Les mystères de l'incendie d'une usine de pesticides à Béziers

Entreprises \Sécurité industrielle

Publié le 31-08-2005

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Publiée sur le groupe de discussion
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Un stock de 2000 tonnes de pesticides a brûlé onze jours, à Béziers, dans l'indifférence de l'été. C'est pourtant devenu un évènement sur Internet. On y compte aujourd'hui trois sites sur l'accident. Les internautes cherchent à établir la liste, non publique, des produits dont les fumées ont rendu malades 150 personnes (à ce jour). Et tandis que l'Etat annonce une enquête de l'INERIS, les écologistes ont opéré des prélèvements de sol et de végétation.

Le feu a pris, à 19 heures, le dimanche 26 juin, dans l'usine SBM, classée Seveso 2, qui formule des pesticides, dans le quartier de La Devèze à Béziers, dans l'Hérault.  Une explosion a eu lieu ensuite, vers 3 heures du matin, que l'on peut voir sur le site wiki (voir lien ci-dessous), créé par un syndicaliste maison. L'usine comprend quatre bâtiments, selon la préfecture, et c'est l'entrepôt des produits réputés les moins inflammables qui se serait embrasé.
De l'autoroute, ont dit les témoins, "on voyait un mur de feu". Cent pompiers ont travaillé d'arrache pied, sans masque à gaz - ce qui révoltera les internautes -, pour circonscrire le sinistre dès le lundi 27. Mais le cœur du hangar, vaste de 7500 m2 a continué à brûler. La charpente de métal, fondue et écroulée, en barrait l'accès, selon Cyril van Caneghem, le directeur du site. De plus, la police interdisait tout déplacement à cause de l'enquête judiciaire. Pour Aurèle Clémencin de Greenpeace, les pompiers auraient malgré tout préféré ne pas surcharger le bassin de rétention des eaux de lutte contre l'incendie, déjà à moitié plein. Quoi qu'il en soit, les toxiques se consumaient encore les jours suivants.
En ce début d'été, dans la région on vivait fenêtre ouverte. Les autorités ont conseillé de les fermer en ajoutant qu'il n'y avait "aucun danger particulier". Les écoles ont gardé les enfants à l’intérieur le lundi. Le nuage noir arrachait des larmes aux policiers qui bouclaient les abords. Le vent soufflant de l'Est, l'odeur épouvantable a atteint Carcassonne le lundi à midi, puis Toulouse, à 180 kilomètres de là, le mardi. L'hôpital de Béziers, calfeutré, a constaté une subite « crue » des urgences liées aux problèmes de peau et des poumons.
Le préfet changeant le 1er juillet c’est le directeur de cabinet, Philippe Ramon, qui a dirigé les opérations. Le lundi 26 au soir, est arrivée l'Unité de Spectrométrie Mobile (USM) des marins-pompiers de Marseille, pour étudier les fumées. Seuls résultats rendus publics : prédominance de composés soufrés, SO2 surtout, gaz irritant, précurseur de l'acide sulfurique (vitriol) mais aussi un polluant du diesel.
On a installé dans le quartier de la Devèze des capteurs de gaz d'échappement : SO2, NO2, 03, particules. Les taux ont été affichés sur le site de l’association spécialisée Air-LR. Le docteur Evelyne Coulouma, de la mairie de Béziers, a recensé fin août 150 consultations liées à l'accident.

Quels produits ont brûlé ?

Pendant ce temps là dans l’usine SBM, le directeur, peu gêné par les émanations, prenait les appels des journalistes. Le hangar, dit-il, contenait des insecticides et fongicides organophosphorés et organochlorés, sans plus de détail. "Je ne donne pas le nom de mes clients". La presse a rappellé, à ce moment là, que l'usine produisait, en 1984, le même poison (isocyanate de methyle/dit aldicarbe) que celle de l'accident de Bhopal en Inde (voir article lié). Elle ne le fabrique plus depuis. Par ailleurs, en avril 2005, une explosion avait déjà détruit l'atelier de fabrication d'un autre produit, le thiodicarbe (ce qui explique peut-être le lancement d’une enquête judiciaire) et enfin la SBM a demandé l'autorisation d'agrandir son site de Béziers.

Cependant, passées les premières images spectaculaires, avec liquide rouge vif où pataugent les pompiers, l'intérêt s’émousse rapidement. A Midi Libre, le quotidien local, la rumeur court que ce liquide contenait du cyanure, mais elle n’est pas publiée. Elle est pourtant probablement vraie puisque 40 tonnes d'aldicarbe que la SBM recevait tout préparé, ont brûlé. L'aldicarbe se dissout dans l'eau et peut la contaminer de produits cyanurés. C’est pourquoi on l'a interdit, avec une tolérance, sur les vignes et betteraves, jusqu'en 2007. Le 7 juillet 2005, une semaine après l’incendie, la SBM loue enfin une grue et des hommes descendent directement au coeur du feu, pour l'éteindre.

Les riverains continuent de s'interroger. L'un d'eux tient son journal en blog sur Internet et raconte par exemple: "je me suis réveillé, la langue comme brûlée par un liquide très chaud""… France Nature Environnement, Le Clape (mouvement local), les Verts et Corinne Lepage protestent : Qu'abritait le hangar fumant ? Se tait-on à cause des touristes sur les plages de la région ? Aux réunions du Comité Local et d'Information et de Concertation (CLIC), en mairie, le directeur de la SBM cite une liste très générale de produits : des carbamates, des organochlorés, et ainsi de suite, ne permettant aucune conclusion en toxicologie. Or la procédure d'autorisation liée au classement Seveso 2 permet de connaître  les effets des pesticides. Le 15 juillet, sur Internet, apparaît un forum sur l'accident. Le 20, le Canard Enchaîné publie une partie des analyses des fumées, révèle la combustion de 50 tonnes d'organochlorés et rappelle que cela a dû générer des dioxines qui s'accumulent depuis dans le sol et les produits laitiers.
Greenpeace obtient alors de la DRIRE les analyses ponctuelles de fumée, mais toujours pas la liste des toxiques détruits. SBM Formulation reprend son activité début août qui consiste entre autres à fournir à ces clients (industriels de la chimie) des produits composés à partir des substances fournies à SMB. Sur Internet, le Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Future (MGDRF) propose de faire analyser des prélèvements de sol (pour les dioxines) et de végétaux à cuticule cireuse, où adhèrent les polluants. L'étude est lancée, et le résultat est attendu début septembre. Ils pourraient être inquiétants.
Dans cet accident, les associations et les internautes se sont substituées aux autorités. Celles-ci n'ont pas révélé le nom des toxiques en feu, apparemment paralysées par le secret commercial, invoqué par une entreprise classée Seveso 2, donc présentant un fort potentiel de danger. Il est vrai que leur absence de formation sur des notions basiques d'écologie, voire de biologie, ne leur permet pas forcément d'évaluer le risque et donc d’accéder à la demande d'information de la population.

Marie-Paule Nougaret
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