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Enfouissement des déchets nucléaires : l'attente

Entreprises \Sites et riverains

Publié le 27-03-2009



La construction du site d'enfouissement des déchets nucléaires faiblement radioactifs à vie longue (FAVL) semble être au point mort. Depuis le début de l'année 2009, le gouvernement retarde sans cesse l'annonce des communes susceptibles d'accueillir le site, alors que la grogne des riverains potentiellement concernés s'amplifie.

Faiblement radioactifs, mais avec une durée de toxicité atteignant parfois les trois millions d'années, les FAVL ne peuvent être stockés avec les autres types de déchets nucléaires. Pour l'heure, ils restent entreposés sur les sites industriels où ils sont générés, dans des infrastructures coûteuses. Ce sont ainsi 60 000 tonnes de déchets radifères, et 23 000 tonnes de graphites qui sont en attente d'une solution de gestion définitive. L'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) a donc préconisé la construction d'un site de stockage en sub-surface (environ 50 mètres de profondeur), dans une couche argileuse, dont le coût est estimé entre 200 et 350 millions d'euros. Reste à trouver la commune qui voudra bien l’accueillir.


Les élus dénoncent le manque de transparence

Le gouvernement a donc missionné l'Andra début juin 2008 pour dresser une liste de communes potentiellement candidates. Après une première étude des sols géologiques en partenariat avec le Bureau de recherches géologiques et minières, l'Andra a ciblé 3115 municipalités, lesquelles ont reçu un dossier d'information et de candidature à renvoyer à l'Agence. Dossier qui garantit un impact économique considérable pour l'heureuse élue, avec création d'emplois et infrastructures subventionnées par l'Etat à la clé. Beaucoup de communes semblent être restées indifférentes à cet appel, mais une quarantaine se seraient portées candidates immédiatement, d'après le Collectif contre l'enfouissement des déchets nucléaires (Cedra). Le 24 décembre 2008, l'Agence a finalement rendu au ministère de l'Ecologie la liste des communes sélectionnées pour mener des études géologiques précises, avant la désignation finale prévue pour 2010. Mais l'inquiétude des maires candidats est montée en flèche lorsque le conseiller technique pour le nucléaire du ministère de l'Ecologie leur a annoncé, fin janvier 2009, que leur avis lors de la délibération de 2010 ne serait que consultatif. Nicolas Lerouge, maire de Braux-Saint-Rémy (Marne), à l'initiative de cette réunion au ministère, dénonce  « le paradoxe entre cette omerta et la promesse de transparence ».  Car aujourd'hui, de nombreux maires se sentent piégés, et craignent de ne pouvoir refuser, le cas échéant, l'implantation du site sur leur commune.

La montée en puissance du phénomène NIMBY

« Jean-Louis Borloo avait demandé à l'Andra de conduire cette recherche de site de manière exemplaire et transparente ! Or, aujourd'hui on ne sait toujours pas qui est candidat ». Michel Marie, porte-parole du Cedra dénonce l'opacité avec laquelle est traité le dossier. Car l'Etat est très en retard sur son calendrier, qui prévoyait de rendre publique la liste des communes sélectionnées dès janvier 2009.
Aujourd'hui, le collectif mène des actions dans les départements de la Meuse, du Lot, de la Marne ou encore des Vosges, où se trouvent les municipalités potentiellement concernées, et organise avec les élus des réunions « contradictoires » publiques, auxquelles l'Andra refuse régulièrement de participer. L'idée : mobiliser les citoyens pour les sensibiliser aux risques induits par une telle installation. Pour Michel Marie, le cas de Soulaine (centre de stockage de l'Aube crée en 1992) sert de contre-exemple « On nous avait promis qu'il n'y aurait aucun rejet, et pourtant, une fuite émanant du site de compactage a été décelée trois ans après l'ouverture ! Aujourd'hui on entend ce même discours, mais qui nous dit qu'on ne fera pas le même constat ?» Quant aux promesses d'impacts économiques alléchants, le militant reste perplexe : « ce sera peut-être le cas sur du court terme, mais que dire des conséquences sur l'image de la commune et son attrait touristique ? » Du coup, la mobilisation citoyenne commence à porter ses fruits, et le mouvement NIMBY (Not In My Back Yard, « Pas dans mon jardin ») s'amplifie au point que quelques communes retirent leurs candidatures.

« Il ne faut pas les mettre quelque part, il faut en faire quelque chose ! »

La question du regroupement de ces déchets reste pourtant cruciale, car leur stockage épars est aujourd'hui très coûteux. Mais pour Nicolas Lerouge, comme pour Michel Marie, enfouir les FAVL n'est pas une solution, car « une fois qu'on les aura ensevelis, on ne reviendra pas en arrière. » Eux préconisent donc de les laisser en surface « quel qu'en soit le coût », et de financer massivement la recherche pour parvenir à neutraliser leur radioactivité. Ce que la plupart des physiciens considèrent aujourd'hui comme impossible.

Anne Farthouat
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