OneWorld Health : l'entreprise pharmaceutique à but non lucratif

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Publié le 12-01-2005

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Les maladies négligées - celles laissées sans recherche ni traitement par manque de rentabilité économique - touchent chaque année des centaines de millions de personnes dans les pays en développement. Pour tenter de leur apporter une réponse médicale, une société américaine, l'Institut OneWorld Health, a inventé un modèle original qui combine partenariat multilatéral, expertise biotechnologique et molécules inexploitées.

La question des maladies « négligées » peut se résumer ainsi : moins de 10 % de la recherche médicale mondiale - un montant estimé actuellement à un peu plus de 100 milliards d’euros par an - est consacré aux traitements de 90 % des maladies qui touchent la population mondiale. Diarrhées, leishmanioses, paludisme, maladie de Chagas ou du sommeil… ces maladies infectieuses ou parasitaires frappent chaque année des centaines de millions de personnes. Pourtant il n’existe pour les soigner aucun médicament ou presque, essentiellement à cause des exigences de rentabilité du secteur pharmaceutique. Engager des investissements lourds pour développer un médicament que ses utilisateurs potentiels n'auront vraisemblablement pas les moyens d'acheter ne relève pas de ses priorités.

« Aujourd’hui, la plupart des médicaments développés ne vise plus à sauver des vies, mais plutôt à améliorer la qualité de vie ».  Le bilan dressé par Victoria Hale, la directrice de l’Institut OneWorld health (iOWH) est sévère et il est à l’origine de son action. 
L’industrie pharmaceutique n’a pas de secrets pour elle. Titulaire d’un doctorat en pharmaco-chimie, son passage par la Food and Drug Administration et Genentech - un poids lourd des biotechnologies - lui permet de maîtriser tous les processus d’homologation et de propriété intellectuelle des médicaments. En 2000, avec son mari, elle lance à San Francisco, une société commerciale à but non lucratif - 10 mois ont été nécéssaires à l’administration américaine pour l’enregistrer sous ce statut - ! iOWH veut « identifier les molécules ou médicaments inexploités créés en laboratoires ou par les compagnies pharmaceutiques, les confronter aux maladies endémiques des pays en développement, mettre en place des tests cliniques, obtenir les homologations et rendre accessible ces traitements auprès des personnes qui en ont besoin. » Unique condition : que la maladie ou la population ciblée ne dispose d’aucun traitement.
L’équipe est constituée de 35 personnes, pour l’essentiel de chercheurs, scientifiques ou juristes, ils sont chargés de recenser et d’évaluer l’intérêt de molécules ou procédés potentiellement efficaces, tandis que les dirigeants de iOWH démarchent et négocient des partenariats en cascade. Objectif : réduire les coûts de développement et de fabrication du traitement envisagé.

Une démarche gagnant gagnant

Afin d’avoir accès à ces remèdes potentiels, iOWh se positionne comme un apporteur d’affaires. Plutôt que laisser un brevet ou une molécule inutilisés, pourquoi ne pas leur offrir un débouché humanitaire ? Cela ne coûte rien ou si peu et tout le monde y gagne. L’iOWH, les institutions sanitaires, les partenaires commerciaux et, bien sur, les victimes des maladies négligées.
Pour l’entreprise donatrice, les avantages sont également très concrets. Outre le capital sympathie de cette décision, la cession d’une molécule de synthèse ou d’un brevet inexploité permet à une entreprise américaine de bénéficier de déductions fiscales grâce au statut « non lucratif » de iOWH. Un moyen élégant pour les compagnies pharmaceutiques de valoriser un actif jusque là «en sommeil».

Le programme le plus avancé de iOWH concerne la leishmaniose viscérale. Cette forme de maladie parasitaire tue tous les ans 200 000 personnes. « La compagnie pharmaceutique qui détenait le brevet a décidé de ne pas lutter contre cette maladie et a donné les droits du médicament à l’OMS, il y a 15 ans. » Il a fallu à iOWh presque deux ans pour s’entendre avec l’OMS et exploiter la paromomycine, un antibiotique désormais dans le domaine public. Commencé il y a 18 mois, le développement du médicament vient de clore sa dernière série de tests cliniques à Bihar, en Inde. En parallèle, pour garantir la future distribution du traitement au plus bas prix, un accord a été signé avec IDA Solutions, fournisseur de produits médicaux basique, lui aussi à but non lucratif et la fabrication confiée à un sous-traitant indien - Gland Pharma, à Hyderabad.

Financé par des bourses, privées ou publiques, le modèle de iOWH n’exclue pas la possibilité de générer des profits. Combinant - pour un même médicament - une licence libre de droits pour la vente à très bon marché d'un médicament dans les pays en développement et une licence pour les pays développés qui permet à l'institut de toucher des royalties pour financer ses futurs programmes. Près de 200 médicaments potentiels ont été recensés et restent à analyser.

Maxence Layet
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