Le plein de critiques pour l'oléoduc Tchad Cameroun
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Publié le 09-10-2007
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Trois ans après la mise en activité de l'oléoduc Tchad-Cameroun, le bilan social et environnemental du projet phare de la Banque mondiale en matière de développement durable reste sujet à critiques au Cameroun. Pollutions, manque de transparence et absence d'étude d'impact exaspèrent les riverains comme les ONG.
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L’oléoduc Tchad Cameroun devait apporter la preuve que la Banque mondiale était capable de financer de grands projets industriels dans une dynamique de développement durable et de lutte contre la pauvreté. En juin 2004, trois ans après le premier coup de pioche et un budget de 3,7 milliards de dollars, le pétrole extrait des 300 puits de Doba, dans le Sud-Ouest du Tchad, commençait à être acheminé le long des 1070 Km d’oléoduc (plus des trois-quarts au Cameroun), jusqu’au terminal pétrolier off shore de Kribi au Sud-Cameroun. Cette prouesse technique laisse pourtant un goût amer tout au long de sa traversée camerounaise, notamment dans la région de Kribi, peuplée de pêcheurs en pirogue. Depuis trois ans que l’oléoduc est en activité, le poisson se fait rare. "Pour installer le « pipe », ils ont détruit une niche écologique très poissonneuse", affirme Gabriel Mabali, chef du village d'Ebomé, au Sud de Kribi. Cette niche est un massif rocheux sous-marin qui a été détruit pour les besoins du chantier. Selon Cotco, le consortium d’exploitation détenu à 70 % par le groupe Exxon et à 30 % par l’Etat camerounais, un récif artificiel a été installé pour remplacer le rocher. Et la crainte de pollution pétrolière est constante. Un premier incident, le 12 janvier dernier a révélé de grosses carences du côté des plans d’urgence à mettre en œuvre. Ce jour-là la fuite qui s’est déclarée sur la coque du terminal off-shore a eu des conséquences minimes. L’équivalent de 225 barils s’est dispersé, principalement vers le large et les réparations rapidement menées. Mais la population et les maires de villages côtiers n’ont été informés officiellement que quatre jours après la fuite, totalement désemparées quant à la conduite à tenir. « Quand on connaît le potentiel de destruction d’un déversement pétrolier majeur on est effrayé, à la fois, par les délais entre le début de l’incident et le début de la réaction, et par l’absence d’association des populations et des autorités de la ville de Kribi à la gestion de la crise », estime Samuel Nguiffo, directeur du Centre pour l’Environnement et le Développement, une ONG affliée aux Amis de la terre. Chez Cocto, on affirme que « la chaîne de communication prévue dans ce type d’incident a été immédiatement activée conformément à notre Plan Spécifique de Lutte contre les Déversements Accidentels : communication dès le premier jour de l'information sur cet incident à l'autorité administrative (notamment le Comite de Pilotage et de Suivi des Pipelines et le Préfet du département de l'Océan) en premier ressort, puis aux autres administrations et ensuite aux autorités traditionnelles des villages côtiers », explique Guillaume Emmanuel Kwelle, responsable des affaires publiques. C’est en fait le dispositif même de communication et de prévention des risques liés à un déversement accidentel d’hydrocarbure qui a été défaillant. Le Groupement international consultatif (GIC), organisme indépendant chargé du suivi social et environnemental de l’activité du pipeline, estime dans son dernier rapport, publié en juillet dernier, que le gouvernement camerounais doit adopter, « sans retard conditionnel, les chaînons manquants du cadre juridique des risques pétroliers ». Cette recommandation ferme du GIC s’accompagne d’une critique à peine voilée de la gestion environnementale du pipeline que doit assumer le Comité de pilotage et de suivi du pipeline (CPSP), appuyé par la Banque mondiale dans le cadre du Projet de renforcement des capacités de gestion de l’environnement dans le secteur pétrolier (CAPECE). Trois ans après l’inauguration de l’oléoduc, il n’existe ni étude d’impact environnemental et social, ni étude sur le suivi de la protection de la zone côtière et de l’environnement marin, ni vision à long terme de la gestion sociale et environnementale du secteur des hydrocarbures, constate le GIC. Sur le plan social, ce sont les ONG qui expriment leur lassitude. Après la mise en exploitation, un dialogue constructif semblait s’être instauré avec Cotco et le CPSP afin de régler les quelque 500 dossiers de compensation en litige. Ces dossiers concernent des personnes ou des villages situés sur le trajet de l’oléoduc. Deux ans après le début de ce travail qui a occasionné réunions et visites de terrain Valéry Nodem, coordinateur du Relufa (Réseau de lutte contre la faim) au Cameroun regrettent que, « ne serait-ce que les cas sur lesquels nous étions d'accord pour le règlement (…) presque rien n'est fait concrètement. Nous parlons là d'une compagnie [Cotco, ndlr] qui a achevé un chantier six mois avant la date prévue, qui a pu souder des tuyaux sous l'eau mais qui donne l'impression aujourd'hui que réparer des puits d'eau est une tâche ardue ». En réponse, Cotco affiche le bilan de ses dépenses d’indemnisation jusqu’en 2003 : cinq milliard de FCFA (7,6 millions d’€) pour les exploitants et propriétaires de biens, 539 millions de FCFA (820000 €) pour des projets communautaires (puits, ponts, bâtiments…). Quant aux litiges en cours, Cotco ne reconnaît qu’une trentaine de cas relevant de sa responsabilité et quelques dizaines pour lesquelles elle doit corriger une malfaçon. L’entreprise pense boucler son programme de compensation d’ici 2009, soit cinq ans après le début de l’exploitation de l’oléoduc.
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Philippe Chibani-Jacquot
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