|
« Ajax et Saint-Marc au savon de Marseille au rencart ». L’analyse de 18 produits d’entretien ménagers réalisée par l’association de consommateurs UFC-Que Choisir révèle que ces deux produits émettent du formaldéhyde, un gaz très irritant pour le système respiratoire et classé « cancérigène certain » par le Centre international de la recherche sur le cancer. Les mesures effectuées montrent que l’Ajax atteint une concentration de 27 ug/m3 dans l’air de la pièce et 24 ug/m3 pour le Saint-Marc et que ces niveaux restent identiques 4 heures après l’emploi des produits. « Des valeurs inacceptables puisqu’elles excèdent les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé, souligne l’association dans son magazine. L’OMS préconise de ne pas exposer les populations sensibles, en particulier les personnes asthmatiques, à plus de 10 ug/m3. » Autre source de toxicité, la présence des COV (composants organiques volatils), qui regroupent des substances toxiques comme les composés chlorés, les hydrocarbures aromatiques et les éthers de glycol, dépasse les limites acceptées par les réglementations occidentales, situées entre 200 et 300 ug/m3. « Quatre heures après l’utilisation des nettoyants Auchan et U, l’air intérieur est encore chargé en COV à raison de 1000 ug/m3. L’emploi de Monsieur Propre contamine fortement l’atmosphère : 1400 ug/m3 enregistrés une demi-heure après usage » indique l’UFC-Que Choisir. D’une manière générale, 11 produits sur les 18 analysés dépassent le seuil de nocivité et dégradent l’air au point de ne pouvoir être conseillés aux consommateurs. S’agissant de l’Ajax et du Saint-Marc, l’association demande leur « retrait immédiat du marché », ainsi que la mise en œuvre d’une réglementation spécifique et le contrôle sanitaire de ce type de produits. Les fabricants des deux produits Ajax (Colgate Palmolive pour Ajax et Reckitt Benckiser pour Saint-Marc) ont, de leur côté, réaffirmé la conformité de ces nettoyants à la réglementation actuelle. Mais l'UFC rappelle qu'il "n'existe pas de réglementation en France sur les polluants emis par les produits de consommation courante". D'autre part, Reckitt Benckiser affirme ne pas introduire de formaldéhyde dans sa formulation, mais que cette substance serait issue de l'intercation du produit avec l'environnement. "Impossible, répond l'UFC, nos analyses sont effectuées en laboratoire dans des conditions répondant aux normes en vigueur". De son côté, le ministère de la santé a annoncé qu'il ferait procéder à des analyses sur la composition des deux produits. Une mesure jugée insuffisante par l'association : "Les consommateurs n'ingèrent pas ces produits, ils respirent leurs émanations, ce sont donc les émanations qui comptent". « Mauvais sang »
Des enfants contaminés au Royaume-Uni
Un rapport publié par le WWF et la Banque Coopérative révèle que certains enfants britanniques ont dans le sang des taux de produits chimiques toxiques industriels plus élevés que leurs parents et grands-parents. Le rapport suggère ainsi que tous les enfants de Grande-Bretagne sont susceptibles d’être contaminés par des produits chimiques dangereux. Des prélèvements sanguins effectués sur 33 personnes provenant de 7 familles d’Angleterre, d ’ Ecosse et du Pays de Galles révèlent que 75 substances chimiques étaient présentes dans le sang des enfants et des parents et 56 chez les grands-mères. L’étude révèle que « des enfants d’à peine 9 ans sont non seulement contaminés par un cocktail de produits chimiques dangereux mais qu’ils présentent aussi parfois des concentrations produits chimiques récents que les générations précédentes ». Pour le WWF, ces résultats « extrêmement inquiétants » montrent « l’ignorance dans laquelle nous sommes par rapport aux effets à long terme sur la santé de la majorité des produits chimiques industriels auxquels nous sommes exposés ».
La nocivité de ses produits est d’autant plus inquiétante qu’ils ne sont pas les seuls à avoir des impacts négatifs sur la santé humaine et l’environnement. Une enquête du WWF publiée récemment sur la contamination des ministres européens de l’environnement et de la santé aux produits chimiques toxiques révèle que 55 produits ont été trouvés dans le sang des ministres testés. Parmi ces produits, certains sont utilisés dans les fauteuils traités pour résister au feu, les poëles anti-adhésives, les cartons à pizzas anti-graisse, le PVC flexible ou dans certains parfums et pesticides. “Les ministres sont tous contaminés par des produits chimiques toxiques industriels dont les effets sont encore largement méconnus, s’alarme Karl Wagner, le directeur de la Campagne DetoX au WWF. Il est difficile de croire que les législateurs ont laissé de telles expérimentations incontrôlées se dérouler pendant si longtemps!”. Selon l’étude du WWF la moyenne de produits chimiques présents dans le sang de chaque ministre testé se chiffre à 37, le nombre le plus élevé de produits détectés chez une seule personne étant de 43 et le plus bas de 33. 25 des mêmes produits ont été retrouvés dans le sang de tous les ministres: 1 retardateur de flamme, (dont certains – mais pas tous – ont récemment été interdits par l’Union Européenne), 2 types de pesticides et 22 PCB (biphényles polychrorés). « Beaucoup des substances relevées dans le sang des ministres sont persistantes, bio-accumulables et susceptibles de pertuber les systèmes hormonaux des hommes et de la faune, indique le WWF. La propriété qu’ont certaines d’entre elles d’interférer avec nos hormones n’a été découverte par les scientifiques qu’assez récemment, et encore plus dernièrement par l’industrie chimique ». « Les moyens de savoir » Ces tests sanguins réalisés par le WWF veulent interpeller les élus sur l’application du programme européen REACH (Registration, Evaluation and Authorization of Chemicals), futur registre des produits chimiques classés selon leur degré de toxicité. Etendu sur 11 ans, il doit permettre de connaître l'impact sur la santé et l'environnement de quelques 30.000 produits chimiques et d'identifier les substances les plus nocives pour les classer dans la catégorie "particulièrement préoccupantes". Cette catégorie prend en compte les risques de cancer, d'atteinte au tissu génétique, d'impact sur le système hormonal et le système reproductif. Ce nouveau système oblige les entreprises qui produisent, importent et utilisent des produits chimiques à évaluer les risques découlant de leur utilisation : il appartiendra donc aux industriels, et non plus aux autorités publiques, de prouver que les produits chimiques commercialisés sont sûrs. Ce texte a été vivement combattu par l’industrie chimique, qui invoque les coûts induits par ces évaluations. En France, l'Union de l'industrie chimique (UIC) a estimé que le système " Reach " engendrerait une perte de 29 à 54 milliards d'euros et 360 000 emplois directs et indirects. “L’industrie chimique argumente, apparemment avec sérieux, en prétendant qu’elle n’a pas les moyens de savoir si ses produits sont dangereux », s’étonne le WWF, qui lui répond que, « au nom de la vie sur terre – la nôtre incluse -, nous n’avons pas les moyens de ne pas savoir”. De son côté, la Commission européenne défend REACH en expliquant que le marché chimique sera au contraire plus compétitif en bénéficiant d'un système agréé par tous les acteurs : réduction des obstacles à l'innovation et au développement de nouveaux produits chimiques, confiance des consommateurs, des employés, des communautés locales et des investisseurs, maîtrise du risque de poursuites judiciaires ( éviter une nouvelle affaire amiante...), favoriser l'innovation de produits plus sûrs et plus respectueux de l'environnement et conquérir en conséquence de nouveaux marchés.
|