Sécurité routière et entreprises

Entreprises \Sécurité au travail

Publié le 27-08-2003

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Le slogan la route tue s'applique aussi à l'entreprise. Plus de 50 % des accidents professionnels mortels se produisent au cours de missions ou de trajets domicile-travail. Pourtant, ce risque reste insuffisamment pris en compte par les entreprises. Une situation qui pourrait bien évoluer grâce à la mobilisation de divers acteurs et au document unique , rendant obligatoire, depuis 2002, la déclaration des risques professionnels.

Accident de mission et de trajet
On distingue deux types d'accidents du travail sur la route : l'accident de mission, qui advient pendant la durée de travail, et l'accident de trajet domicile-lieu de travail, reconnu comme accident du travail, mais ne rentrant pas dans le cadre des risques professionnels. C'est au cours de ce " trajet " que se produisent le plus grand nombre de décès, selon la Prévention routière : 850 accidents de trajet mortels et 430 accidents de mission mortels en moyenne chaque année.
Ces dernières années, avec 1 véhicule sur 3 utilisé professionnellement, 15 % des personnes tuées dans un accident de la route étaient des salariés, en mission ou sur le trajet domicile-travail. Si les accidents de la route sont parmi les moins fréquents des accidents du travail, plus souvent provoqués par des machines, des produits toxiques, des outils, etc., ils restent la première cause de mortalité au travail. Ils représetent 2/3 des accidents du travail mortels et le quart des accidents du travail entraînant une incapacité permanente. En 2000, 1 300 personnes se sont tuées en mission ou en trajet. En 2001, 827. Même si les chiffres baissent, à l'instar des chiffres de la mortalité sur route en France, ils restent élevés, dans un pays ou la sécurité sur la route a été déclarée " Grande cause nationale ". Ces chiffres sont d'autant plus élevés que de nombreux experts assurent que la route est un risque maîtrisable et évitable.

Une faible prise de conscience

Sandro Mantovani, président de PSRE, association de promotion et de suivi d'actions de sécurité routière en entreprise, insiste sur ce fait : " En ayant recours à un plan de prévention, on peut réduire de 20 à 50 % le nombre d'accidents " Selon lui, dans un pays où l'accidentologie est plus élevée que dans les autres pays européens, les entreprises savent depuis longtemps se préoccuper de certains dommages, tel l'incendie, mais sont " peu - ou pas du tout - motivées par la prévention du risque routier ". Souvent parce qu'il se passe en dehors du lieu de l'entreprise, et apparaît donc moins contrôlable et moins sous la responsabilité de celle-ci. Ou parce que les entreprises estiment que c'est une mission incombant à l'Etat.

Plus officieusement, il semble que les entreprises rechignent à endosser un rôle politiquement peu flatteur de " donneur de leçon ", de surcroît dans l'habitacle d'une voiture, considéré souvent comme un espace privé. Du côté des salariés, le magazine Prévention routière en entreprise relate un fait paradoxal très révélateur : " Lorsque l'on demande aux salariés de citer spontanément les risques professionnels auxquels ils peuvent être exposés en raison de leur métier, les dangers de la conduite automobile ne ressortent presque jamais. Peut-être reprennent-ils de facto à leur compte propre un risque qui est en fait généré en partie par leur mission professionnelle ? " 

Un triple enjeu pour l'entreprise

Néanmoins, depuis 5 ans, quelques grandes entreprises, telles Eurovia (voir article lié), Sanofi-Synthélabo, Aventis, Norauto, AXA, Apave... ont décidé d'assumer une responsabilité qu'elles estiment leur. Selon l'Insee, 62 % de la population active utilise un véhicule motorisé pour aller travailler. L'insécurité routière es donc un triple enjeu pour les entreprises : humain, économique et légal. Selon le livre " Gisements de sécurité routière ", cité par le numéro spécial Document unique et évaluation du risque routier (S.E.P.R), " 180 à 360 vies pourraient être épargnées par an grâce à des actions de prévention dans les entreprises. A ces gains s'ajouterait celui, (non chiffrable), obtenu " par contagion " sur les accidents hors missions et trajets. "

Sur un plan économique, l'accident de circulation engendre des coûts directs, mais surtout indirects. Au-delà des primes d'assurance et des cotisations " accidents du travail ", qui représentent 3,7 milliards d'euros chaque année, des coûts matériels, financiers, salariaux (remplacement...), administratifs (amendes...), commerciaux (perte d'un client...) ou de production (marchandises détruites...) viennent s'ajouter. De plus, des coûts sociaux (climat social affecté), humains (décès d'une personne occupant une fonction stratégique...) sont à prendre en compte. En règle générale, on estime que les coûts induits sont 2 à 3 fois plus élevés que les coûts directs ! De quoi faire réfléchir, estiment les acteurs de la prévention, qui n'hésitent pas à recourir à cet argument, comme l'association PSRE, qui propose un programme d'évaluation du retour sur investissement que peut représenter un plan de prévention routière.

Plus de 5 millions de journées de travail perdues !

Les assureurs, tenus par convention avec l'Etat de faire de la prévention depuis près de 10 ans, font de même : " Axa se sert d'un logiciel permettant de recenser les risques routiers afin de présenter leurs coûts aux entreprises, explique Régis Guillet-Arnaud. Le coût moyen d'un accident pour l'entreprise est de 2 000 euros ". A titre d'exemple, en 2000, le nombre de journées de travail perdues en raison d'accidents de la route s'est élevé à près de 6 millions de jours !

Sylvie Touboul
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