Leucémie, maladie professionnelle pour la Sécurité Sociale, pas pour le donneur d'ordre

Entreprises \Santé

Publié le 02-10-2006

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mesure de radioactivité
mesure de radioactivité

La CRIIRAD (Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité) s'est rendue, le 21 septembre, dans une usine de Narbonne (Aude) à la demande de Michel Leclerc, ancien salarié d'un de ses sous-traitants. Celui-ci se bat depuis 10 ans pour recevoir les indemnités que l'entreprise donneuse d'ordre lui devrait parce que sa leucémie a été reconnue comme maladie professionnelle par la Sécurité Sociale.

Le passage dans l'Aude de la CRIIRAD (Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité) n’est pas passé inaperçu. « Narbonne, la radioactivité inquiète » à la une du journal local l'Indépendant  mais aussi une dépêche de l'Agence France Presse (AFP) reprise par La Tribune ainsi que divers articles dans Midi Libre et sur Internet. L'ONG avait convoqué la presse, le 21 septembre 2006, devant l'usine Comurhex qui transforme de l'uranium. Si Bruno Charayron, l'ingénieur de la CRIIRAD, a relevé, instruments à l'appui, un taux de rayonnement anormal aux alentours de l’usine narbonnaise, il était d’abord venu  comme conseil d'un ancien travailleur du site atteint d'une leucémie souhaitant la faire reconnaître comme maladie professionnelle.
Michel Leclerc mène depuis dix ans un combat judiciaire contre la Comurhex. Il a appris, en 1991, qu’il était atteint d'une leucémie myéloïde chronique "typique de l'exposition à l'uranium" selon les professeurs de médecine qui le soignaient à Montpellier. Il avait travaillé, de 1980 à 1984, à l'entretien des convoyeurs et autres mécanismes des ateliers de la Comurhex. Grâce à une greffe de moelle osseuse, en 1995, il est aujourd’hui considéré, par ses mèdecins, en "rémission totale", mais il a des séquelles, notamment une baisse d’acuité visuelle et une incapacité de travail de 70 % .
Malgré la reconnaissance du caractère professionnel de sa maladie, en 1992, le mécanicien n'a pas reçu d'indemnité car ses  bulletins de salaire étaient signés d'un sous traitant de la Comurhex, l'entreprise SERCI de Béziers, dans l'Hérault.  Dans ce cas là, il faut prouver "la faute grave" du tiers non employeur, en l'occurrence la Comhurex. La Sécurité Sociale a établi cette faute en 1999. Selon elle la Comurhex aurait dû informer Michel Leclerc, en 1983, d’un taux de créatinine, marqueur de l'expostion à l'uranium, «trois fois supérieur au seuil admis» dans ses urines. Celui-ci a alors du se retourner vers les tribunaux et il a obtenu que la Sécurité Sociale se porte partie civile avec lui, pour demander elle aussi réparation.
De son côté la Comurhex qui «comprend le désarroi de M. Leclerc» n'a pas varié de position, depuis 92. Les activités du site de Narbonne ne peuvent se trouver à l'origine de la maladie puisque, selon ses avocats, «on lui reproche de faire du nucléaire alors qu’elle ne fait que de la chimie».
Pour tenter de réconlicier deux points de vue aussi opposés, le tribunal de Narbonne a nommé un expert médecin cancérologue de Toulouse, pour évaluer l'état de santé de Michel Leclerc avant 1980. A la surprise générale, l'expert a souhaité visiter l'usine. Le rendez vous a été fixé au 21 septembre. Michel Leclerc est venu avec le conseil de son choix, comme il en avait le droit mais la direction du site n'a pas laissé entrer Bruno Charayron, l’expert de la CRIIRAD. La visite a cependant eu lieu. Personne n'a émis de commentaire, pour ne pas troubler la sérénité de l'expertise...

Usine à risque ?

Filiale d'AREVA, l'usine narbonnaise de la Comurhex, au bord des étangs, reçoit du concentré de minerai d'uranium ("yellow cake") qu'elle convertit en hexafluorure d'uranium, préalable à l'enrichissement qui s'opère, lui, à Pierrelatte, sur le Rhône, dans la Drôme. La CRIIRAD, fondée en 1986 pour révéler les retombées en France de l'accident de Tchernobyl, est basée dans la même région.
Parce ce qu'il traite du minerai naturel, le site de Narbonne n'est pas classé "installation nucléaire de base" mais seulement Seveso 2 c'est-à-dire comme une usine chimique présentant un danger élevé. Pourtant, selon Bruno Charayron, «l'uranium émet des particules alpha qui sont parmi les plus radio-toxiques». Devant les journalistes, il a mesuré la radioactivité en excès «sur une bande d'au moins 400 mètres de long sur 300 mètres de profondeur» le long du grillage de l'usine. Les riverains qui passent là 15 minutes par jour subissent, selon lui, des radiations de l'ordre de 25 microsiverts/an. Cela constitue un impact sanitaire non négligeable même si la limite légale, selon la Comurhex, se situe à 1000 micro sivert par an.
Selon l'AFP, qui cite l'ONG locale ECCLA (écologie des Corbières, du Cabardès et du littoral audois), depuis 2004 plusieurs ruptures de digues et débordements de bassins de décantation des effluents ont laissé échapper de la Comurhex, des boues radioactives. Le 20 juin 2006, une fuite de tuyau a contaminé une digue, un fossé et la voie ferrée, avec du Thorium 234, produit de la désintégration spontanée de l'uranium, qui disparaît pour moitié en 24 jours, heureusement. Cependant l'accident qui a aussitôt été réparé n’a été porté à la connaissance du directeur du site qu'un mois plus tard, selon le rapport du CLIC (Comité Local d'Information et de Concertation) signé du sous-préfet.
Quelle que soit son issue judiciaire, la visite sur le site aura mis en lumière les problèmes de radioactivité posés par l’usine de la Comurhex ce qu’elle voulait probabalement éviter en refusant de laisser entrer la CRIIRAD sur son site.

Marie-Paule Nougaret et A.C.H.T.
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