Verre marocain : comment resister à la concurrence chinoise ?

Entreprises \Développement local

Publié le 19-05-2004

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Beldi, célèbre verrerie marocaine, a failli disparaitre à cause de l'apparition de produits chinois beaucoup moins chers sur son marché local. Elle s'est relancée en visant une clientèle occidentale de touristes haut de gamme et en s'associant à un atelier de création aux pratiques proches du commerce équitable.

Pour de nombreux Marocains, les verres de la verrerie populaire Beldi sont une référence aussi connue que les verres Pyrex pour les quadragénaires français. Cet atelier traditionnel proposait, depuis des décennies, des verres à bas prix essentiellement commercialisés sur le marché marocain. L'entreprise emploie depuis toujours des souffleurs de verres et utilise le verre recyclé comme matière première. Son offre est concentrée sur des produits traditionnels, notamment les verres à thé.

La baisse des tarifs douaniers associée à une offre de produits importés à bas prix a diminué la compétitivité de cet atelier marocain et accéléré le dépôt de bilan de nombreuses entreprises moins prestigieuses. La très forte concurrence des produits chinois a conduit les dirigeants de Beldi à s'interroger sur la viabilité à moyen terme de l'entreprise. Son positionnement traditionnel lui donnait en effet une image forte auprès de la clientèle cible des importations chinoises alors que la clientèle domestique aisée dédaignait ses verres au profit de produits occidentaux...

La relance de l'activité devait donc passer par la conquête de nouveaux marchés. L'attrait touristique de certaines villes comme Marrakech, et notamment le développement touristique haut de gamme de la vieille ville, lui a permis de confirmer l'intérêt de la clientèle occidentale pour les imperfections inhérentes à la fabrication artisanale des produits Beldi. Cela a permis de se repositionner sur des marchés moins sensibles au prix en s'appuyant sur le succès constant de la tendance orientale dans la mode et la décoration.

Créativité en plus ...

La particularité et l'histoire des verres Beldi a également inspiré d'autres initiatives. La créatrice néerlandaise Dorine Herbecq, nouvellement ré-installée au Maroc, a eu l'idée de son atelier de peinture sur verre et porcelaine après avoir pris connaissance des difficultés de l'atelier. Formée à la peinture sur porcelaine, elle a imaginé de lier la sauvegarde d'emplois artisanaux à la création d'un atelier social. Elle a donc créé BELDINE en 2003.

Dans un premier temps, la créatrice a adapté la technique de peinture sur porcelaine au travail sur le verre et a développé différentes collections à destination de plusieurs types de clientèles. Le succès a été immédiat. Situé dans le village de Lameslohte à une quinzaine de kilomètres de Marrakech, son atelier emploie actuellement 7 ouvrières et commercialise ses produits auprès d'une clientèle hôtelière locale ainsi que des boutiques chic de Paris, Bruxelles ou Madrid. La qualité de ses créations et de ses produit lui permet d'être régulièrement présente dans les principales revues de décoration, assurant ainsi à Beldi, via le travail de cette créatrice, une renommée supplémentaire.

Un atelier social ...

L'atelier BELDINE a de plus une dimension sociale. Le projet de Dorine Herbecq était de créer une activité qui pourrait aider des femmes marocaines à accéder à un emploi. Les Marocaines sont en effet beaucoup plus touchées par le chômage que les hommes, notamment à cause d'un taux d'illettrisme supérieur. " Je suis la première étonnée de la rapidité du développement de notre activité, " s'enthousiasme Dorine Herbecq. " L'atelier emploie déjà 7 personnes à plein temps. Nous pourrions bientôt passer à 10, ... enfin quand nous aurons du temps pour former d'autres personnes et si les autres ouvrières l'acceptent," ajoute-t-elle. La taille de BELDINE permet à Dorine de pratiquer un management participatif avec ses employées. La dirigeante interroge ainsi systématiquement tout le personnel au moment de prendre des décisions importantes comme le recrutement de nouvelles ouvrières. La décision de travailler des heures supplémentaires est également prise collectivement. Ces heures sont bien entendues payées. L'atelier propose en outre des cours de français et de lecture-écriture de l'arabe à ses ouvrières et aux autres femmes du village.

La verrerie Beldi, dernière survivante du secteur de la verrerie populaire marocaine, a réussi à survivre à la concurrence de produits importés grâce à une reconversion exemplaire mais il s'agit d'un modèle difficile à reproduire.  

Pierre-Marie Coupry
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