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Les répercussions de la guerre du Golfe de 1991 se font encore sentir sur l'économie jordanienne. A l'époque, l'Irak était le principal importateur de ses produits avec plus de 1,2 milliard de dollars d'achats annuels. Les dispositions attachées à l'accord de paix entre la Jordanie et Israël semblaient à l'époque être une bouée de sauvetage pour une économie au bord du gouffre. L'insertion d'une clause de libre échange par Washington a permis l'explosion des exportations, notamment textiles, vers les Etats-Unis. Cette disposition est éminemment politique puisque les produits concernés bénéficient d'une exonération de droits de douanes si au moins 8% de leurs matières premières, proviennent de l'Etat hébreu. Cet accord est devenu le principal argument commercial des zones franches jordaniennes. Les entrepreneurs textiles asiatiques y ont ainsi vu une possibilité de contourner les quotas dont ils pâtissent dans leur pays d'origine, en bénéficiant d'une main d'œuvre peu chère. Du coup la grande majorité des usines textiles créées appartiennent à des entrepreneurs d'origine chinoise, taiwanaise, pakistanaise ou indienne. On compte notamment en bonne place, les groupes hongkongais Boscan International et Crystal. Grâce à cet accord, plus de 40 000 personnes produisent du prêt à porter pour les géants de la distribution américains que sont Wal-Mart, GAP ou J-C Penney. 3,5 $ par jour et 65 heures par semaine Ces emplois pourraient constituer une aubaine pour les Jordaniens sans emplois. Or plus de 20 000 postes ont été dévolus à une main d'œuvre spécialement "importée" pour l'occasion. Pour ces employés, d'origine indienne, sri lankaise ou chinoise, le salaire minimum jordanien, qui n'est que de 3,5 dollars jours, leur permet de gagner plus que dans leur pays d'origine. Les employeurs semblent avoir une préférence pour les jeunes femmes asiatiques : plus de 90% de cette main d'œuvre étrangère est composée de femmes de moins de 22 ans. Le propriétaire d'une usine Syed Adil Ali précise qu'il emploie exclusivement des employées sri-lankaises. "Ce sont des femmes très calmes. Nous avons eu des problèmes avec les hommes. Ils avaient créé une sorte de syndicat et avaient occasionné des perturbations dans l'usine. Nous préférons donc les femmes." a-t-il expliqué à Aaron Glantz de CorpWatch, une organisation de contrôle des agissements des multinationales. Il n'existe aucun syndicat dans son entreprise. Ces travailleurs étrangers sont logés à 10 par chambre, dans des habitations collectives conformes aux critères minimaux de respect des droits de l'homme selon les multinationales américaines. Les spécifications du distibuteur américain J.C. Penney prévoient ainsi 5,5 pieds carrés (0,5 m2) par personne. Les 600 employés de Syed Adil Ali sont obligés par contrat de vivre dans ce genre de baraquements, souvent très éloignés des centres urbains. Ils ne quittent de toutes façons que rarement leur complexe industriel, les 65 heures par semaine de travail leur laissant peu de temps libre. Des situations parfois dramatiques Recrutés dans leur pays par un agent, les travailleurs immigrés entrent en Jordanie avec un visa spécial délivré par le ministère du travail jordanien. Il ne les autorise à travailler que pour l'entreprise qui a décidé de les employer. Celle-ci ne leur a, de plus, généralement payé qu'un billet aller pour Amman. Les salariés n'ont donc que des droits partiels en Jordanie et ils peuvent se trouver dans des situations dramatiques. Les ex-employés de Tamashi Industries, une entreprise d'origine philippine, en témoignent. Ils travaillaient dans une usine textile qui fabriquait une ligne de vêtements pour enfants pour Wal-Mart. D'après ces immigrés, leur employeur a refusé de les payer pendant trois mois, ne les a plus nourris pendant une semaine puis a fui la Jordanie. Une cinquantaine d'indiens spoliés par Tamashi ont essayé de porter plainte au commissariat central d'Amman, apparemment en vain rapporte CorpWatch. Ils sont maintenant bloqués en Jordanie, sans argent, sans possibilité de travailler et sans billet de retour. "Je veux retourner en Inde mais je n'ai pas de billet et pas d'autorisation de travail pour gagner ma vie" explique l'un de ces travailleurs. Ce type de situation, encore très rare, peut peut-être devenir banale dès 2005. A cette date, les Etats-Unis ont décidé d'abandonner leur politique de quotas. Privés du principal moteurs de leur installation dans une zone franche jordanienne, certains entrepreneurs pourraient partir vers des pays plus "compétitifs" en laissant sur place leur main d'œuvre "importée", désormais obsolète...
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