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L'usine de pâte à papier de Botnia, située en Uruguay sur la frontière argentine, est le plus grand projet de ce type en Amérique du Sud. Filiale d'une multinationale finlandaise, elle fonctionne depuis novembre 2007 avec une production annuelle d'un million de tonnes de pâte à papier et suscite une vive opposition depuis 2005. Les Argentins dénoncent les impacts dévastateurs de la production de cellulose et de papier, en raison des agents polluants difficilement dégradables, comme le furane et la dioxine. 120 000 personnes avaient ainsi protesté en avril 2006, et le 12 janvier 2007, la totalité des accès terrestres entre l'Uruguay et l'Argentine ont été bloqués par les manifestants. Le pont entre les deux pays est aujourd’hui toujours bloqué, et la situation a dégénéré en conflit diplomatique. En 2007, l'Argentine a porté le cas devant la Cour Internationale de Justice (CIJ) de La Haye, invoquant la violation des normes environnementales internationales par l'Uruguay. Le 20 avril dernier, les juges ont pourtant débouté l'Argentine, estimant qu’elle n’avait pas apporté de preuves significatives concernant la pollution du fleuve Rio de la plata, proche de l’usine. Selon la Cour, "procéder au démantèlement de l'usine ne serait pas une mesure appropriée". La CIJ a également refusé de céder à la demande de Buenos Aires, qui souhaitait que l’Urugway lui verse des indemnisations. Sur place, les manifestants ont réagi avec colère, indiquant que la lutte "continuait". "Ce jugement de la Cour est une plaisanterie" ont-ils déclaré. La Cour a néanmoins condamné l'Uruguay pour non respect de son obligation d'informer l’Argentine de cette construction d’usine, comme l’exige un traité de 1975 conclu entre les deux Etats.
Les financeurs du projet accusés
Les Amis de la Terre, qui avaient à l’époque accusé Calyon (filiale du Crédit Agricole) de financer ce projet d’usine, estiment que « ce jugement confirme leurs craintes ». La banque a selon l’ONG « négligé l'analyse des conflits entre l'Uruguay et l'Argentine et avec les populations locales (…) Les banques françaises doivent tirer les leçons de cet échec et prendre en compte les aspects humains et géopolitiques dans leurs analyses en amont ». « La violation des procédures de coopération par l'Uruguay et ses conséquences rapidement visibles sur le terrain auraient dû alerter les financeurs du projet, de la Banque mondiale au Crédit Agricole », poursuit l’ONG dans son communiqué. Le Crédit Agricole est d’un tout autre avis. En 2007 déjà, le groupe affirmait avoir parfaitement conscience que l’usine était un « sujet sensible ». « Nous avons toujours cherché à communiquer avec les ONG, expliquait alors Brigitte Drège, chargée du Développement durable au sein de la banque. "Nous les avons rencontrées pour écouter leurs préoccupations et leurs attentes et dès que notre décision a été prise, en janvier, nous les avons à nouveau rencontrées pour les informer. "Notre décision a été motivée par l'accord donné au projet par la SFI et nos propres équipes d'ingénieurs ont, en outre, analysé attentivement les études d'impact réalisées en 2006, ces dernières répondant aux lacunes soulignées en 2005 par la Banque Mondiale" avait-elle ajouté.
Aujourd’hui, le Crédit Agricole prend acte de la décision de la Cour internationale de Justice . Le groupe « rappelle que sa participation au financement de l’usine a toujours été conditionnée par les engagements environnementaux de la partie uruguayenne, validés en leur temps par la Banque Mondiale. Néanmoins, comme la CIJ a estimé que l’Uruguay n’avait pas respecté ses obligations procédurales (...), le Crédit Agricole renforcera ses outils d’analyse des projets sensibles, dans le cadre de son partenariat avec le WWF ».
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