La Mine de Pascua-Lama ne déplacera pas les glaciers

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Publié le 06-03-2006

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Après des années d'études, la Commission Régionale de l'Environnement (COREMA) de l'état d'Atacama au Chili a donné son feu vert au développement de la mine de Pascua-Lama. Cette autorisation assortie de restrictions va permettre à la Barrick Gold d'exploiter des réserves d'or et d'argent à proximité d'une réserve de la Biosphère de l'UNESCO au sommet des Andes. Cette décision déçoit les organisations environnementales même si la COREMA a tenu compte des aspects les plus controversés du projet et les a, en partie, solutionnés.

Juchées à 4600 mètres d’altitude sur la zone frontalière entre l’Argentine et le Chili, les réserves aurifères du projet de Pascua-Lama constituent l’un des gisements non exploités les plus prometteurs au Monde. Depuis le milieu des années 90, la compagnie minière canadienne « Barrick Gold » s’est donnée pour ambition d’obtenir toutes les autorisations nécessaires à la construction d’une mine qui permettra d’extraire les 17,6 millions d’onces d’or contenues à faible concentration dans le sous-sol d’une zone de passage de glaciers. Une ambition en passe de devenir réalité depuis l’obtention le 16 février 2006 du feu vert de la Commission Régionale de l’Environnement (COREMA) de l’Etat d’Atacama.

Pas de déplacement des glaciers

Selon son projet initial, la Barrick proposait de construire une mine à ciel ouvert dont la  méthode d’extraction a recours au concassage de la roche puis à son traitement au cyanure de sodium afin de détacher l’or de la pierre. Ce projet prévoyait d’enlever la glace des trois glaciers qui recouvrent la surface d’exploitation de la future mine de Pascua-Lama et de la transporter jusqu’à un autre glacier situé à quelques kilomètres.
Pour la Barrick, cette solution se défendait par le fait que les glaciers affectés ne représentaient que 0,5% des réserves d’eau de la région et que la glace restait dans le même bassin versant*. «Les pourcentages ne sont pas importants. Ce que Barrick ne comprend pas, c'est que ces glaciers ne sont pas seulement de la glace que l'on peut transporter d'un endroit à l'autre. Il s'agit d'éléments essentiels dans des écosystèmes fragiles et complexes» considérait Raúl Montenegro, professeur de biologie à l'Université nationale de Cordóba en Argentine et lauréat 2004 du prix Nobel alternatif, cité par le quotidien canadien Le Devoir. Cette argumentation des opposants au projet semble avoir convaincu la COREMA de son bien fondé. «Suite à l’évaluation environnementale du projet d’exploitation minière Pascua-Lama, nous interdisons tout type d’intervention physique sur les glaciers Toro I, Toro II et Esperanza,» statue la commission environnementale dans son autorisation d’exploitation.

Une protection des ressources hydriques

Cette protection des glaciers devrait garantir la continuité de l’alimentation en eau des nappes phréatiques et des rivières qui forment la vallée de Huasco, un oasis de verdure dans le désert extrêmement aride de l’Atacama. La préservation des flux hydriques est indispensable à la survie des communautés vivant dans la vallée, en particulier les membres du peuple Diaguitas installés dans la vallée depuis des siècles. Cette minorité ethnique, non reconnue par les autorités chiliennes, ne compte désormais plus qu’un millier de membres survivant d’une agriculture de subsistance et d’élevage. Toute altération de la quantité d’eau disponible ou de sa qualité pourrait donc entraîner la disparition d’un peuple qui a su préserver ses coutumes ancestrales et ses rites.

Le maintien de la qualité de l’eau représente un autre enjeu majeur du projet Pascua-Lama. Les risques de contamination sont en effet multiples. Avec plusieurs centaines de camions chargés de substances toxiques, d’explosifs ou de concentrés de cuivre circulants tous les mois sur les routes escarpées de la Cordillères des Andes, le risque d’accident routier n’est pas à exclure. Une menace toutefois minimale comparée au risque représenté par les déchets stériles issus de l’exploitation minière. Ces résidus sont notamment particulièrement acides et chargés en métaux lourds ou en arsenic. Ils sont traditionnellement responsables des principales dégradations environnementales causées par l’industrie minière et peuvent contaminer les cours d’eaux pendant plusieurs siècles. «Afin de respecter les ressources hydriques de la vallée de Huasco, la Commission Régionale de l’Environnement a mis en place une série de rigoureux moyens de protection,» considère toutefois la COREMA. La commission met notamment en avant les mesures de traitement des eaux acides prévues, le système continu de suivi de la qualité de l’eau sur tout le processus d’exploitation ou le développement de plans de contingences ainsi que l’isolation du sol des monticules de roches par trois sysèmes étanches.

Des parties prenantes furieuses

Le feu vert donné par la COREMA a été accueilli avec fureur par les groupes citoyens et environnementaux. «Cette décision était prévue depuis longtemps, déclare Antonia Fortt, une ingénieur environnementale pour l’ONG Oceana, au Santiago Times. Depuis le début, le gouvernement a montré son approbation du projet et à fait la sourde oreille face à l’opposition provenant des habitants de la vallée de Huasco.» Le directeur de cette organisation, Marcel Claude, va jusqu’à accuser le gouvernement chilien d’être «négligent» et de mettre à risque les conditions de vie des habitants de la vallée.
L’attitude des habitants de la vallée est toutefois plus contrastée. Craignant les éventuelles retombées environnementales, ils espèrent néanmoins pouvoir profiter des retombées économiques de ce projet de 1,5 milliards de dollars qui emploiera 5 500 personnes pendant sa construction et 1 600 pendant son exploitation. Ils semblent, de plus, satisfaits du protocole d’accord signé en novembre 2005 par la Barrick Gold et la « Junta de Vigilencia », un groupe représentant 2 000 agriculteurs de la région. Cet accord prévoit notamment le versement d’une compensation de 60 millions de dollars au cours des 20 ans d’exploitation de la mine afin de palier à d’éventuelles pertes de revenus occasionnés par une contamination de l’eau.

De son côté et sans surprises, la Barrick a déclaré être «satisfaite de la décision et du processus extensif mis en œuvre pour évaluer le projet.» «Nous allons étudier en détail la décision donnée par les autorités chiliennes et sommes déterminés à travailler dans le cadre ainsi déterminé,» ajoute Vince Borg, le vice président en charge de la communication de Barrick Gold.


*Le bassin-versant est la surface réceptrice des eaux  (de pluie ou issue de la fonte des neiges et des glaciers, par exemple) qui alimentent une nappe souterraine, un lac ou une rivière.

Pierre-Marie Coupry
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