Le secteur minier et les communautés locales : un marché de dupes ?

Entreprises \Développement local

Publié le 22-03-2006

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Mine de cuivre d’Escondida au Chili
Mine de cuivre d’Escondida au Chili

Au cours des années 90, le secteur minier a été identifié par la Banque Mondiale comme un vecteur de développement et un générateur de devises pour les pays en développement. Si la contribution de ce secteur au budget de nombreux pays est indéniable, le résultat est rarement aussi positif pour les communautés locales.

Avec une demande mondiale en ébullition et des cours au sommet, la course à l’extraction des matières premières et au renouvellement des stocks est un challenge quotidien pour les principales entreprises minières mondiales. Malgré les nombreuses reformes juridiques et fiscales entreprises par les pays en développement, sur les conseils de la Banque Mondiale, pour attirer des investissements étrangers dans le secteur minier, cette tâche est devenue de plus en plus ardue au fil des ans, notamment pour l’or et le cuivre. Les entreprises spécialisées dans l’extraction aurifère sont ainsi confrontées à l’épuisement des gisements à forte concentration, ce qui les contraint à exploiter des gisements à faible concentration grâce à d’immenses mines à ciel ouvert. D’après Oxfam, ce travail titanesque nécessite, en moyenne, l’extraction de 79 tonnes de minéraux pour obtenir une once d’or. Cela entraîne une défiguration du paysage, d’importants risques de pollution des nappes phréatiques et des cours d’eaux, l’émission de certains gaz toxiques et une importante consommation d'énergie.

Face à l’importance de ces impacts négatifs potentiels, les communautés locales se montrent de plus en plus réticentes à l’installation de telles activités dans leur arrière-cour. Cette opposition est particulièrement forte dans les pays d’Amérique latine dans les zones encore majoritairement peuplées d’indiens. Outre la crainte d’une contamination des eaux et des sols, ce type d’activité va également à l’encontre de la culture de ces peuples et de la nécessité de vivre en harmonie avec la nature environnante. Cette vision négative des industries extractives est exacerbée par la faillite de nombreuses entreprises minières quant au développement social et économique des communautés voisines des mines.

Un environnement durablement altéré

De la nouvelle Guinée au Pérou en passant par l’Indonésie ou les Etats-Unis, les exemples de destructions environnementales causées par l’industrie minière sont légion. Certaines anciennes mines, dont de nombreuses mines d’or, sont devenues aussi problématiques que les stocks d’uranium usagé et vont nécessiter un suivi et un traitement continu. Rien qu’aux Etats-Unis, le coût de nettoyage d’anciennes mines est estimé à 54 milliards de dollars. Un coût prohibitif pour de nombreux pays en développement.

Le principal risque environnemental des activités minières réside dans le risque de réaction chimique des pierres extraites et exposées à l'air et à l'eau environnants. Dans le cas des mines de cuivres et d’or, il en résulte une libération d’acide sulfurique susceptible de contaminer les cours d’eaux. Situé à San Cerillo au Pérou, la plus profitable mine d’or au Monde, aujourd'hui en exploitation, est un exemple parfait des destructions environnementales générées par ce secteur. Outre l’importante réduction des débits des cours d’eau causée par la captation de gigantesques volumes d’eaux utilisés par la technique de « lixiviation en tas »1, les roches en attente de traitement ont libéré d’importantes quantités d’acides. En conséquence, la densité de poissons dans le ruisseau de Quebrada Honda est passée de 13 par kilomètre en 1997 à aucun en 2000.

Des revenus mal redistribués

Alors que la part l’industrie minière dans le PNB de nombreux pays est en forte croissance, les revenus fiscaux qui en sont tirés ne profitent guère aux communautés vivant à proximité des mines. La région de Cajamarca au Pérou dispose ainsi des gisements d’or les plus riches de la planète mais c'est aussi la région la plus pauvre du pays avec plus de 75% de sa population vivant sous le seuil de pauvreté. Une situation en grande partie causée par la corruption, la bureaucratie, le manque de transparence et la difficulté des gouvernements de nombreux pays à exercer pleinement leur pouvoir. Un écueil que la Bolivie a su partiellement contourner en autorisant les entreprises à déduire une partie des investissements qu'elles font en faveur du développement local (financement de dispensaires ou d'écoles) de leurs impôts.

Cet échec des Etats à redistribuer les fonds nécessaires au développement des communautés locales n’est pas non plus pallié par l’arrivée de cette nouvelle activité économique dans la région. Bien que la construction des infrastructures minières crée de nombreux emplois temporaires dans le bâtiment, leur exploitation est très peu intensive en main d’œuvre et nécessite souvent une main d’œuvre qualifiée. Il en résulte donc une augmentation des différences de revenus entre les personnes travaillant pour la mine et les autres, mais également d’importantes arrivées migratoires qui contribuent à bouleverser les cultures locales.

Des initiatives prometteuses

Cette image négative du secteur minier l'a incité à développer un certain nombre d’initiatives pour répondre aux principales critiques adressées par leurs opposants. Depuis une dizaine d’années, les concessions minières s’accompagnent généralement d’une série de compensations négociées avec les communautés locales sous forme de financement d’infrastructures ou la création de services de santé. Les entreprises les plus progressives du secteur tendent toutefois à compléter ce package « standard » avec des initiatives de développement locale plus ambitieuses. Ainsi, les concessionnaires de la mine de cuivre d’Escondida au Chili (parmi lesquels figurent BHP Billiton et Rio Tinto) ont créé un centre de formation aux métiers de l’industrie dans une commune voisine de la mine. Cette initiative a permis à la direction de la mine de trouver plus facilement une main d’œuvre qualifiée à proximité et donc de pourvoir 80% de ses 2200 postes permanents en faisant appel à la population locale.

Pour pouvoir continuer à se développer, les différents acteurs de l’industrie minière sont désormais confrontés à la nécessité de trouver des solutions novatrices de développement économique et social des communautés locales. Faute de résultats probants, elles risquent de rencontrer une forte opposition des habitants et, dans certains cas, de ne pouvoir mener à bien leurs projets. L’entreprise canadienne Manhattan Minerals s’est ainsi récemment vue retirer son contrat de concession d’une mine de cuivre et d’or à Tambogrande au Pérou. Principale raison de ce revers : lors d’un référendum local, 2% de la population seulement avait voté en faveur de la mine.

Pierre-Marie Coupry
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