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Les conditions de vie des habitants de l'île de Misima, située au sud-est de la Papouasie Nouvelle Guinée (PNG), ont été radicalement modifiées par l'ouverture d'une mine d'or à la fin des années 1980. L'accord de concession, passé entre la société canadienne Placer Dome Inc et l'Etat Papou, prévoyait en effet qu'une partie des royalties gouvernementales seraient redirigées vers la communauté locale. Cette manne a permis à la filiale locale de Placer Dome, Misima Mines Limited (MML), de construire les infrastructures nécessaires au bien-être de la population et à son activité, comme des routes, des écoles ou un système de distribution d'eau potable. MML s'est concentré particulièrement sur l'amélioration des conditions de santé des Misimans, ce qui a permis d'éradiquer la filariose lymphatique (maladie tropicale d'origine parasitaire). L'activité économique de la mine a bénéficié également aux commerces qui ont prospéré grâce aux salaires des 700 mineurs, employés par MML.
Un désengagement programmé
Vers la fin des années 90, les données géologiques annoncaient que la viabilité économique de la mine était menacée. L'entreprise et les parties prenantes locales devaient donc planifier sa fermeture, tout en essayant de maintenir le niveau de vie atteint grâce à elle. Sur ce point, les prévisions économiques étaient particulièrement sombres. L'étude effectuée par un consultant indépendant prévoyait une contraction de 70 % de l'économie locale après la cessation d'activité minière. La stratégie employée par MML pour quitter l'île de Misima de manière responsable, vise à se concentrer sur l'accroissement du capital humain et social de la communauté locale. Cette approche s'est largement inspirée des travaux de la Banque Mondiale sur les facteurs de réduction de la pauvreté.
Paradoxalement, la tache la plus simple fut le développement du capital humain. Le niveau d'éducation de la population était en effet satisfaisant avant l'ouverture de MML grâce aux écoles financées par des missions chrétiennes. Le gouvernement Papou avait en outre, au cours des années 90, financé la construction d'un lycée. Capitalisant ces acquis, l'entreprise a aidé ses employés à obtenir les diplômes ou les certificats nécessaires à la pratique de métiers qualifiés, comme la comptabilité ou l'ingénierie.
Développer le capital social et une économie alternative
Le préalable au développement du capital social est de pouvoir opérer dans une société où la cohésion est suffisamment forte pour pouvoir définir et travailler à des objectifs communs. Or la structure de décision traditionnelle ne dépassait pas le cadre du village. MML a donc organisé un comité consultatif composé des différentes parties prenantes locales (chefs de villages, églises, ONG, autorités locales et propriétaires terriens) afin d'étudier un cadre commun à leur futur collectif. La société a en outre engagé l'ONG Harmony Inc afin d'aider ses cadres locaux à développer les connaissances nécessaires à la constitution d'un plan de développement stratégique défendable auprès des autorités publiques nationales. Le comité consultatif a identifié trois priorités pour maintenir leur niveau de développement : l'indépendance alimentaire, des sources alternatives de revenu et la maintenance de l'infrastructure publique.
Le problème agronomique était particulièrement préoccupant. Les techniques traditionnelles qui consistaient à défricher un lopin, le brûler, le semer puis le récolter et le laisser en jachères pour une dizaine d'années ne suffisaient plus à maintenir la qualité des sols car l'augmentation de la population, induite par la prospérité économique, avait augmenté les besoins alimentaires de l'île. Afin d'aider les populations à résoudre le problème, MML a formé un partenariat avec les ONG Conservation International et le Japan Human Development Fund afin de travailler sur un programme d'agriculture raisonné. Ce programme, appelé SLUNP (Substainable Land Use and Nutrition Program), a été élaboré afin d'augmenter la qualité et la variété des denrées disponibles, tout en préservant la qualité des sols. Les promoteurs du programme ont créé un centre agricole pilote qui, au travers d'une série de jardins de démonstration, aide les populations à identifier et à analyser les pratiques qu'ils pourraient mettre en œuvre pour optimiser l'utilisation de leurs terres. Ce centre agricole explore également les pistes de développement d'une agriculture d'exportation ainsi que l'utilisation de techniques se rapprochant de l'agriculture biologique, afin de constituer une économie alternative et durable aux revenus miniers.
Le développement de cette économie agricole alternative a reçu le soutien de l'agence gouvernementale pour la promotion du cacao et des produits cocotiers. Une usine de transformation du copra a été financée afin de produire de l'huile et des produits. La production de vanille et de muscade est également étudiée afin de compléter l'offre de produits destinés à l'exportation. La maintenance des infrastructures locales devrait aussi être assurée sur le moyen terme. Après son départ fin 2004, MML laissera en effet sur place l'équipement de maintenance de la voirie, et la communauté dispose de réserves financières épargnées sur les royalties minières.
Un exemple à suivre
Il est certes trop tôt pour tirer une conclusion sur le succès de la stratégie de désengagement responsable déployée par Placer Dome. Les parties prenantes locales ont toutefois reconnu que l'aide apportée via les différents programmes porte ses fruits. Selon les résultats d'une étude, elles déclarent être aujourd'hui moins dépendante des revenus miniers et avoir une perception unanimement acceptée de ce qui doit être fait. Ces premiers résultats encourageants ont ainsi persuadé les dirigeants de cette entreprise de la viabilité de cette démarche. La création de partenariats avec d'autres organisations impliquées dans le développement communautaire est, par ailleurs, devenu un élément important du programme de développement durable de cette entreprise. Pour Placer Dome, "aider les communautés à développer des programmes de renforcement de leur autosuffisance sociale et économique après la fermeture de la mine" est devenue une priorité stratégique. Sur bien des aspects, cette entreprise est devenue un modèle à suivre pour ses concurrents du secteur minier qui ne peuvent se targuer de résultats aussi probants.
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