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Le Nord-Cotentin reste fortement lié au nucléaire et aux constructions navales, les deux étant souvent étroitement liés. Cette presqu’île s’étirant en arc de cercle entre Flamanville et le cap de la Hague et la pointe de Barfleur à l’Est concentre quasiment toute l’industrie de la Manche. L’arsenal de la DCN à Cherbourg, les Constructions Mécaniques de Normandie et leurs sous-traitants représentent 16 % des emplois industriels du département, devancés d’une courte tête par la Cogema et la centrale de Flamanville. Pourtant, entre 1989 et 2003, beaucoup de choses ont changé, puisque petit à petit, de nouveaux métiers, issus du savoir-faire naval ou nucléaire commencent à percer. Jusqu’au milieu des années 90, le Nord-Cotentin était une région de grands chantiers, comme le Pas-de-Calais pour le tunnel sous la Manche. Entre l’extension du centre de retraitement des déchets de la Hague, la construction de la centrale nucléaire de Flamanville et l’agrandissement de l’arsenal, le plein emploi était devenu presque une réalité. Jean Lemierre, député UMP de la circonscription de Cherbourg Nord Ouest se souvient : « Le chantier Lauboeuf a bénéficié d’investissements considérables pour mener de front la construction de deux SNLE (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins). Le mot d’ordre était ‘on ne compte pas’ ». De leur côté, les CMN, l’autre chantier naval cherbourgeois, vendaient comme des petits pains ses patrouilleurs rapides surarmés aux pétro-monarchies du Golfe. De la chute du mur, à la baisse d’activité La chute du Mur de Berlin sera ressentie tardivement mais brutalement. Au contraire des Etats-Unis ou du Royaume-Uni, la France tardera à adapter ses armées à la nouvelle donne internationale. Les SNLE type « Le Triomphant », conçus dès l’aube des années 80, seront maintenus. Le premier sera mis sur cale à Lauboeuf en 1989. En fait, le glas sonnera avec la reprise des essais nucléaires à Mururoa, prélude à un reformatage draconien du modèle de défense français, avec une Marine nationale amputée du tiers de sa flotte ! En sus, s'est greffée la fin des chantiers de la Hague et de Flamanville. De plus, entre le premier coup de pioche et le démarrage de ces installations, la plupart des pays européens ont taillé dans leur programme nucléaire. Avec, pour conséquence un volume de déchets à traiter inférieur aux prévisions… Si la coup a été rude pour les salariés de la DCN, de la Cogema ou d’EDF, il l'est tout autant pour des sous-traitants assoupis à l’ombre de ses géants publics bienveillants. « Jusqu’à une date récente, se souvient un cadre local qui souhaite garder l’anonymat, ils ne travaillaient que pour l’un ou l’autre, voir les deux, et exclusivement pour eux. Surtout, l’essentiel de leur activité se résumait à du prêt de main d’œuvre ». Leur savoir-faire se cantonnait à la chaudronnerie ou à la tuyauterie. François Ricaud, directeur de Manche Expansion, la structure d’intervention économique du Conseil général reconnaît l’absence de PME performantes dans l’intégration de systèmes d’armes ou la connectique nucléaire, deux créneaux à très forte valeur ajoutée : « On peut regretter cet héritage, mais il ne faut pas oublier qu’il y a trente ans, il y avait beaucoup à faire dans ces domaines quand l’arsenal tournait à plein régime. Il est clair que ce bassin d’emploi de Cherbourg la Hague souffre d’un vrai problème d’attractivité pour l’implantation de tous les corps de métier nécessaires à la construction de sous-marins ou pour le nucléaire civil ». De nouvelles opportunités Pourtant, des métiers issus du savoir-faire acquis auprès de ces donneurs d’ordres ont réussi à percer. Ainsi, autour des CMN, quelques entreprises montent en puissance dans la plaisance. JMV Industrie, créée par un ancien ingénieur de ce chantier, Jean-Marie Vaur, a construit Géodis, le bateau de Christophe Auguin, vainqueur de Vendée Globe Challenge. Cette victoire a agi comme un catalyseur pour faire connaître la qualité de JMV ou de Fac’Nord, leader mondial des enrouleurs de focs pour les voiliers. De son côté, les CMN se sont moins axées sur le militaire, avec la construction de grands yachts, ou la réparation de navires spécialisés, mais elles exploitent la tendance des bâtiments de combat léger. De même, habituées à travailler dans l’environnement à risque de la Cogema, des entreprises comme Simon Frères ou ACPP ont adapté leurs méthodes et techniques de la maîtrise d’ambiance, ou prévention de la contamination, à des industries très concernées par la sécurité ou la traçabilité comme l’agro-alimentaire, la pharmacie ou le milieu hospitalier. Désormais, s’enthousiasment de concert Jean Lemierre et François Ricaud « les gens apprennent à travailler ensemble et se stimulent lors de vrais cours de vente ». Pas de doutes : les « mentalités colbertiennes » des cherbourgeois, selon l’un d’entre eux, évoluent. Cette mutation se poursuit dans un climat apaisé par le changement de gouvernement. Jean Lemierre est conscient qu’il doit son élection dans une vieille terre de gauche, face au maire de Cherbourg (qui n’a pas souhaité répondre à nos questions), « aux silences, ambiguïtés du précédent gouvernement sur la défense et la politique énergétique française, écartelé entre le réalisme et ses alliés écologistes ». Dans les semaines qui ont suivi l’entrée en fonction de Jean-Pierre Raffarin, « les convois de déchets radioactifs repartaient de Suisse et des Pays-Bas vers le terminal ferroviaire de Valognes» note avec un brin d’ironie un observateur local. La visite houleuse de Daniel Cohn-Bendit et Noël Mamère, leaders du parti Verts, venus débattre avec les salariés de la Cogema de la fermeture « à terme » de leur usine n’est plus qu’un mauvais souvenir. Quant à la DCN, son plan de charge est assuré pour « une bonne dizaine d’années » selon Jean Lemierre. Outre deux SNLE en achèvement, elle mettra sur cale à partir de 2005, le premier des six « Barracudas » destinés à remplacer les SNA de la marine Nationale. L’arsenal de Cherbourg compte bien transformer les succès de ses sous-marins diesel type Agosta 90B et Scorpène, vendus au Pakistan, au Chili, et à la Malaisie. Là encore, au prix d’une révolution copernicienne, l’arsenal, aidé par Thalès, a pris le pli du commerce. « N’oubliez pas que ces marins sont aussi exigeants voire plus que la Marine Nationale. A cette contrainte se double une obsession de la maîtrise des coûts » martèle Jean Lemierre, avant de souligner sa confiance dans le dynamisme de l’établissement public. Le Portugal, n’est-il pas lui aussi très intéressé par la qualité des Agosta 90 B ?
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