Risques du travail : des millions de morts et des milliards de dollars perdus, selon le BIT

Entreprises \Sécurité au travail

Publié le 12-06-2003

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Dans " La sécurité en chiffres ", l'étude publiée à l'occasion de la journée mondiale sur la santé et la sécurité au travail, le BIT synthétise, pour la première fois, les connaissances actuelles sur l'ampleur des maladies, accidents et décès liés au travail. Un problème mondial, rarement évoqué, mais dont le coût est élevé : selon le BIT, le coût des accidents et maladies liés au travail représente 4 % environs du produit national brut annuel.
Le rapport montre que le travail tue 5 000 personnes chaque jour : on dénombre ainsi chaque année 270 millions d'accidents du travail, dont 355 000 accidents mortels, et 160 millions de cas de maladies professionnelles, qui frappent particulièrement 12 000 enfants, dont le décès est lié au travail.
Les premières causes de mortalité au travail sont le cancer (environ 32 % des décès), les maladies circulatoires (23 %), les accidents (19 %) et les maladies transmissibles (17 %). Comme l'a souligné le Directeur général du BIT, Juan Somavia, la majeure partie de ces décès pourrait être évité : "Blessures et maladies ne sont pas une fatalité au travail. Décès, accidents et maladiespeuvent être évités. Nous devons promouvoir une nouvelle "culture de la sécurité sur les lieux de travail, partout où ils se trouvent, en s'appuyant sur des politiques et programmes appropriés au plan national afin d'en faire des lieux plus sûrs et plus sains pour tous".
Le rapport fait état de différences sensibles en fonction des régions et constate que "dans certaines parties du monde en développement le taux de mortalité est quatre fois plus élevé que dans les pays industrialisés les plus sûrs". Jukka Takala représentante de l'OIT pointe, sur ce sujet, les méfaits de la mondialisation : " Les pays industrialisés exportent leurs risques dans les pays en voie de développement. Les problèmes de santé et de sécurité ont été déplacés vers le Sud où le travail n'est pas seulement moins cher, mais aussi beaucoup moins protégé ".
Comme " par hasard ", les secteurs les plus dangereux sont aussi ceux auxquels appartiennent les employeurs les plus importants dans les pays du Sud :
- l'agriculture avec 170 000 tués pour 1,3 million de travailleurs présente un risque deux fois supérieur aux autres secteurs. Encore, ce chiffre est-il certainement largement sous-estimé par défaut de déclarations...
- l'industrie minière  emploie environ 1 % de la main d'œuvre mondiale, mais est responsable de 5 % des accidents mortels au travail.
C'est certainement le secteur informel, urbain comme rural, qui pose le plus de problèmes se santé et de sécurité. Il a explosé avec la mondialisation et concernerait désormais la moitié des travailleurs dans le monde : dans certains pays, il représente 70 % des emplois et aurait créé 90 % des nouveaux emplois en Afrique, ces dix dernières années. Bien sûr, il n'existe pas de statistiques sur ce secteur informel, mais le BIT estime que le taux d'accident et de maladises y est forcément supérieur au secteur formel : mauvaises conditions de travail, exposition à la pollution, tâches dangereuses comme le ramassage des ordures...
À l'autre bout du spectre, dans les pays industrialisés, en particulier dans les grandes entreprises qui ont une véritable culture de la sécurité, le problème majeur est désormais... le stress. Selon la Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de travail, 600 millions de journées de travail seraient perdues chaque année dans l'Union Européenne pour cause de stress, avec un coût estimé entre 3 et 4 % du PNB. En France, 11 % des salariés ont déjà eu un ou plusieurs arrêts maladie liés au stress. Aux Etats-Unis, le coût du stress correspond à 300 millions de journées perdues, et représente 60 % des accidents du travail, pour un coût de 150 milliards de dollars.
Tous les problèmes de santé et de sécurité sont loin d'être totalement sous contrôle dans nos pays industrialisés, comme le prouvent des accidents récents liés à la sous-traitance ou le scandale de l'amiante (50 000 à 100 000 morts, d'ici 2025), mais comme le rappelait récemment Frédéric Thibergien, président de l'ORSE et ex-président de Védior-Bis : " Dans certaines grandes entreprises, la cause principale de blessures ou de décès est désormais... les accidents de la route lors du trajet domicile/bureau. C'est pourquoi, ces entreprises mettent en place des formations au code de la route pour leurs salariés et des systèmes de révision de leurs véhicules sur le parking de l'entreprise ".
Alain Chauveau
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