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« Ce projet apporte à notre pays plus de malheur que de bonheur ». Prince Kumwamba, juriste et directeur exécutif de l’association Action contre l’impunité pour les droits humains (ACIDH), est venu en Europe pour interpeller la Banque européenne d’investissement (BEI). L’institution finance un projet de mine de cuivre et de cobalt de Tenke Fungurume, en République démocratique du Congo (RDC). Ce projet, comme beaucoup d’autres dans la région Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP), est très contesté par les ONG locales et internationales. Censés aider au développement de ces régions, ils seraient selon elles « sources de pollution, corruption, déplacement de populations », et augmenteraient au contraire « l’état de pauvreté des riverains ». 47,8 milliards d’euros, c’est la somme que la BEI a investi en 2007 dans environ 300 projets dans le monde. Dans la zone ACP, l’investissement s’élève à près de 3 milliards d’euros depuis 2003. La banque, créée en 1958, avait alors pour objectif de contribuer au développement et à l’intégration économique des pays membres de l’Union européenne. Elle est devenue l’une des plus grosses institutions bancaires au monde. Grâce à la première Convention de Yaoundé en 1963, qui lie économiquement les pays africains et européens, la BEI investit dans des projets en Afrique. Aujourd’hui, elle se prévaut de l’Accord de Cotonou, signé en 2000, qui vise à éradiquer la pauvreté dans les pays d’ACP, à les intégrer dans l’économie mondiale et à favoriser un développement durable.
La BEI finance les voitures vertes
Bruxelles va lancer un plan d’aide au secteur automobile touché de plein fouet par la crise. La Commission européenne prévoit une « initiative européenne pour les voitures vertes » financée par la BEI, l’industrie, les Etats membres et des fonds européens à hauteur de 5 milliards d’euros au moins. La Banque européenne d’investissement mettra à disposition des constructeurs et équipementiers des prêts pour financer des innovations « améliorant la sécurité et les performances environnementales des voitures, comme les voitures électriques ». Elle pourrait couvrir jusqu’à 4 milliards d’euros. La Commission propose également la réduction des taxes sur les véhicules à faibles émissions de CO2 et une accélération du renouvellement du parc automobile.
Des crédits pour les multinationales Une position théorique, selon les ONG. La BEI est accusée de favoriser les intérêts économiques des consortiums d’investisseurs, au détriment des intérêts sociaux, économiques et environnementaux des populations locales. « Ces contrats ne bénéficient pas aux pays, qui récupèrent souvent moins d’1% de royalties par exemple » explique Anne-Sophie Simpere, chargée de campagne Responsabilité des acteurs financiers aux Amis de la Terre. Les industriels financés sont très rarement des entreprises régionales, plus souvent des multinationales, comme ExxonMobil, le Malaysien Petronas et Chevron dans le projet d’oléoduc Tchad-Cameroun. « Il s’agit de projets de très haut niveau technique, on ne trouve pas toujours localement l’expertise nécessaire » explique Flavia Palanza, directrice associée au département Afrique Caraïbes Pacifique de la BEI. Pour le projet Tenke Fungurume, elle explique que la banque a étudié très précisément la répartition des coûts et gains entre les multinationales et l’entreprise congolaise Gécamines. « Nous avons respecté les lois congolaises », insiste Flavia Palanza. Dégâts collatéraux sur l’environnement et la société Dans le cas de l’oléoduc Tchad-Cameroun (voir article lié), financé par la BEI à hauteur de 144 millions d’euros, la critique des ONG porte sur la gestion environnementale et sociale du projet. « La BEI a accepté de financer le projet sans tenir compte des gens privés de leurs terres » s’insurge Thérèse Mekombe, présidente de l’Association des femmes juristes au Tchad (AFJT). L’arrivée des industriels aurait bouleversé l’équilibre social de la région, et les populations déplacées par le chantier auraient été mal indemnisées, selon la juriste. Des accusations plus graves portent sur la pollution de l’eau et du sol autour de l’oléoduc : des déversements d’hydrocarbures auraient contaminé l’eau, empêchant les riverains de pêcher et mettant en péril la qualité de l’eau potable. Ces reproches sont difficiles à vérifier. Du côté de la banque, on affirme ne jamais avoir eu connaissance de tels témoignages. « La BEI fait mener une étude d’impact environnemental par des cabinets indépendants avant de décider de s’engager dans un projet » soutient Flavia Palanza. L’institution financière impose des prérequis environnementaux et sociaux aux industriels, mais pas de cahier des charges fixe : les engagements se négocient au cas par cas. Un suivi est réalisé tous les 3, 6 ou 12 mois selon les projets, pour s’assurer que ces engagements sont bien tenus. La BEI peut-elle vaincre la corruption ? Quant à la corruption, fléau de l’Afrique, elle n’épargnerait pas ces projets. « L’argent que tire le Tchad du projet d’oléoduc va directement dans les caisses de l’Etat et soutient un régime déjà dictatorial » déplore Thérèse Mekombe. La Banque mondiale s’est d’ailleurs retirée du financement du projet en septembre 2008, lorsqu’elle a découvert que l’argent que le gouvernement s’était engagé à investir dans l’éducation et la santé avait servi à l’achat d’armes. La BEI a préféré se maintenir. « L’alternative, c’est de ne pas participer au projet, et de laisser la place à d’autres financeurs moins regardants. Nous préférons mettre sur pied un programme de gestion des ressources, pour donner une dernière chance au Tchad et tenter de mettre un frein à cette situation » explique Flavia Palanza, tout en admettant que le dénouement des négociations est incertain. Si les Amis de la Terre ont multiplié les alertes sur ces projets, Flavia Palanza demande de son côté aux ONG « d’entendre le son de cloche de la BEI, car leur rôle est très important ». En attendant, les Amis de la terre demandent un moratoire sur le financement des projets miniers et d’énergies fossiles, le retrait de la BEI du projet d’oléoduc Tchad-Cameroun et une meilleure transparence des décisions. « Pour un vrai investissement pour le développement durable » ajoute Anne-Sophie Simpere.
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