Mouvement de protestation contre une future zone franche à Haïti

Entreprises \Paradis fiscaux

Publié le 27-05-2003

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Haïti a des parcs industriels exonérés depuis une quarantaine d'années. Ils ont employé jusqu'à 60 000 salariés en 1982. Du fait de l'instabilité politique et de l'insécurité, cet effectif a chuté à 20 000 selon de Camille Chalmers économiste de la Papda (Plate-forme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif). Il s'élèvait, en 2002, à 25 000 selon les données économiques du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Les établissements d'assemblage situés dans ces parcs fabriquent quasi-exclusivement des produits textiles et représentent plus de 80% des revenus d'exportation du pays contre 20% en 1980.

Le 18 mars 2003, la police haitienne a finalement arraché des plantations dans le périmètre de la nouvelle zone franche malgré les protestations des paysans à Ouanaminthe, au Nord-Est du pays. Le projet consiste à accueillir sur 80 ha près de mille emplois. L’industriel est un grand manufacturier textile dominicain. Grupo M compte vingt-quatre usines et 13 00 employés. Il exporte des produits textiles vers les Etats-Unis et l’Europe. Pourtant un mouvement s'est organisé en Haïti pour lutter contre la zone franche.

Fin février 2003, une manifestation a même été organisée. Ce jour là, sur le camion, le groupe de militants avait installé les énormes baffles de la sono spécialement louées. Le bruyant cortège précédé par des agents de police assis sur capot de leur véhicule a sillonné le centre de la ville, en scandant « Non à la zone franche ! » Entre deux  passages musicaux tonitruants, on pouvait entendre les slogans suivants « Pour garder l’eau, pour cultiver le pois, le cacao, l’avocatier, le caféier, le bananier, l’arbre à pin. A bas marchands d’pays ! A bas les trahisons et ceux qui ont vendu la zone aux pays étrangers ! » Le cortège a grossi sous la banderole et tourne en direction du fleuve. Les rues de terre aux grandes maisons font place aux petites habitations de béton avec leur enclos de bois. Enfants, adultes de tout âge rejoignent le groupe. « Voici la zone de la honte », explique Jocelyn Pierre, trésorier du comité, désignant l’autre rive du fleuve Massacre. Au-delà des eaux basses où les lavandières essorent le linge, une étendue verte de cultures s’étend jusqu’à l’ancien lit du fleuve qui croise aujourd’hui dans de nombreux méandres, la ligne frontière avec la République dominicaine. Saint-Ilat Michel, un des trente-cinq paysans du comité, propriétaire de deux carreaux ( deux hectares et demi) depuis quatre générations, s’enflamme : On veut me retirer cette terre très fertile : je n’ai pas besoin d’engrais ici pour faire pousser mes cultures. Si l’on irriguait, on pourrait même exporter ! »  Dantesque Jean-Baptiste, son voisin, se demande lui, comment, sans ses revenus agricoles, il pourra payer demain la scolarité de ses enfants dans la capitale.
Les raisons de la colère de certains habitants de Ouanaminthe sont nombreuses. D’abord, leur proposition de réaliser cette zone franche à Fort Dauphin, terre aride voisine, mais plus éloignée de la ligne frontalière, n’a pas été acceptée. L'usine doit être en terre haïtienne mais l'encadrement et la gestion seront sur le territoire dominicain. Le projet de zone franche industrielle n’a fait ,selon le comité de défense, l’objet d’aucune consultation de la population. En février 2000, les paysans ont  vu des arpenteurs mesurer une zone d’une cinquantaine d’hectares sans qu’aucune explication ne leur soit donnée puis, le 9 avril 2002, l’information a été officialisée. Lors de leur visite sur place les présidents haïtien et dominicain, Jean-Bertrand Aristide et  Hipolito Meija, ont évoqué « un mariage sans divorce et de la naissance d’un premier enfant », rapporte le quotidien le Nouvelliste. Gaston Etienne, coordonnateur du Comité de défense s’élève contre l’aspect anticonstitutionnel de l’opération : «  Elle aurait dû être examinée par le Parlement, de plus, selon la  Constitution, aucun étranger ne peut être propriétaire de la terre jusqu’à 20 km de la frontière, souligne-t-il en qualifiant l’opération de « colonisation » d’Haïti par la République dominicaine. Depuis mars 2003, se sont succédées arrestations injustifiée par la police haïtienne et intimidations sur les opposants et leur famille. D’ailleurs, la secrétaire du comité de défense, Michèle Adrien, s’interroge sur la nationalité de la future police dans la zone franche. « Au premier problème, c’est la police dominicaine qui viendra faire la loi, j’estime par avance cela comme de l’occupation du territoire. »
Autre objet de fureur des agriculteurs : les sommes dérisoires proposées en dédommagement : 5 gourdes (10 centimes d’euros) par mètre carré de terre !

Gwénaël le Morzellec
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