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La mobilisation d'Eurovia en faveur de la prévention routière peut être attribuée au triste record enregistré en 2001 : 6 morts en un an ! Pour cette filiale de Vinci, qui compte 20 000 salariés en France, la mobilisation était nécéssaire car si la culture du risque est très présente sur les chantiers, ce n'est pas le cas sur route. De plus, l'entreprise, en sa qualité de leader européen des travaux routiers, communique sur sa connaissance des dangers de la route et des solutions pour les limiter : meilleure lisibilité, meilleure adhérence de certains revêtements, équipements de sécurité le long des routes... Eurovia a un problème sérieux car les accidents, sans augmenter en nombre, connaissent une gravité alarmante. Sur un parc de 9 600 véhicules (2 100 véhicules légers, 4 900 véhicules utilitaires et 2 600 camions), 6 000 chocs ont été enregistrés en 2001. Eurovia s'est adressé à la Prévention routière et à son assureur, le groupe SMABTP, pour obtenir un diagnostic de son accidentologie. 1 400 constats amiables ont été décortiqués et ont conduit à une conclusion déterminante pour le groupe : 2 accidents sur 3 auraient pu être évités. Eurovia a alors déclenche alors le plan VIGIROUTE. Sensibilisation... Le président d'Eurovia, Roger Martin, a annoncé dans une lettre son intention de " développer, de façon durable, un véritable état d'esprit prévention routière ". Un réseau VIGIROUTE est créé : un comité de pilotage, 30 délégués QSE (Qualité - Sécurité - En vironnement) chargés de veiller à l'application du plan et 220 correspondants, formés par la Prévention routière, interviennent concrètement dans les agences. Quatre outils de sensibilisation sont mis en place. Une charte VIGIROUTE, distribuée aux 20 000 collaborateurs, est apposée sur tous les lieux de travail d'Eurovia. Elle rappelle, en dix points, les engagements et les valeurs que doivent partager les conducteurs, insistant sur la responsabilité de chacun. Un guide du conducteur, plus étoffé, vient compléter ces rappels de bon sens souvent oubliés, et présente les différents dangers que sont l'alcool, le téléphone portable, la mauvaise préparation d'un trajet ou de son véhicule... Remis à chaque collaborateur à l'issue d'une information sur le risque circulation, il s'adresse également au nouveaux entrants ainsi qu'aux intérimaires. Un autocollant aide-mémoire, devant être placé dans chaque véhicule de l'entreprise achève de frapper les consciences. Enfin, le plan VIGIROUTE se compose d'un quizz auquel sont soumis les nouveaux arrivants, réputés toujours plus vulnérables aux risques routiers (20 % des accidents mortels sur la route impliquent des jeunes de 16 à 24 ans). ... et analyse Au-delà de la simple information, un outil, la fiche CSA (Causes-Solutions-Actions) permet l'analyse des sinistres, pour une meilleure prévention. Les correspondants VIGIROUTE convoquent tout salarié accidenté dans les 10 jours suivant la réception du constat, et au cours d'un entretien, font prendre conscience au conducteur de l'aspect évitable de son accident. En décortiquant minutieusement les circonstances de l'accident, les causes réelles sont identifiées et la recherche de solutions permet de lutter contre un certain fatalisme. Des actions sont prévues pour tenter de limiter le risque, pouvant intervenir dans quatre domaines, le matériel (vérification de freins...), l'environnement interne à l'entreprise (zone de parking à améliorer...), l'organisation (planning contraignant...) ou le comportement (vue défaillante...). Une agence est même en train de tester sur 25 véhicules un " enregistreur de conduite " destiné, selon Georges Balavoine, à permettre au collaborateur de corriger lui-même sa conduite (oubli d'un clignotant, dépassement de vitesse...). Ces informations pourraient servir à élaborer des études statistiques... si les collaborateurs acceptent l'objet. Pour Eurovia, " il s'agit de faire prendre conscience que les accidents de la circulation doivent être traités comme un dysfonctionnement dans le travail ". En appliquant cette minutieuse étude des causes et des solutions au moindre choc, Eurovia espère faire jouer une règle de proportionnalité. Si l'on réduit les accidents mineurs " évitables ", on fait chuter le risque d'accidents corporels plus graves, on peut donc espérer limiter les accidents mortels. Bien sûr, le plan VIGIROUTE sera évalué, quantitativement et qualitativement de façon annuelle. Pour pérenniser ces actions, un système de motivation individuelle est même prévu, sous forme de points par mois sans accidents, et chaque année, des trophées VIGIROUTE seront organisés pour récompenser trois agences ayant obtenu les meilleurs ratios (nombre de constats / nombre de véhicules) grâce à l'application du plan de prévention. Un partenariat gagnant-gagnant avec l'Etat Pour formaliser cette stratégie, qu'Eurovia espère étendre à d'autres filiales de Vinci ainsi qu'à d'autres entreprises (VIGIROUTE est une marque déposée !), le groupe de travaux routiers a signé, en mars 2003 et pour trois ans, une charte de partenariat avec la Direction de la Sécurité et de la Circulation routière. Elle implique qu'Eurovia communique les résultats de sa politique de prévention sous forme d'un bilan annuel, et qu'elle soit partenaire d'opérations de communication sur le risque routier au travail. En échange, la Sécurité Routière fait profiter l'entreprise de ses compétences humaines et techniques pour mener à bien cette stratégie. Diverses entreprises, telles que BP France, le groupe Colas, Sanofi-Synthélabo... ont signé ces chartes pour développer des plans de prévention en interne, ou se sont engagées, telles 3M France ou Ouest-France... à sensibiliser leur personnel ou leur public au risque routier, par des opérations réalisées avec la Sécurité routière et d'autres partenaires (CRAM, Prévention routière, assureurs...). Pour Georges Balavoine, " l'entreprise est le lieu privilégié pour parler de sécurité routière, car il est plus facile de réunir les gens quand ils sont au travail que de les interpeller dans la rue pour les sensibiliser. Nous avons une autorité en tant qu'employeur... " Cette prise de coscience de la responsabilité de l'employeur pourrait bien, à terme, changer la manière d'appréhender le risque routier au travail, et donc sa prévention. Le coordinateur du Plan VIGIROUTE s'interroge : " Une question de taille se pose aujourd'hui : quand on prête une voiture, ne s'agit-il pas là d'un équipement de travail ? Si oui, alors il faut livrer des instructions à respecter, comme pour tout équipement. Donc généraliser la prévention. Or actuellement, il suffit d'avoir le permis pour disposer d'une voiture prêtée par l'entreprise. De même, quand quelqu'un prend son véhicule pour aller au travail, on considère que l'employé n'est pas sous l'autorité de l'employeur, pourtant un accident de trajet rentre dans les accidents du travail. En fait, à travers le plan VIGIROUTE, nous commençons par le trajet mission mais on espère bien que cette pédagogie aura un effet direct sur le conducteur hors du cadre professionnel. 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