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Raffinerie de Whiting

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BP America continue à négliger son empreinte environnementale

Sous la pression publique, BP America a annoncé, en août 2007, renoncer à l'augmentation des rejets d'eaux polluées dans le lac Michigan, que les autorités de l'Indiana lui avaient octroyée. Après l'accident dans la raffinerie de Texas City et la fuite de son pipeline en Alaska, la filiale américaine du groupe BP fait une nouvelle fois preuve d'actes peu conformes à l'image d'entreprise responsable voulue par son siège britannique.

Installée depuis 1889 sur 560 hectares au bord du lac Michigan, la raffinerie de Whiting est un édifice familier pour les habitants de l’Etat de l’Indiana, mais également un immense complexe industriel capable de traiter plus de 400 000 barils de pétrole brut par jour. Une fois ses travaux d’extension terminés, la quatrième raffinerie américaine verra sa capacité de production s’accroître de 15%.
A l’image des autres majors, le groupe BP doit se lancer dans de vastes investissements afin d’étendre sa capacité de raffinage et construire des infrastructures en mesure de transformer le brut canadien extrait des gisements bitumineux d’Alberta. Avec un coût estimé de 3,8 milliards de dollars, l’extension de la raffinerie de Whiting permettra la transformation d’un brut lourd qui demande une dépense énergétique substantiellement supérieure au brut conventionnel, tant pour son extraction que pour son raffinage. On estime ainsi que l’extraction des réserves des sables bitumineux demande 20 fois plus d’énergie que les méthodes classiques ; et occasionne un rejet de gaz à effet de serre deux à trois fois supérieur.

Une raffinerie potentiellement plus polluante

Dans une société américaine complètement dépendante au pétrole, cet aspect spécifique du projet de BP semble peu déranger. « Nous ne sommes pas opposés par principe au projet,  » déclare Lee Botts, le fondateur de l’Alliance pour les grands lacs, ONG environnementale. « S’ils investissent tous ces milliards, ils peuvent certainement se permettre de dépenser un peu plus pour protéger le lac, » ajoute-t-il. L’opinion publique des différents Etats riverains du lac Michigan a en revanche été choquée par la dérogation donnée à BP par les autorités environnementales de l’Indiana, l’autorisant à augmenter la quantité de polluants rejetés dans le lac Michigan. Prétextant un espace trop restreint sur le site industriel pour mettre en place des infrastructures de traitement des eaux, BP a en effet demandé à pouvoir doubler ses rejets d’ammoniaque. Une demande partiellement acceptée, puisque le groupe pétrolier s’est vu octroyer l’autorisation de les accroître de 54 % pour l’ammoniaque et de 35% pour les boues riches en métaux lourds. C’est la première fois depuis les années 70 qu’un industriel reçoit un blanc seing institutionnel pour augmenter la quantité de polluants qu’il déverse dans un des grands lacs du nord des Etats-Unis.

Le kilo de trop

Selon l’agence fédérale de l’environnement, la raffinerie de Whiting est le principal émetteur de plomb, de nickel et d’Ammoniaque dans le lac Michigan. Elle est également l’un des deux pollueurs industriels à rejeter de l’acétonitrile, un produit chimique qui se métabolise dans l’environnement en cyanure. Les rejets de ces polluants toxiques seraient toutefois passés inaperçus si BP n’avait pas cherché -et obtenu- une dérogation de 5 ans sur les limites de mercure qu’elle est autorisée à déverser. Depuis des années, la raffinerie rejette un kilo par an de cet élément extrêmement toxique. Une quantité 25 fois supérieure aux standards fédéraux adoptés en 1995. « Avec un seul permis, cette société et l’état de l’Indiana sont en train de défaire des années de travail destinées à éviter de polluer nos grands lacs, » considère Rahm Emanuel, un membre du congrès issus de l’Illinois. 

Volte-face inattendue de BP

« Nous conservons les acquis de notre nouveau permis, mais nous nous efforçons au quotidien d’améliorer les impacts environnementaux de nos opérations, » déclarait Scott Dean, un porte-parole de BP, quelques jours avant que le PDG de BP America ne se rende à Chicago pour annoncer au maire que son entreprise n’augmenterait pas ses rejets de polluants dans le lac. Une volte-face inattendue, survenue pour deux raisons : une importante mobilisation de l’opinion publique contre le groupe, mais également un rapport d’expert commandé par les autorités municipales de Chicago, qui conclut que BP pouvait augmenter la capacité de traitement des eaux de sa raffinerie pour moins de 40 millions de dollars, soit à peine plus de 1% de son investissement…
Six ans après les acquisitions d’Amoco et d’Arco, il semble que l’ensemble des opérations de BP aux Etats-Unis ait bien du mal à se mettre au niveau des ambitions RSE du groupe britannique. Afin d’éviter un surcoût d’investissement de 1%, les relations publiques de BP ont de nouveau fait face à un véritable fiasco. La problématique de la qualité de l’eau n'est pas, en outre, un fait isolé : les responsables de BP America ont également demandé et obtenu l’autorisation d’augmenter les émissions de cendres légères de la raffinerie.   

PM Coupry
Mis en ligne le : 27/11/2007
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