Incendie d'une usine de pesticides à Béziers : les riverains toujours inquiets

Entreprises \Santé

Publié le 09-11-2005

Partagez : Partager


Quatre mois après l'incendie d'une usine de Béziers, la SBM, dans lequel 1720 tonnes de pesticides ont brûlé, les riverains sont toujours inquiets. Les résultats d'analyse rendus publics ne leur permettent pas de se faire une idée juste des éventuels risques que les résidus ou les émanations toxiques font courir à la population.

Le nettoyage du site brûlé débutera mi-novembre, au soulagement des riverains qui n'en peuvent plus des odeurs, tout à fait perceptibles, de vomi fleuri et de goudron. C’était le temps nécessaire pour définir la méthode et obtenir les permis de démolir et de désamiantage, a expliqué, le 7 novembre, Cyril Van Caneghem, directeur de la SBM, au Comité du quartier Montimaran, voisin de son usine. L'opération coûtera un million d'euros. Un grillage de 2 mètres de haut isolerait déjà le futur chantier, les bureaux et le vestiaire, du reste de l'usine où la production d'insecticides et fongicides a repris depuis fin juillet.

Cet été l'incendie avait duré onze jours, émettant des fumées toxiques, dans l'indifférence quasi-totale (voir articles liés). Le 15 septembre, la société Analytika a publié des analyses de sol prélevé devant l'usine, par le Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures. Résultat : des produits très dangereux, dont le 3,4,5 trichloroaniline, dont la présence dans les formulations "grand public" de la SBM susciterait "l'effroi" :la présence de produits chlorés, qui en brûlant ont dû dégager des dioxines cancérogènes. Aussitôt, la mairie de Béziers a révélé les résultats d'autres analyses, commandées par elle, dès juillet, à la société LSA. Il sont disponibles sur le site Internet de la ville. Les quantités de dioxine isolées ne semblent pas dépasser les taux admis en milieu urbain.

Dans le même temps, la préfecture a fourni  enfin à Maryse Arditti, vice-présidente de la Région (Verts), une liste presque complète des produits détruits que l'industriel refusait de donner. Tout le monde attendait le rapport de l'INERIS saisi par la SBM, à la demande de l'Etat, pour en savoir plus. Mais sa communication lors du Comité Local et d'Information et de Concertation (CLIC), organisé le 19 octobre à la sous-préfecture de Béziers, a surtout soulevé des questions.
Outre des prélèvements très complets, pas tous encore analysés, l'INERIS, a effectué des calculs de modélisation du feu. Il en ressort que les fumées ont pu causer des effets réversibles dans la population sensible (asthmatiques etc). L'institut confirme que le taux de dioxines ne dépasse pas la moyenne urbaine. En revanche les HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques), cancérogènes aussi, se trouvent en quantité trois fois supérieure au seuil admis, et pas particulièrement au bord de l'autoroute. L'institut a donc demandé et obtenu de poursuivre l'étude, aux frais de la SBM.

Manque d'information

Pour autant les associations représentées au CLIC ne savent toujours pas si leurs adhérents peuvent manger les fruits de leur jardin. Certains ont observé que les fourmis, escargots et lézards avaient disparu tout l'été dans la zone. Les salariés de la SBM, qui se sentent mis en cause ont réagi.  Certains syndicats dénoncé la non application du Plan Particulier d'Intervention la nuit de l'incendie : une seule voiture de la police nationale se serait déplacée, seule la police municipale gardait, très symboliquement, le périmètre d'exclusion. Personne n'a par la suite empêché les 200 entreprises voisines d"ouvrir. Pourtant trois sites Séveso 2 se côtoient sur la zone et les habitants ne savent que faire en cas d'accident.

Ces accusations ont été répétées en comité de quartier, le 7 novembre et la mairie se défend. Elle rappelle avoir distribué une plaquette en encart dans le journal municipal en 2001. Elle ne possède pas les éléments pour une cartographie fine des risques qui, selon elle, relève de la responsabilité des pouvoirs publics, totalement absents à cette dernière réunion. Leur absence n’a pas empêché les critiques. La préfecture n'a pas publié en ligne, comme promis, l'étude de l'INERIS. Le Comité de quartier de Montimaran a décidé de saisir Nelly Olin, ministre de l'écologie. Il a lancé une pétition accessible sur le site du forum sbm, avec une chronologie des évènements. On recense, à ce jour, 193 consultations ou hospitalisations à la suite de l'incendie de Béziers, dont un Oedeme de Quinck et deux cas de cécité chez des personnes qui venaient de se faire opérer de la cataracte. Selon les médecins, on doit surveiller une population exposée à des cancérogènes. Cependant celle-ci ignore qui est censée prendre en charge les victimes de cet accident industriel.

Marie-Paule Nougaret
© 2005 Novethic - Tous droits réservés
Partagez : Partager

Articles sur le même thème

Rendez-vous sur Facebook Suivez-nous sur Twitter Rendez-vous sur Facebook Rendez-vous sur Facebook
Le Centre de Recherche
ISR
» A propos de l'ISR
» Les études ISR
» Le Label ISR Novethic
» La liste des fonds ISR
» L'Essentiel de l'ISR
RSE
» A propos de la RSE
» Les études RSE
» Repères RSE
Conférences
» Les débats thématiques
» Le colloque annuel
English
» Studies and Events
Outils
» Formations développement    durable
» Bibliographie
» Glossaire
Presse
http://www.novethic.fr/novethic/upload/misc/offre_stage_colloque.pdf