Des entreprises soucieuses du capital santé de leurs salariés

Entreprises \Santé

Publié le 03-01-2007

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Les entreprises proposent de plus en plus aux salariés de se faire accompagner par des tabacologues, alcoologues, diététiciens ou psychologues. Les directions dépassent là leurs obligations légales en matière de santé au travail en escomptant une meilleure productivité. De leur côté, les prestataires qui gèrent les couvertures santé et prévoyance collectives commencent à intégrer ces nouveaux services. C'est une occasion de fidéliser leurs clients et de garantir l'équilibre des couvertures.

L’absentéisme coûte cher aux entreprises. Il se traduit par des désorganisations internes, sources de perte de productivité et conduit à recourir à l’intérim ou à des CDD en attendant le retour des absents. Cela peut aussi entrainer une hausse des primes sur les contrats de prévoyance. En 2004, selon la CNAM (Caisse Nationale d’Assurance Maladie), 25% des arrêts de travail de plus de 3 mois étaient justifiés par des problèmes psychologiques. Or, au-delà de 3 mois, c’est l’assurance prévoyance souscrite par l’entreprise qui indemnise le salarié absent et non plus la sécurité sociale. On comprend dès lors pourquoi les entreprises sont de plus en plus enclines à mettre en place des plans d’aide psychologique pour leurs salariés. En tout anonymat, les salariés et leurs familles peuvent ainsi bénéficier de plusieurs consultations gratuites avec des psychologues, des alcoologues, des tabacologues, des nutritionnistes et autres spécialistes des addictions. « 15% des salariés qui nous contactent sont absents. 65% d’entre eux reprennent le travail pendant la période de prise en charge », avance Bernard Dalbec, le co-fondateur de Solareh, un cabinet canadien qui a ouvert une filiale en France. Novalys, AGF et Quatrem ont intégré l’offre de cette société dans leurs contrats collectifs santé et prévoyance, ciblés sur les PME. Les salariés couverts bénéficient dés lors d’un crédit de 12 heures de consultation en face à face. 
      
Mettre les salariés en confiance
      
Dans les grandes entreprises, ce service d’accompagnement se traduit par une majoration d’environ 2 euros par mois et par salarié. Sur les quelques 800 000 salariés potentiellement bénéficiaires de cette assistance, seuls 0,18% ont appelé Solareh en 2006. « Il y a une crainte. Il appartient à la direction de l’entreprise et au management de faire passer le message pour mettre les salariés en confiance. Dans ce cas, le taux d’utilisation monte très rapidement à 3%. Au Canada, on est plutôt à un taux de 7% », précise Bernard Dalbec qui ne propose jamais ses services en direct aux entreprises. Les compagnies d’assurances, les mutuelles et les institutions de prévoyance lui servent d’intermédiaires. Scor, le premier réassureur français, possède 50% du capital de la filiale française de Solareh. Alors même que l’Etat accorde des moyens aux hôpitaux publics pour mettre en place des structures adaptées à la prise en charge des addictions, les prestataires privés se multiplient sur ce terrain en proposant leurs services aux entreprises qui entendent aller au delà de leurs obligations légales en la matière.
Chez Psya, un autre acteur de l’assistance psychologique, l’essentiel de l’activité en entreprise ne passe pas par les assureurs des clients. « Avec le coût que génère l’absentéisme sur les contrats de santé et de prévoyance collectifs, les gestionnaires des contrats vont être de plus en amenés à développer une approche plus globale pour ne pas devoir annoncer des hausses de primes à leurs clients », souligne Emmanuel Charlot, le fondateur de Psya. 
      
Un manque de recul sur les impacts

     
En attendant, les assureurs restent encore majoritairement frileux face à ces nouvelles formes de prises en charge dans leurs contrats. Voilà un terrain inconnu. Quid de l’équilibre d’une couverture santé si les salariés d’une entreprise commencent à utiliser massivement les services d’accompagnement de psychologues, d’addictologues et de diététiciens proposés ? La maîtrise de ces consommations, de leurs coûts associés et du retour sur investissement reste difficile à calculer. Il y a un manque manifeste de recul en la matière. Si les patches nicotiniques sont de plus en plus pris en charge par les contrats collectifs, les interventions de tabacologues en entreprise font souvent l’objet d’une prestation financée directement par l’entreprise. C’est donc en marge des contrats de couverture santé et de prévoyance que les assureurs ont plutôt tendance à proposer des services d’accompagnement périphériques aux salariés de leurs clients. Ils font appel pour cela à des prestataires spécialisés qui peuvent tout autant s’adresser en direct aux entreprises. Dans les deux cas de figure, une participation aux frais sera souvent demandée aux salariés. 
      
Responsabiliser le management
     
Ces prises en charge en dehors des contrats constituent une source potentielle de responsabilisation. Selon Marcel Garnier, directeur innovation santé au sein de l’institution de prévoyance Médéric, « la direction doit impliquer son management pour donner un sens et une véritable dynamique à ces nouvelles démarches. » Au delà du volet prise en charge, les assureurs ne manquent pas de développer des actions de prévention en matière de santé au sens large. « L’entreprise constitue un lieu idéal pour sensibiliser les personnes », ajoute Marcel Garnier. AG2R, une autre institution de prévoyance, a créé Primavita voici un mois. Cette filiale se trouve spécialisée dans la conduite de plan de prévention (alcool, tabac, diabète, troubles auditifs…) dans les entreprises. Là encore, l’approche est bien distincte des contrats santé et prévoyance. « Ce n’est pas parce qu’une entreprise a choisi d’investir sur la prévention que cela doit se traduire automatiquement et immédiatement par une baisse de la prime sur les contrats souscrits. La négociation sur les tarifs et les contrats souscrits ne peut se faire que sur la base des résultats techniques constatés du contrat », précise Pascal Broussoux, directeur technique d’AG2R. A défaut de faire baisser les primes, les actions de prévention et de prises en charge des nouveaux maux de la santé au travail sont susceptibles d’accroître les niveaux des garanties des contrats qui finiront alors par élargir leurs panels de remboursements.
Rodolphe Hederlé
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