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Comme le souligne Michel Fremont, président du CRILAN (Comité de réflexion, d’information et de lutte anti-nucléaire) et de l’association pour la promotion de l’énergie éolienne les 7 vents du Cotentin, « il est dangereux pour notre région de mettre tous nos œufs dans le même panier, surtout quand il s’agit d’une industrie aussi lourde de conséquences et potentiellement dangereuse que le nucléaire ! ». Secrétaire général des Verts de Basse-Normandie, Jean-Luc Veret partage son avis. « La focalisation sur l’industrie nucléaire entraîne un déséquilibre économique énorme dans notre région. Grosso modo, c’est la moitié du budget départemental qui en dépend ! On injecte ainsi artificiellement d’énormes retombées économiques dans de petites communes, dévoyant au passage l’action politique et l’indépendance des élus ». Ces deux responsables s’emportent à l’unisson contre le fait que la Hague continue d’extraire du plutonium destiné aux super-générateurs des centrales nucléaires, au lieu de se recycler progressivement dans la diminution des risques liés à ce combustible, par son retraitement et son mélange à d’autres substances, moins nuisibles. Qu’elle que soit l’activité future de l’usine, l’enfouissement des conteneurs de plutonium dans les sous-sols de la Hague continuera de faire peser une lourde menace potentielle sur les êtres et l’environnement, et ce pour des millénaires. « Les politiques nationaux et locaux font des choix qui vont à l’exact opposé d’un développement durable. Qui acceptera de payer, dans quelques années, le coût de retraitement et d’enfouissement du plutonium, alors que l’activité des centrales aura été arrêtée ? », fait remarquer Jean-Luc Veret. Le nucléaire réduit la voilure Bien que toujours très liée à l’industrie nucléaire, l’économie du Nord Cotentin a dû apprendre à composer avec des réductions budgétaires. Ainsi, la Marine nationale a diminué sa flotte de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de six à quatre. Dans le même temps, le programme des sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) était étalé, et de reports en attentes, prenait dix ans de retard. Conséquence concrète de ce reformatage de la Royale : les effectifs de l’arsenal de Cherbourg sont passés de 5 500 à 3 500 personnes en une décennie. Dans le même temps, les grands chantiers de la Hague prenaient fin. La Cogema (Compagnie de gestion des matières nucléaires) et EDF découvraient à leur tour les affres d’une gestion plus rigoureuse, se traduisant par une distribution moins généreuse de contrats pour leurs sous-traitants. Et puis, l’abandon progressif de la filière nucléaire par certains pays d’Europe comme l’Allemagne augmentait les inquiétudes. La diversification à l’horizon Aujourd’hui, le Nord-Cotentin commence à sortir de sa dépendance aux commandes publiques. Partant quasiment de zéro, les élus locaux, le Conseil général et les entreprises locales ébauchent l’amorce d’une diversification. Autour de Cherbourg, les sous-traitants ont appris à conquérir de nouveaux clients, de nouveaux marchés, à mettre en avant le savoir-faire acquis dans le nucléaire pour séduire l’industrie hospitalière ou pharmaceutique. De même, les CMN, l’autre chantier naval cherbourgeois, commence à toucher les dividendes de sa diversification dans la grande plaisance. Et puis, le port de commerce se sent de nouvelles ambitions, avec la saturation du tunnel sous la manche, et l’engorgement du port du Havre. Si le projet FastShip de liaisons rapides entre Philadelphie et Cherbourg reste un beau rêve, le port a une belle carte à jouer dans le cabotage entre les ports belges ou néerlandais et le Royaume-Uni, l’Irlande, voire la péninsule ibérique, pour des allers-retours réguliers. Enfin, deux activités inattendues pourraient constituer de belles locomotives pour l’activité locale : le tourisme et l’enseignement supérieur. Le surprenant succès de la Cité de la Mer montre que le tourisme a de l’avenir… à condition de développer une infrastructure hôtelière digne de ce nom à Cherbourg ! Par ailleurs, alors que l’enseignement supérieur technique attire nombre d’étudiants, l’EICAR, l’école des techniciens de l’audiovisuel, a décidé de quitter Paris pour Cherbourg. Un clin d’œil du destin pour une région qui fut le théâtre des tournages de « Tess d’Uberville » ou des « Parapluies de Cherbourg »...
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