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Entre 11 000 et 20 000 cas de nouveaux cancers chaque année sont « suspectés » d’être d’origine professionnelle, soit 4 à 8,5% des cancers au total. Pour les ouvriers, le chiffre s’élève à 20%. Certains métiers et secteurs d’activités sont en effet particulièrement exposés, notamment les garagistes et les travaux en souterrain (727 500 personnes), la métallurgie (669 100) ou encore les professions exposés au benzène et
5 millions de tonnes de produits chimiques
Le chiffre a été révélé dans le 1er bilan consacré à ce sujet début janvier. L'Institut national de recherche et de sécurité (INRS), à la demande du ministère de l'Emploi, a mené une enquête dans 2 000 entreprises de 30 secteurs d'activité. 324 agents chimiques cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques (CMR), ont été relevés. Les principaux utilisateurs de ces 4,8 millions de tonnes de produits CMR sont l'industrie chimique (3,5 millions de tonnes), les laboratoires pharmaceutiques, les fabricants de peintures, de matières plastiques et de détergents. 500 000 salariés des industries chimique, pharmaceutique et textile sont concernés, mais le chiffre est en réalité supérieur car il ne comptabilise que les employés qui les utilisent comme matières premières. En fait, les estimations totales se situent entre 2,3 et 2,7 millions de salariés exposés aux CMR. La mise en œuvre de Reach devrait cependant permettre une plus large substitution des produits dangereux, excepté pour ceux, comme le benzène, qui restent encore irremplaçables.
autres carburants (470 000)… Au total, l’enquête SUMER (Surveillance médicale des risques) estime que 2,3 millions de salariés sont exposés à des risques de cancers, dont la plupart seraient pourtant « largement évitables », selon Gilles Evrard, directeur des risques professionnels de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie des Travailleurs Salariés. « Même si les conditions de travail ont évolué ces dernières années, la menace pèse toujours sur certaines professions en raison d’une prévention insuffisante, regrette-t-il. Si nous ne pouvons plus agir sur les cancers qui apparaissent aujourd’hui, nous avons les moyens de réduire ceux de demain ». Par ailleurs, si la reconnaissance professionnelle de ces cancers, par l’assurance maladie, a été multipliée par 7 sur les 10 dernières années, seuls 2019 cas ont bénéficié de cette reconnaissance l’an passé. Un chiffre d’autant plus faible que la grande majorité de ces 2019 cas sont dus à l’amiante, les autres causes de cancers telles que les poussières de bois ou les chromates n’apparaissant qu’à la marge. « Il y a bien un problème de sous-déclaration, reconnaît Jean-François Certin, ingénieur conseil à la CRAM (Caisse régionale d’assurance maladie) des Pays de la Loire. Les salariés ne sont pas suffisamment informés de leurs droits, ni même de l’origine professionnelle de leur cancer ». Ce qui explique en partie que plus d’un salarié sur dix soit encore, à l’heure actuelle, exposé à des produits cancérogènes sans vraiment le savoir. Du reste, seule l’amiante a été interdite en France, tandis que les classifications internationales restent incomplètes et en constante évolution…Selon l’étude de l’INRS publiée début janvier, presque 5 millions de tonnes d’agents chimiques cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR) sont en circulation.Les PME particulièrement concernées Ce constat a amené l’Assurance maladie à lancer une campagne de prévention auprès des entreprises, des fédérations professionnelles et des salariés, dont les documents sont accessibles sur le site de l’INRS. 600 ingénieurs conseil ont été formés à la sensibilisation et notamment à contrer les arguments de « déni du risque » qu’ils rencontrent souvent. « Le risque lié au cancer est différé dans le temps et reste donc invisible. En outre le faible nombre de cas reconnus nous dessert, observe Jean-François Certin. Il faut du temps et beaucoup de pédagogie pour convaincre, en particulier dans les générations les plus anciennes ». Autre frein à la prévention, la multiplication des sous-traitants rend difficile le contrôle des conditions de travail, tandis que les donneurs d’ordre échappent à leurs responsabilités en les faisant peser sur les fournisseurs. « Les petites PME n’ont pas forcément le temps et les moyens nécessaires pour investir dans un matériel de protection plus performant ou bien rechercher des produits de substitution », confirme Jean-François Certin. Pour pallier ces manques, le travail des CRAM consiste aussi à informer les entreprises sur l’existence des produits de substitution non cancérogènes et à les aider à imposer un nouveau cahier des charges à leurs clients ; procédé avec lequel elles ne sont pas forcément à l’aise…Pourtant, les chefs d’entreprises concernés ont tout intérêt à minimiser ces risques dans la mesure où la jurisprudence actuelle considère qu’ils ont une « obligation de résultat » en la matière. L’employeur doit donc chercher à supprimer -ou à tout le moins réduire- le recours à des procédés et à des produits à risques, même si paradoxalement, ces produits continuent à être en vente libre.
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