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Chronique d'une fermeture annoncée
Noroxo, site pétrochimique du Groupe ExxonMobil classé Seveso, est demeurée la seule source identifiée de l'épidémie de légionellose qui a sévi dans le Lensois d'octobre 2003 à janvier 2004. Fermée à plusieurs reprises et de manière constante à partir du 4 janvier 2004, l'usine avait obtenu -après plusieurs semaines de dialogue entre les pouvoirs publics et la direction du groupe - l'autorisation de réouverture le vendredi 19 mars. La réaction de l'entreprise n'a pas été de rouvrir le site le lundi suivant cette décision mais de se donner le temps d'analyser les conditions économiques de la reprise. La révolte des syndicats est immédiate, craignant la fermeture du site. Une inquiétude justifiée : le jeudi, lors d'un comité d'entreprise extraordinaire, le PDG a annoncé la "mise en veille" de l'usine de Harnes et proposé un plan de sauvegarde pour l'emploi. Concrètement 18 postes seraient maintenu sur le site de Harnes dans l'éventualité d'une reprise de la fabrication d'alcools et d'acides industriels et les 141 restants supprimés de ce site mais promis à un plan de reclassement au sein du groupe notamment à Rueil-Malmaison et Gravenchon. Une éventualité peu crédible selon les délégués CGT de ce dernier site qui déclaraient au journal Libération : "Les reclasser où ? Il y a déjà eu des compressions de personnel chez nous."
Une annonce contraire aux précédents engagements d'EM
Dans un communiqué, la CGT dénonce le revirement du groupe ExxonMobil : " Alors que le groupe s'était engagé devant les salariés et leurs représentants, mais aussi auprès de la Ministre de l'Environnement, à ne pas utiliser ce drame pour exercer un chantage à l'emploi, ExxonMobil opère un choix contraire à ses engagements d'hier. Si cette annonce venait à se concrétiser, elle constituerait le deuxième acte du drame de la légionellose dans une région déjà sinistrée en termes d'emploi. " En effet, suite à une rencontre avec la direction du groupe, Roselyne Bachelot, alors Ministre de l'écologie, avait cherché à rassurer les salariés. " J'ai rencontré (...) la direction générale d'Exxon Mobil. En aucun cas la fermeture de Noroxo ne saurait constituer une sorte de chantage à l'emploi " avait-elle précisé. Force est de constater qu'il en est allé autrement. Une situation qui a déclenché l'indignation de Nicole Fontaine, alors Ministre déléguée à l'Industrie. Elle a appelé de ses vœux le maintien en fonctionnement de cette entreprise et mis en garde les dirigeants d'EM : "Si l'entreprise confirmait son projet de mise en veille de l'usine impliquant la suppression de 141 emplois, le Gouvernement s'attacherait à ce que les dispositions les plus exigeantes soient prises en ce qui concerne le reclassement des salariés. "
Réactions des syndicats et des pouvoirs publics territoriaux
La réaction des salariés ne s'est pas faite attendre. Une première manifestation a réuni entre 300 et 400 personnes le samedi 27 mars sur le site même de l'usine Entre 100 et 200 salariés d'Esso - filiale du groupe EM aussi - ont témoigné leur soutien aux salariés de Noroxo en manifestant vendredi 9 avril devant le siège de leur entreprise. Ils ont également dénoncé un projet de délocalisation en Europe de l'Est qui pourraient menacer 60 à 70% des 300 emplois du siège d'Esso. La région Nord-Pas de Calais, par la voix de son Président, Daniel Percheron et de son vice-président en charge de l'emploi Pierre de Saintignon, a reçu les syndicats de Noroxo et affiché sa réprobation face au projet de fermeture de l'usine. Elle propose également l'organisation d'une table ronde réunissant les différentes parties prenantes de ce dossier : l'Etat, la région, les syndicats et la direction de Noroxo. A ce jour, la région n'a eu aucune réponse quant à cette éventualité et la direction de l'usine n'a toujours pas offert de garanties aux salariés quant à leur reclassement.
Un seul constat et plusieurs interrogations
Si face à l'épidémie de légionellose, les autorités publiques ont fini par appliquer fermement le principe de précaution, les garanties prises sur la préservation de l'emploi n'ont pas été suffisantes. Or la responsabilité d'une entreprise ne s'arrête pas aux seuls critères sanitaires et environnementaux. Le groupe EM tire-t-il partie de la situation pour fermer un site dont les retours attendus sur investissement s'avèreraient insuffisants ? Est-ce l'arrêt de plusieurs semaines, entraînant la perte de clients, qui a fini par sceller le sort de l'usine de Harnes ? Est-ce le cadre strict de l'arrêté préfectoral d'autorisation de réouverture, supposant de lourds investissements, qui a découragé Exxon ? Ou, plus largement, est-ce le manque d'anticipation et la faiblesse d'investissements antérieurs, notamment en matière de sécurité environnementale, qui sont responsables de cette situation ? Les questions posées sont nombreuses. Et la réponse de la CGT est claire : "À nouveau, un grand groupe multinational fait la démonstration qu'il n'a pour objectif qu'une maximisation de sa rentabilité financière au détriment d'une politique économique et sociale orientée vers les besoins des salariés et des citoyens. Au regard des bénéfices ExxonMobil pour 2003 de 21,51 milliards de dollars, on mesure le cynisme de l'annonce de fermeture faite (...) à Noroxo."
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