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AZF : les défis d'un procès

Entreprises \Sécurité industrielle

Publié le 03-02-2009

L'usine AZF après l'explosion
L'usine AZF après l'explosion

30 morts et 290 sinistrés, plus de 7 ans de procédure, un dossier de 110 volumes, des causes contestées, des débats filmés : le procès de l'explosion de l'usine AZF est celui de tous les défis. Le plus grand d'entre eux : établir les causes réelles de cet accident dramatique au cours de quatre mois de débats judiciaires qui commenceront, à Toulouse, le 23 février 2009.

« Ce procès aurait pu être celui des gueux défendus par des avocats payés avec l’aide juridictionnelle ou au résultat face à une multinationale comme Total, qui peut entretenir des avocats à plein temps. Mais il va être filmé pour l’histoire et au dernier moment la mairie, le département et la région se sont portés partie civile avec nous !» Pour maître Casero, avocate toulousaine qui travaille depuis le début sur le dossier AZF du côté des sinistrés, la donne est en train de changer. Huit ans de bataille judiciaire et technique où tous les scenarios, y compris les plus fantaisistes, ont pu circuler, vont enfin déboucher sur un procès. Elle est convaincue qu’il va permettre de connaître la vérité sur les raisons de l’explosion qui a ravagé tout un quartier de Toulouse un matin du 21 septembre 2001, tuant le jour même 29 personnes, et une trentième quelques jours après.

Depuis le début, le dossier AZF est hors norme. L’explosion, à Toulouse, 10 jours seulement après le 11 septembre 2001, dans une usine classée Seveso 2 appartenant à Grande Paroisse, filiale de la branche chimie du groupe Total, en plein quartier urbanisé d’une des grandes métropoles françaises, est une catastrophe industrielle sans équivalent. Le plus étrange est sans doute que la thèse de l’accident chimique, retenue par l’instruction, reste contestée plus de 7 ans après le drame.

Total conteste la thèse de l’incident chimique

Au procès, c’est l’entreprise Grande Paroisse et le directeur de l’usine de l’époque, Serge Biechlin, qui seront du côté de la défense. Total ne fait pour l’instant l’objet que d’une citation à comparaître. Le groupe ne sait donc pas encore exactement quelle sera la partition juridique qu’il va devoir jouer.
« Nous sommes comme tous les participants au procès » explique Yves-Marie Dalibard, un des vice-présidents du groupe,  porte-parole de Total pour le procès AZF. « Nous voulons savoir ce qui s’est passé. Ce n’est pas un procès pour l’argent mais il faudrait qu’il serve à lever les incertitudes sur les causes de l’explosion.» Total est sur la ligne de la défense qui, au cours du procès, va s’attacher à contester la version de l’accident chimique qu’ils estiment invraisemblable au plan technique. Pour Yves-Marie Dalibard, l’instruction a été conduite uniquement dans ce sens et, du coup, toutes les autres pistes ont été négligées. Il ajoute : « Au tribunal, on va assister à de longues semaines de discussions entre experts aux affirmations contradictoires. Vont-elles permettre d’y voir clair ? Ce sera sans doute difficile

Cette version des faits exaspère Maître Casero : « Je ne comprends même pas que les « contre thèses» aient encore un peu d’audience. L’instruction a été très longue et c’est une bonne chose puisque toutes les questions posées par l’enquête ont été instruites ». Elle s’étonne qu’un ouvrage, publié en janvier 2009, recense à nouveau des pistes abandonnées. « AZF, l’enquête assassinée » en liste plusieurs et réactive même plus particulièrement la thèse dite de l’attentat ou de l’acte de malveillance. A l’image de ce dossier, il fait état de témoignages, d’éléments qu’il juxtapose. Sa lecture permet de mesurer le niveau de complexité des débats qui vont commencer le 23 février. Ils seront peuplés de témoignages vieux de 8 ans, d’explications sur des réactions chimiques, la présence d’un arc électrique, la perception d’odeurs étranges et le nombre d’explosions, voire les conditions de l’enquête elles-mêmes.

Un procès filmé

Toutes ces raisons ont amené le président de la cour d’appel de Toulouse à donner, le 15 janvier 2008, l’autorisation de filmer le procès. Elle avait été demandée par les deux avocates d’association des sinistrés, maitres Casero et Bisseuil. Elle a été accordée pour la première fois, à un procès en correctionnelle et pour crime contre l’humanité devant les assises. Le magistrat a estimé que les débats portaient sur « une des plus grandes catastrophes industrielle survenue en France au début du 21eme siecle et que l’importante discussion sur les causes pourrait aider à la compréhension par les générations futures de ce que fut la notre ».

La défense refuse cette idée et espère que cette décision sera invalidée à terme par la cour de cassation. Que les débats soient ou non filmés et diffusés plus tard, le procès AZF sera vraisemblablement un procès pour l’histoire, à condition que son déroulé ne noie pas les protagonistes sous des considérations techniques, qui empêchent d’établir la vérité sur les raisons de l’explosion d’une usine classée Seveso 2, à Toulouse, une matinée du 21 septembre 2001.

A.C. Husson-Traoré
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