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Des entreprises contre le sida

Entreprises \Santé

Publié le 03-12-2003



SIDA-Entreprises est une structure destinée à lutter contre les ravages du VIH-sida en Afrique, par le biais des entreprises françaises installées sur place. Elle a été lancée en mai dernier sous l'égide du ministre français délégué à la Coopération et à la Francophonie, Pierre-André Wiltzer. Anthony Bouthelier, secrétaire-général du Cian (Conseil français des investisseurs en Afrique), revient sur le concept de SIDA-Entreprises.

Pourquoi avoir créé SIDA-Entreprises ?
Anthony Bouthelier : SIDA-Entreprises est le résultat d'une réflexion qui a pris forme à l'intérieur de la commission sociale du Cian. Le sida est un problème extrêmement grave, cela entraine une perte de compétences et crée un environnement économique qui peut remettre en cause la présence de nos entreprises en Afrique.

Vous avez donc créé une structure spéciale...
Anthony Bouthelier : Pour un sujet aussi important, il fallait créer une association ad hoc. Il existe des fonds publics français ou internationaux pour le sida mais il faut trouver les bons canaux pour intervenir sur le terrain. L'administration française a été impressionnée par les résultats obtenus par les entreprises dans leur lutte contre le sida et leur a demandé d'étendre leur action, de sortir du cadre des salariés et de leur famille, de mettre leurs compétences, leur savoir-faire et leurs méthodes à la disposition de l'environnement local. Les entreprises étaient d'accord mais elles ne pouvaient pas supporter le coût de l'extension de leur action. Elles ont demandé une coopération public-privé. C'est le deuxième objectif de SIDA-Entreprises : donner un cadre, un instrument pour cette coopération. L'action anti-sida évolue très vite, la recherche continue, de nouvelles molécules sont créées et nous souhaitons faire bénéficier l'Afrique des dernières technologies. Pour cela, nous avons créé un comité scientifique présidé par le professeur Willy Rosenbaum, l'un des co-découvreurs du sida, qui vient d'être nommé président du comité d'action contre le sida en France.

Combien d'entreprises participent à votre projet ?
Anthony Bouthelier :Pour le moment, une quinzaine de grandes entreprises françaises adhèrent à ce club. L'idée n'est pas de créer une structure en France mais d'encourager les entreprises qui ont des implantations en Afrique à se rassembler et à mettre leurs moyens en commun.

Il n'y a pas d'entreprise africaine ?
Anthony Bouthelier : Il n'y a pas pour le moment d'entreprise africaine qui se soit vraiment lancée dans la prise en charge du sida et qui fournisse une tri-thérapie aux salariés et à leurs familles. Notre association est, bien entendu, ouverte aux entreprises africaines. A première vue, ce sont plus des entreprises internationales - qui possèdent plus de moyens - qui ont pu se lancer la prise en charge mais nous considérons nos implantations en Afrique comme des entreprises africaines, dont les directeurs-généraux sont africains.

Combien coûtent les tri-thérapies fournies aux salariés ?
Anthony Bouthelier : Le prix des tri-thérapies s'est effondré, et aujourd'hui, on soigne un sidéen avec 20 euros par mois. Le vrai problème, ce n'est plus le coût des tri-thérapies mais la détection du sida. De nombreuses personnes ne veulent pas être stigmatisées, et donc ne veulent pas passer les tests.

Les gouvernements africains jouent-ils un rôle dans votre association ?
Anthony Bouthelier : Ils sont informés mais nous sommes très prudents. Il y a eu des expériences de crédits donnés à des gouvernements africains et qui ont été mal utilisés. Certains gouvernements veulent monopoliser la lutte contre le sida et imposer aux entreprises de passer par le canal de leur administration, ce que les entreprises refusent. C'est l'un des vrais problèmes que nous avons avec les institutions internationales et l'administration française : il faut les convaincre de travailler en direct avec les entreprises car si des gouvernements disent parfois " donnez-nous les fonds, on va les redistribuer ", nous savons bien qu'une grande partie va s'évaporer. Nous voulons éviter cela et en aucun cas nous ne voulons être complices de ces détournements de fonds.

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