Les Californiens accueillent fraîchement l'arrivée de Wal-Mart

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Publié le 29-04-2004

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Le leader mondial de la distribution doit actuellement faire face à une vaste campagne d'opposition à son implantation en Californie. La faiblesse de la politique sociale et éthique du groupe est au coeur de cette mobilisation sans précédent aux Etats-Unis. Les habitants d'Inglewood ont voté contre la levée des interdictions d'implantation de très grandes surfaces interdisant à Wal-Mart, de fait, son installation dans la commune

Créé en 1962, Wal-Mart est aujourd'hui devenu le premier distributeur mondial avec un chiffre d'affaire s'établissant à 256 milliards de dollars (215 milliards d'euros) en 2003. Selon une étude du cabinet de recherche Retail Forward, le groupe pourrait encore doubler ses ventes américaines d'ici à 2007 pour un chiffre d'affaires annuel de  62 milliards de dollars. Sa part de marché atteindrait alors 35% contre 21% aujourd'hui. Wal-Mart est en effet encore absent de 60 des 100 principales zones de chalandises du commerce alimentaire américain, dont jusqu'à récemment le marché californien.

La recette du succès de cette enseigne est maintenant bien connue : une parfaite maîtrise des flux logistiques, une politique tarifaire très agressive et une politique de distribution privilégiant l'étendue de la surface de vente. Le lancement en 1988 du format des " SuperCenter " est en effet au cœur du succès de l'enseigne. Ces magasins géants ont une surface de vente comprise entre 10 et 20 000 m2 et emploient généralement plus de 1000 salariés. Ils symbolisent pour certains opposants toutes les dérives du groupe et sont au cœur de la bataille californienne actuelle.


Une implantation lourde de conséquences


Avant même l'ouverture de son premier magasin californien, l'annonce de l'arrivée de Wal-Mart a provoqué un électrochoc chez ses principaux concurrents, principalement Kroger Co., Safeway Inc., et Albertsons Inc. Faisant suite à cette annonce du géant de Bentonville, ces distributeurs ont prétexté que les nouvelles conditions de marché allaient les contraindre à revoir à la baisse les avantages sociaux dont bénéficiaient leurs salariés. A l'appel des sections locales du syndicat United Food and Commercial Workers (UFCW), les 70 000 salariés des principaux distributeurs californiens ont fait grève pendant plus de 4 mois. Acculés financièrement et épuisés par ce long conflit, les grévistes ont mis fin au mouvement le 26 février 2004.

Le nouveau contrat négocié entre l'UFCW et les employeurs entérine d'importants reculs dans la rémunération et la protection sociale des salariés de ce secteur. Les salariés actuels de ces entreprises ont néanmoins pu sauvegarder certains de leurs avantages en contrepartie d'un gel des salaires, d'une baisse de 35% des cotisations de retraite versés par leur employeur, et pour certains d'un reclassement à un poste subalterne au salaire moins élevé.

Ces concessions paraissent toutefois "raisonnables" à la lecture du contrat qui gérera les conditions de rémunération des nouveaux salariés de ces entreprises. Ces nouveaux contrats officialisent en effet une précarisation des nouveaux salariés. Les salaires pourront ainsi débuter à 8,90 dollars de l'heure pour les emplois les moins qualifiés et la base de leurs cotisations de retraite sera diminué de 65% par rapport aux dispositions du contrat précédent. Ces conditions de travail sont similaires à celles proposés par Wal-Mart, et devrait entraîner pour les salariés un manque à gagner annuel moyen de 21 000 dollars estime le Bay Area Economic Forum.


Les communautés se mobilisent


Afin de freiner ou d'empêcher l'implantation de SuperCenter en Californie, les différentes parties prenantes locales se sont lancées dans une vaste campagne médiatico-juridique. Le spectre des opposants au distributeur est assez large et bénéficie de nombreux relais politiques. Les syndicats sont bien entendu au premier rang mais l'on trouve également une vaste opposition populaire à l'enseigne. Craignant une "Wal-Martisation" des conditions d'emploi de leurs administrés ainsi que la pression des propriétaires de petits commerces, de nombreux conseils municipaux dont bientôt celui de Los Angeles ont adopté une législation interdisant l'implantation de nouveaux centres commerciaux dont la surface est supérieure à 10 000 m2 environ. Afin de faire barrage à ces législations, Wal-Mart tente souvent de passer en force. A cette fin, l'entreprise utilise une disposition démocratique californienne qui permet la tenue d'un référendum d'initiative populaire dès lors que 10% de la population d'une commune a signé une pétition dans ce sens.

Cette stratégie connaît toutefois une réussite inégale. Wal-Mart a ainsi réussi à bénéficier de l'annulation des interdictions d'implantation votées par les comtés aisés de Calexico et Contra Costa suite à un vote en sa faveur. Mais ces succès ne compensent pas l'important revers subit par Wal-Mart dans la commune d'Inglewood. Le 6 avril 2004, lors d'un référendum, les électeurs majoritairement afro-américains et latinos de cette commune défavorisée ont rejeté à plus de 60% les conditions d'installation édictées par le distributeur. Un vote crucial car Wal-Mart souhaitait non seulement implanter un SuperCenter dans Inglewood mais être aussi dispensé de la réalisation des différentes études d'impacts en terme de trafic automobile, d'environnement et de consultation des parties prenantes. "Wal-Mart a tenté de convaincre les résidents que sa simple taille l'exonérait de suivre les lois étatiques et locales," résume une activiste.

La réticence des communautés à l'implantation des SuperCentre n'est pas nouvelle. Depuis 1998, le groupe a connu des revers dans près de 200 communautés aux USA. Cette opposition ne l'a toutefois pas empêché d'ouvrir plus de 600 nouveaux magasins depuis. Le vote d'Inglewood devrait toutefois contribuer à freiner la cadence d'ouverture de nouveaux magasins en Californie et dénote une prise de conscience croissante des dégâts potentiels que ces grandes surfaces peuivent causer sur la vie de la communauté. Il traduit également les difficultés que rencontre le groupe à faire adopter son modèle économique en Californie. Alors que la direction du groupe tablait sur 40 points de vente californiens à la fin 2005, elle ne compte aujourd'hui qu'une seule ouverture à La Quinta - une commune implantée en plein désert à plus de 300 kilomètre de Los Angeles.
Pierre-Marie Coupry
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