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Barrage d'Ilisu: retrait des pays européens

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Publié le 28-10-2008

Manifestation contre le barrage à Berlin
Manifestation contre le barrage à Berlin

C'est officiel: les gouvernement de l'Allemagne, de l'Autriche et de la Suisse veulent se retirer du très controversé projet du barrage d'Ilsu en Turquie. Les trois pays ont usé de la clause de retrait prévue par le contrat passé avec Ankara.

Malgré les alertes répétées des ONG et de la population locale, le gouvernement turc n’a toujours pas appliqué les 153 conditions environnementales et sociales liées à l’attribution des crédits pour la construction du barrage d’Ilsu. Ce constat, étayé par plusieurs expertises, amène l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse à se retirer du projet, d’autant que ces conditions qui auraient dû être remplies fin 2007. Or, selon la dernière expertise publiée cette année, Ankara non seulement n’a rien fait pour les remplir mais a de surcroît enfreint les accords par des expropriations massives.

Avec le projet du barrage d’Ilsu, ce sont 199 villages et communes réparties sur une zone de 300 km² qui menacent de disparaître, dont la ville antique de Hasankeyf, riche d’une histoire remontant à plus de 9000 ans. Près de 55 000 expropriations seraient nécessaires, selon les experts. Or, les auteurs du rapport relèvent que les campagnes d’information et la consultation des populations « n’ont pas eu lieu alors que cela était souhaité ». La recherche de nouvelles terres pour les agriculteurs ne s’est pas faite. Les procédures pourtant prévues permettant de porter plainte en cas de litige demeurent inexistantes. Enfin, aucun matériel cartographique concernant la protection des fouilles archéologiques n’a été réalisé.

Ankara n’a plus que 60 jours pour remplir les 153 conditions prévues par le contrat. Dans le cas contraire, les trois gouvernements vont annuler les garanties de crédits aux entreprises impliquées dans le projet -Andritz AG, Züblin AG, et Alstom-, octroyées en 2007. Ce qui pourrait alors entraîner le retrait des banques… Bank Austria, aujourd’hui UniCredit, la banque allemande Deka Bank et la banque française Société Générale avaient en effet débloqué des crédits à hauteur de 450 millions d’euros. Avec la procédure de retrait officiellement entamée, les organisations environnementales s’attendent à ce que les banques retirent à leur tour les autorisations de crédits.
 
« Jamais auparavant nous n’avons pu observer un tel pas diplomatique dans l’histoire de l’économie de l’exportation européenne, » se réjouit Ulrich Eichelmann, de l’ONG autrichienne ECA Watch. Heike Drillisch, coordinatrice de la campagne en Allemagne, doute, quant à elle, de la volonté et de la capacité de la Turquie à « mettre en œuvre en deux mois ce qu’elle a ignoré pendant deux ans. » Elle salue « vivement la décision des trois gouvernements européens pour cette décision qui aurait du être prise depuis longtemps. C’est une grande victoire pour la campagne contre le projet du barrage d’Ilisu. »,

La décision a été annoncée pendant la visite à Berlin d’une délégation turque composée du maire de la ville de Hasankeyf, Abdulvahap Kusen, de Erkut Erturk de l’organisation turque de défense de l’environnement Doga Dernegi. Ils étaient accompagnés de représentants allemands et autrichiens des mouvements contre le barrage d’Ilsu, venus plaider pour le désengagement de l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse. « Le retrait probable des Européens est une bonne nouvelle pour les habitants de Hasankeyf et une motivation pour nous d’augmenter encore un peu plus l’opposition en Turquie. Nous disposons maintenant d’une chance réelle de conserver sur notre terre natale notre patrimoine culturel vieux de milliers d’années et notre environnement », se réjouit Abdulvahap Kusen, maire de Hasankeyf, lors de passage à Berlin.

Pour autant, les délégués appellent à la prudence et à la vigilance « afin qu’un compromis « louche » ne soit pas trouvé à la dernière seconde avec la Turquie » selon Heike Drillisch. Le parti des Verts allemands, qui s’est toujours opposé au projet, rapporte un entretien avec la délégation turque selon lequel le retrait des garanties de crédit ne serait qu’une première étape. Le soutient politique de l’Allemagne et de l’Union européenne est encore nécessaire afin que la construction du barrage soit définitivement stoppée.

Claire Stam à Francfort (Allemagne)
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