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L'Afsset et le HSCP jugent les nanomatériaux «dangereux»

Entreprises \Santé

Publié le 26-01-2009



Une première dans le domaine des nanotechnologies. Le Haut conseil de la santé publique estime que les nanotubes de carbone constituent un danger potentiel. Quelques mois avant, un avis de l'Afsset mettait en cause l'innocuité des nanoparticules produites par les industries. L'agence prônait la précaution auprès des entreprises, sans pour autant recommander l'interdiction des nanomatériaux.

Après l’avis inquiétant de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset), daté d’octobre 2008, c’est au tour du Haut conseil de la santé publique (HCSP) d’alerter sur les nanomatériaux. Saisi en juin 2008 par le directeur général de la santé, le HCSP a analysé les connaissances actuelles sur les nanotubes de carbone. Le rapport, paru le 7 janvier, indique que ces résultats « constituent un signe d’alerte majeur ». Le Haut conseil préconise « la mise en place rapide de mesures de protection contre des expositions susceptibles d’induire un risque sanitaire sérieux » et demande à l’Europe d’instaurer pour les nanoparticules une réglementation similaire à REACH. En attendant, l’instance recommande, « en vertu du principe de précaution », que la production de nanotubes soit strictement confinée.

« Nous sommes à la veille d’une révolution technologique ». Henri Poinsignon, directeur général de l’Afsset, ne tarie pas d’éloges sur les nanomatériaux. Il se dit satisfait que « pour une fois, on assiste à une avancée scientifique majeure, en se posant en même temps la question de la sécurité sanitaire ». Pourtant, les nanoparticules sont utilisées depuis les années 90 déjà, dans de nombreuses industries (cosmétiques, alimentaires, textiles, micro-informatique…) sans pour autant que leurs effets ne soient parfaitement connus. Aujourd’hui encore, rien n’oblige un industriel à s’assurer de l’innocuité des nanomatériaux qu’il produit, et très peu d’informations sont disponibles sur les différentes molécules. Le principe de précaution est donc, une fois de plus, théorique.

Aux dires de l’Afsset, la situation n’est pas alarmante, car la réaction a été relativement rapide. « Les conditions sont différentes de celles de l’amiante, où on a laissé sciemment les gens s’exposer à une substance dangereuse » affirme le professeur Gérard Lasfargues, chef du département des expertises en santé-environnement-travail de l’Afsset. Saisie en 2006 par ses trois ministères de tutelle (santé, travail et écologie), l’agence a entrepris une étude poussée sur les pratiques des entreprises qui produisent ou manipulent des nanoparticules. Elle a rendu en octobre 2008 un rapport pour le moins inquiétant, mais incomplet. Seul 16% des 179 industriels français interrogés ont en effet accepté de répondre aux sollicitations de l’Afsset, qui sont pourtant soumises au secret professionnel (pour consulter la liste, page 207 de l’étude, voir le lien).

Manque de moyens, manque d’information

Toutefois les chiffres obtenus par l’Afsset sont déjà intéressants : des centaines de milliers de tonnes de nanoparticules sont produites tous les ans en France, exposant plus de 10000 employés, selon les estimations de l’agence. « Nous avons noté le manque de moyens pour évaluer les risques dans les laboratoires, la connaissance limitée des effets des produits manipulés sur la santé humaines, et les difficultés technologiques de protection des techniciens » explique le docteur Eric Gaffet, président du groupe d’experts Nanomatériaux et sécurité au travail et directeur de recherche au Centre national pour la recherche scientifique (CNRS). Il n’existe pas encore d’appareil unique pour mesurer l’exposition des employés, ce qui oblige le groupe d’experts à recouper les informations pour obtenir une estimation correcte.

L’inquiétude vient du manque d’informations concernant les nanoparticules. Elles possèdent des propriétés physico-chimiques très spéciales de part leur très petite taille, mais différentes les unes des autres. Il convient donc de les étudier séparément pour évaluer leurs impacts, ce qui peut prendre de nombreuses années. D’autant plus que les nanomatériaux ne tombent pas sous le coup de la règlementation REACH. Rien n’obligera donc les industriels à rendre des comptes sur les nanoparticules produites ou utilisées. Et le peu de réponses reçues par l’Afsset prouve le manque de coopération des entreprises. « Pour faire progresser la sécurité, il faut regrouper et partager les données sur les nanotechnologies » soutient David Vernez, responsable de la coordination et du suivi des travaux de l’Afsset sur les nanomatériaux.

En projet, un guide des bonnes pratiques pour les entreprises

Malgré tout, l’état des connaissances s’améliore. « Il y a 5 ans, seuls 10 articles scientifiques étaient publiés par an sur les effets des nanomatériaux. Aujourd’hui, il y en a 50 fois plus. Cela prouve une vraie prise de conscience de la part des industriels » explique Eric Gaffet. « Mais les incertitudes restent importantes » ajoute-t-il. C’est pourquoi l’Afsset classe aujourd’hui les nanomatériaux dans la catégorie “produits chimiques dangereux”. L’agence a prévu de publier un guide des bonnes pratiques, destiné aux entreprises. « Un référentiel doit être mis en place, pour tester la toxicité des produits avant leur mise sur le marché. Un REACH spécial nanotechnologies, dans le cadre du Grenelle, serait également essentiel » soutient Gérard Lasfargues. Le focus est plutôt mis sur l’information des industriels, sans céder à la panique. « On ne souhaite pas alarmer les gens, mais informer population et professionnels pour pouvoir prendre des décisions concrètes » tempère Henri Poinsignon.

Les experts scientifiques de l’Afsset préconisent donc l’application d’un principe de précaution concernant la sécurité des travailleurs en contact avec des nanoparticules. Et les consommateurs qui achètent, sans le savoir, des produits qui en contiennent ? Après un premier rapport, paru en juin 2006, sur les effets sur la santé et l’environnement, l’agence a été saisie une troisième fois par ses ministères de tutelle. Cette fois, elle évaluera l’impact sur la population générale d’une sélection de produits représentatifs contenant des nanomatériaux. Près de 2000 nanoparticules sont commercialisées, dans environ 500 articles disponibles en France (crème pour le visage, lecteur MP3, pneus, colles, peintures, vélos…). L’Afsset prévoit de publier ses résultats aux alentours de l’été 2009.

Rouba Naaman
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