|
L'objectif est clair : " protéger un secteur qui est le plus grand employeur aux Etats-Unis après le gouvernement fédéral, avec 12 millions de salariés", a affirmé le républicain de Floride Ric Keller lors des débats. L'auteur de ce projet de loi "pour la responsabilité individuelle dans la consommation alimentaire " n'a pas hésité à fustiger " les procès fantaisistes contre les fabricants, les distributeurs et détaillants de produits alimentaires et de boissons non alcoolisées", intentés par des consommateurs qui accusent les entreprises alimentaires d'être responsables de leur obésité et des problèmes de santé liés à leur surpoids. Alors que l'administration Bush avait lancé, la veille, une alerte sur les dangers de l'obésité,-qui pourrait devenir la première cause de mortalité aux Etats-Unis-, le projet de loi a cependant obtenu une large majorité, 236 voix contre 139. Surnommés "fat suits" (littéralement "procès gras") plusieurs procédures ont été engageés aux Etats-Unis, et l'échec du procès intenté par Caesar Barber, un américain de 130 kgs, contre les principales chaînes de restauration rapide, n'a pas refroidi les cabinets d'avocats, qui voient dans les procès sur l'obésité un marché juridique prometteur. Les entreprises du secteur redoutent, à juste titre, la multiplication de ces affaires, qui pourraient engendrer des conséquences similaires à celles que connaît l'undustrie du tabac, reconnue responsable de cancers. McDonalds, Burger King, Wendys International et Yum! brands, qui détient Kentucky Fried Chicken, Taco Bell et Pizza Hut ont déjà reçu, de la part d'un professeur de droit à l'université Georges Washington, une injonction leur demandant d'avertir leur clientèle que les aliments gras ou sucrés peuvent entraîner une accoutumance. Par ailleurs, les plaignants exigent que la restauration rapide informe ses clients sur la teneur en calories de ses plats et sur le pourcentage de graisses, de sucres, etc. "Une telle loi revient à dire à ces chaînes qu'elles n'ont aucune responsabilité pour la santé de nos enfants", a estimé avant le vote le démocrate James McGovern. L'opposition démocrate à la Chambre s'est vigoureusement opposée au projet de loi, dénonçant le cadeau fait au lobby alimentaire, alors même que le gouvernement fait campagne contre ce fléau national. L'obésité provoque en effet 400 000 morts par an aux Etats-Unis, 64% des américains sont victimes d'obésité et de surpoids.Le coût, en terme de santé publique, est loin d'être négligeable et se rapproche de celui généré par le tabac. La facture respective de chaque pathologie étant de 117 et 140 milliards de dollars en 2000. "Les Américains doivent comprendre que le surpoids et l'obésité nous tuent littéralement ", a déclaré Tommy Thompson, secrétaire d'Etat américain à la Santé. Les résultats d'une étude, publiée le 11 mars dans le Journal de l'association médicale américaine, révèle que les décès liés à l'obésité sont ceux qui ont le plus progressé en dix ans. "Si la tendance se poursuit, la mauvaise alimentation et l'inactivité physique devraient dépasser le tabac comme cause évitable de mortalité", soulignent les chercheurs. Or, l'absence d'exercice physique et le mode d'alimentation ne résultent pas que de choix individuels, mais sont au contraire largement influencés par la publicité et le mode de vie qu'elle véhicule. "Le fait de fumer, de boire ou le type d'alimentation et d'activité physique sont le résultat de signaux culturels et commerciaux forts", souligne l'étude. Malgré cette nouvelle offensive des lobbies agroalimentaires, les entreprises du secteur voient leur image de plus en plus ternie par ces différentes accusations. Dès lors, il est probable qu'elles soient amenées à revoirs leurs pratiques et leurs offres de produits. McDonald's a ainsi allégé ses menus et décidé de supprimer les plus grosses portions ("super size ", hamburger géant avec plus de 200 grammes de frites et un litre de boisson gazeuse). Le début d'une prise de conscience?
|