Nouvelles filières pour le don de médicaments

Entreprises \Santé

Publié le 24-01-2007

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Le don humanitaire des médicaments non utilisés, récoltés par Cyclamed, s'apprête à être interdit par la loi. Les laboratoires pharmaceutiques s'associent pour compenser cette filière auprès des ONG, en promettant le don de génériques neufs, plus adaptés.

Les dons humanitaires des médicaments non utilisés seront bientôt interdits. Le Sénat devrait adopter, mercredi 24 janvier, un projet de loi mettant fin à la redistribution des médicaments rapportés en pharmacie par les clients. Le réseau Cyclamed, qui organise cette collecte, au nom de la filière pharmaceutique, continuera de reprendre les médicaments en pharmacie mais à des fins de « sécurité sanitaire domestique et environnementale » précise l’association. Tous les restes de médicaments seront désormais incinérés.
Ce qui partait d’une idée généreuse, à la création de Cyclamed, en 1993, s’est révélé contre-productif dans certains pays, et même en France, alimentant des circuits parallèles, en dehors de tout accompagnement médical. De plus, les médicaments du Nord, liés aux maladies cardio-vasculaires ou remèdes de confort, correspondent peu aux besoins du Sud, sans parler de ceux périmés, envoyés par des petites associations humanitaires peu sélectives.

Cyclamed garde sa vocation environnementale

Le « réflexe » Cyclamed de rapporter ses médicaments non utilisés à son pharmacien tient toujours. Si la finalité humanitaire de l’organisme de collecte n’a plus lieu d’être, le ministère de l’Environnement a renouvelé son habilitation pour la collecte des produits potentiellement dangereux pour l’environnement et la santé que représentent les médicaments, via le réseau des pharmacies. Dans son rapport, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) avait pourtant dénoncé « la médiocrité [de son] bilan environnemental » avec 11,6% des emballages récupérés en 2003, sur un objectif de 75%. Près de 90% des emballages partent donc avec les ordures ménagères. Afin de rétablir la responsabilité financière des entreprises du médicament sur leurs déchets, le Leem, a signé une convention avec Adelphe-Eco-Emballage qui couvre le traitement de ces quelque 65 000 tonnes de déchets. Ce souci d’équité réglé, le nombre croissant de médicaments non utilisés, reste un problème (« près d’un médicament remboursé sur deux n’est pas pris » selon l’Igas). D’autant que l’incinération n’est pas exempt d’impact sur l’environnement.

Plus de mal que de bien

Les pays destinataires se retrouvent aujourd’hui avec des stocks qu’il faut détruire pour des raisons sanitaires ou parce qu’ils déstabilisent les réseaux économiques mis en place localement. En effet, les pays en voie de développement se regroupent désormais pour acheter des génériques aux laboratoires pharmaceutiques. Les grandes ONG, comme la Croix Rouge ou Médecins Sans Frontières font de même, plutôt que d’utiliser les médicaments non utilisés (MNU). Ces professionnels de l’humanitaire et de la santé ne font qu’appliquer là une recommandation de l’OMS, datant de 1996. La France est l’un des rares pays européens à passer outre et à exporter encore ses MNU.
L’amendement au projet de loi prévoit un délai de 18 mois de transition avant l’entrée en vigueur de l’interdiction. « Dix-huit mois de trop » pour le Conseil de l’Ordre des Pharmaciens qui conseillait déjà aux officines de ne faire la collecte qu’en vue de l’incinération. Il faut dire que quelques pharmaciens peu scrupuleux avaient porté atteinte à la profession, en réintroduisant des MNU dans le circuit commercial, comme l’a confirmé une enquête de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) en 2005…

Filière humanitaire à réorganiser

Mais pour les associations qui bénéficiaient de ce flux de médicaments, comme l’Ordre de Malte ou Médecins du Monde, le délai de dix-huit mois ne sera pas de trop pour mettre en place une nouvelle organisation, palliant le tarissement de la filière Cyclamed. « Sur les 1500 tonnes par an que nous récupérions, 5% étaient utilisables. Ces 5 % nous permettent de soigner un million de personnes dans nos centres de soins à l’étranger, que nous gérons nous-mêmes. La période de transition ne doit pas être préjudiciable à ces patients » s’inquiète Alain de Tonquedec, directeur des relations extérieures de l’Ordre de Malte. Pour assurer la continuité des soins, le Leem, syndicat des laboratoires pharmaceutiques, a annoncé, lundi, la volonté de contribuer à l’action humanitaire, par le don de génériques à hauteur de 2 à 5 millions d’euros, selon les besoins qui seront exprimés par les associations.

« Notre objectif premier n’est pas d’inonder les pays mais que les dons correspondent aux demandes » déclare Christine Perrier, pharmacienne responsable de Tulip, l’organisme humanitaire des entreprises du médicament, par lequel transitent les dons aux ONG. De cellule d’urgence, Tulip va donc devenir partenaire régulier des ONG (Médecins du Monde et L’Ordre de Malte pour l’instant). « Cette nouvelle organisation va rationaliser la collecte » anticipe Valérie Solbes, de Médecins du Monde. Reste aux associations candidates à se professionnaliser dans le renseignement de leurs besoins et la centralisation de l’information car Tulip ne veut voir qu’une seule tête par organisme. Cette nouvelle donne sécurise la filière des médicaments humanitaires mais promet la fin des petites associations qui n’auront pas su se fédérer.

Hélène Huteau
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