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« Je souhaite qu’aucun nouveau projet ne soit financé s’il omet la dimension environnementale ». Cette phrase, prononcée par Xavier Bertrand lors de la conférence nationale sur l’investissement hospitalier, en février 2007, est passée inaperçue. Elle signifie pourtant que le plan Hôpital 2012, qui prévoit 10 milliards d’euros de financement pour des projets d’investissements dans le secteur hospitalier, prendra en compte les enjeux du développement durable. C’est une avancée pour le monde de la santé, qui est en retard sur le sujet. A ce jour, peu de professionnels du domaine médical se sont intéressé aux critères environnementaux applicables dans un établissement. Depuis 2006, le Comité pour le développement durable en santé (c2ds) tente d’y remédier, en se faisant l’intermédiaire entre le secteur médical, les industriels et les pouvoirs publics. Un observatoire national des établissements Aujourd’hui, on n’a aucune idée du nombre de centres hospitaliers qui trient leurs déchets. « On a déjà certaines données, notamment sur la consommation d’énergie et la quantité de déchets rejetés, mais elles sont très disparates » explique Olivier Toma, président du c2ds. Impossible, donc, de tirer des conclusions sur le comportement du secteur médical en matière de développement durable. Le c2ds s’est donné pour mission, entre autre, de réunir les informations sur les performances environnementales, économiques et sociales des centres de santé. Pour cela, il a mis au point un questionnaire d’indicateur de développement durable en santé (QIDD), qui passe en revue l’hôpital : consommations d’énergie, d’eau et de piles, rapportées au nombre de lits et de mètres carrés, isolation du bâtiment, utilisation de produits recyclés, et de matériel exempt de substances toxiques, tri des déchets, etc. « Souvent, les établissements ne connaissent pas ces données, explique Véronique Molières, co-fondatrice du c2ds. Or toute la politique de rectification doit se faire à partir de ces chiffres ».
Un site pour la substitution des CMR
En 2005, plus de 4,8 millions de tonnes de substances ou préparations cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction (CMR) on été utilisées en France. A l’issu des débats du Grenelle de l’environnement, il a été décidé l’interdiction à la vente dès 2008 des produits phytosanitaires contenant des CMR de type 1 ou 2, les plus dangereux. Dans le cadre du plan Santé au travail 2005-2009, l’AFSSET lance un site internet temporaire dédié à la substitution des agents CMR. Les industriels et professionnels de la prévention y trouveront des informations sur les substances concernées, ainsi que des conseils pratiques pour leur substituer des produits moins nocifs. Les professionnels pourront également témoigner sur le site de l’efficacité des procédures mises en place. « La substitution est un axe prioritaire en matière de prévention des risques professionnels » insiste l’AFSSET.
Le questionnaire, presque exhaustif, a été envoyé pour l’instant à vingt centres hospitaliers expérimentateurs, publics ou privés. Les données, regroupées par catégories d’établissements, permettront de définir une ébauche de l’hôpital type, à partir de laquelle des améliorations pourront être envisagées. « Et dans le domaine médical, en matière de développement durable, on part de très loin » insiste Véronique Molières. Il n’y a en France que trois établissements certifiés ISO 14001, une norme basée sur l’amélioration continue des performances environnementales. Une situation surprenante pour un secteur qui doit « d’abord ne pas nuire, ensuite soigner » d’après le serment d’Hippocrate. Réaction tardive Certes, la qualité des soins ne doit pas être compromise par d’éventuels choix environnementaux. « Mais pour le reste, comme le tri des papiers et plastiques, c’est totalement faisable, comme pour n’importe quel ménage ou entreprise » explique Wiebke Winkler, chargée de la campagne “Santé et environnement” du Centre national d’information indépendante sur les déchets (CNIID). Le manque de réactivité écologique du secteur hospitalier s’expliquerait par des raisons économiques. « Dans la santé, le plus vertueux est celui qui est le plus pénalisé au niveau financier » explique Olivier Toma. Une démarche aussi simple que la mise en place du tri sélectif entraîne des surcoûts qui ne sont pas pris en charge par l’Etat. « Investir dans ce secteur et aider les hôpitaux, c’est prendre des précautions en amont » insiste pourtant Lisette Van Vliet, conseillère politique de l’association internationale Health care without harm, qui promeut un système de soins respectueux de l’homme et de l’environnement. Dans le secteur public, l’enveloppe globale allouée à chaque établissement est reportée d’une année sur l’autre. Inutile donc pour l’hôpital de se demander comment faire des économies d’énergie, ou comment réduire la quantité de déchets d’activités de soins à risque infectieux (DASRI), potentiellement dangereux donc chers à traiter. Depuis la mise en place du tarif à l’activité, pour le public comme pour le privé, la donne change. « La logique économique va pousser les établissements à adopter ce regard du chef d’entreprise qui n’était pas nécessaire avant » explique Véronique Molières. La gestion rationnelle des dépenses qui en découlera conduira sans doute à des économies d’eau et d’énergie, entre autre. « Mais, réforme du financement ou pas, je pense qu’on serait arrivé au même résultat » insiste la jeune femme. Management pour hôpitaux Le résultat, c’est une prise de conscience progressive mais effective des milieux médicaux. « La plupart du temps, ce sont des démarches personnelles, des prises de conscience ponctuelles d’aides-soignants ou de responsables » raconte Olivier Toma. Le c2ds cherche également à mettre en commun les informations récoltées. Il s’agit de centraliser les expériences des uns, pour faciliter les démarches des autres, car il manque de nombreux chaînons entre les différents acteurs. « Souvent les services nous contactent pour prendre conseil, obtenir les coordonnées des entreprises qui vendent du papier recyclé ou des produits d’entretien écologique » explique Wiebke Winkler. Le CNIID a déjà sorti, en collaboration avec le c2ds, une liste des fournisseurs de matériel sans PVC, et prévoit pour 2008 un dépliant sur les déchets. Il organise également des séances de sensibilisation du personnel pour, par exemple, diminuer la production de DASRI en les triant plus précisément. En attendant, le sujet est jugé « très positif » par les personnels hospitaliers. « C’est un secteur qui travaille à flux tendu, insiste Véronique Molières. On ne compte plus les gens qui nous disent que notre travail redonne du sens à leur métier ». Des mesures volontaires qui se multiplient, mais qui ne suffiront probablement pas. « Par expérience, on sait que ça ne marche pas sans réglementation, si possible à l’échelle européenne » affirme Lisette Van Vliet. Le c2ds se fait pourtant l’écho d’un ras-le-bol du domaine médical, qui ne veut plus de décrets impossibles à appliquer et sans financement. « Une politique comme celle du plan Hôpital 2012, c’est le genre de déclencheur efficace » explique Olivier Toma.
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