariés dépasse le cadre des plans de déplacement. L'enjeu est aujourd'hui d'optimiser les temps de trajet domicile-travail, particulièrement en Île-de-France, où les aléas des transports en communs et du trafic routier sont un facteur de stress considérable pour les salariés (voir encadré). Certaines entreprises en réseau, du secteur bancaire notamment, envisagent par exemple de réaffecter leurs salariés de compétences égales dans des agences plus proches de leur domicile. D'après Isabelle Rivière, directrice d'Entreprises & Mobilité Services, qui accompagne une banque française dans la redistribution de ses effectifs, chaque salarié pourrait gagner en moyenne 22 minutes de trajet par jour. L'alternative du télétravail
Encore émergent en France, le télétravail connaît également de plus en plus de succès. D’après le cabinet américain Gartner, seuls 8,4% des salariés français sont aujourd'hui concernés, contre 17,7% en Europe. Mais le Centre d'Analyse Stratégique évalue son potentiel de déploiement à 40 à 50% des emplois d'ici une dizaine d'années, dans son rapport « le développement du télétravail dans la société numérique de demain », paru en novembre 2009. Le réseau Actipôle 21, fraîchement crée à l'initiative de la ville d'Antony, anticipe cette nouvelle tendance en proposant des centres de télétravail labellisés, à l'image des Smart Work Centers qui se développent partout dans le monde. Concrètement, l'employeur loue un poste de travail pour son salarié, pour un ou plusieurs jours par semaine, et lui assure ainsi un environnement de travail proche de chez lui. Pour Christian Ollivry, conseiller municipal délégué aux solidarités actives à Antony, « travailler à domicile suppose d'être au calme et dans un espace adapté. L'intérêt d'un centre Actipôle21 est justement d'avoir accès à un lieu de travail près de chez soi, équipé de matériel de bureautique, de salles de réunion, mais aussi de salles de sport ou de crèches. » Le réseau ambitionne donc d'installer un millier de ces télé-centres d'ici dix ans. Reste un bémol financier : la location d'un poste coûtera toujours plus cher à l'employeur qu'une journée de travail à domicile.
|