Les projets de pipelines menacent la cohésion sociale en Amazonie
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Publié le 19-04-2006
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Habitants indigènes de la ville d'Urucú,
FoEI
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Riche en gisements d'hydrocarbures et passage obligé de certaines infrastructures, l'Amazonie est devenue, en quelques décennies, un enjeu important pour l'indépendance énergétique des pays d'Amérique du Sud. Plus que l'exploitation elle-même, c'est la construction des oléoducs et des gazoducs dans la région qui pose d'importants problèmes environnementaux et sociaux.
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Alors que l’Argentine et le Brésil se remettent à peine de la crise financière qui a secoué la région au début des années 2000, leurs dirigeants se tournent vers l’avenir et imaginent une intégration économique plus approfondie des pays de la région. Cette vision tend à ignorer les problèmes et les divergences rencontrés dans la mise en pratique des accords au sein du Mercosur et se focalise, pour l’instant, sur des grands projets d’infrastructures. Le projet de construction d’un immense gazoduc, sur plus de 9000 kms, qui traverserait l’Amazonie pour transporter du combustible depuis la mer des Caraïbes au Venezuela jusqu’au Rio de la Plata (entre l’Uruguay et l’Argentine) est emblématique de cette situation. Fort heureusement, ce projet visionnaire a toutes les chances de rester dans les cartons pour des raisons politiques et économiques. Avec un coût de construction supérieur à 20 milliards de dollars et un approvisionnement en gaz incertain du côté vénézuelien, il a en effet tout d’un "éléphant blanc". Mais la simple annonce de ce projet démontre toutefois que les considérations économiques, environnementales et sociales tendent encore à passer au second plan pour les dirigeants d’Amérique du Sud.
Des incidences environnementales
Avec sous sa responsabilité la plus grande partie de la forêt amazonienne, le Brésil représente la plus grande ressource mondiale en biodiversité et joue donc un rôle central dans sa préservation. Bien que 17% de la surface boisée ait été défrichée depuis les années 70, ce pays met désormais en place des mesures de restriction plus poussées. Les normes de construction des pipelines dans la région amazonienne sont concernées par ces mesures et les organisations environnementales reconnaissent les importants efforts déployés en la matière par Petrobras, l’opérateur national brésilien. Le gazoduc reliant la ville d'Urucú au port de Coari est ainsi entièrement enfouie et n’a nécessité le défrichage d’un corridor que d'un peu plus de 10m.
La critique des ONG ne se focalise donc pas sur les effets environnementaux directs de ces infrastructures mais sur leurs retombées indirectes. Elles insistent notamment sur le fait que ces trouées contribuent à une exploitation illégale de forêts tropicales primaires et incitent à l’installation d’immigrants dans ces zones. "Le transport du pétrole et du gaz est dangereux dans toutes les situations. Dans un environnement fragile, ce risque devient plus intense," insiste Roberto Smeraldo, responsable des Amis de la Terre au Brésil.
Des retombées sociales néfastes
Dans un pays où plus d’un tiers de la population est considérée comme pauvre, la simple annonce d’un grand projet suffit à déclencher une vague d’immigration. Bien que les emplois proposés aux personnes non qualifiés lors de ce type de construction sont peu payés et temporaires, ils n’en constituent pas moins une opportunité à saisir pour de nombreuses familles qui n’hésitent pas à parcourir des milliers de kilomètres dans l’espoir de trouver un travail. Depuis 1993, la population du port de Coari est ainsi passée de 38 000 personnes à plus de 100 000 aujourd’hui.
Cet afflux massif de population tend à déstabiliser l’équilibre social et sanitaire de communes peu préparées à cet afflux de population. D’immenses campements de tentes s'improvisent et cette situation favorise l'émergence de maux sociaux comme la prostitution infantile, la violence, l’utilisation de stupéfiants et sanitaires provoquant des épidémies de SIDA ou de paludisme. Il fragilise donc de plus les populations indigènes de la région qui se retrouvent brusquement confrontées aux réalités du monde moderne. "Un pipeline n’a pas de résultats positifs car il ne propose aucun avantage ou assistance aux populations indigènes, analyse João Batista Apurinã, le responsable de l’Union des peuples indigènes de la rivière Purus. Il détruit l’environnement, tout en apportant des problèmes d’alcoolisme ou de prostitution." Ces importants impacts négatifs ne sont généralement pas compensés par des rétributions financières. En dehors des réserves tribales, les terrains sont en effet souvent la propriété de familles d’immigrants arrivés au début du XXème siècle.
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Pierre-Marie Coupry
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