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Acheminer jusqu’à la zone d’assemblage « aéro-constellation », dans la banlieue toulousaine, les pièces du futur avion A380 a tout du convoi réellement exceptionnel. Ainsi, les remorques portant le fuselage, les ailes ou l’empennage du gros porteur signé Airbus ne comportent pas moins de 96 roues, pour 8 mètres de large et 14 mètres de haut. Le guidage des camions remorques s’effectue de fait par satellite GPS, en particulier dans les situations les plus délicates - traversée d’agglomération ou franchissement de pont.
« Pour ce premier convoi de test, nous n’avons pas rencontré de gros problèmes », estime Gilbert Raust, responsable de la mission Grand itinéraire à la direction régionale de l’équipement Midi-Pyrénées. « La nouvelle géométrie de la route, modifiée, a bien fonctionné, même s’il a fallu ôter quelques panneaux de signalisation ou déplacer des glissières de sécurité ». Ce premier transport de test s’est effectué plus rapidement que prévu, à la vitesse moyenne de 15 kilomètres par heure. Et, comme pour tout convoi exceptionnel, Airbus s’est adjoint les services d’un transporteur spécialisé (l’entreprise Capelle, à Alès) qui reversera à chaque fois à l’État quelques milliers d’euros au titre de l’escorte mobilisée.
Cinq aires d’arrêt (Langon, Gabaret dans les Landes, Eauze et Ordan-Larroque dans le Gers, L’Isle-Jourdain en Haute-Garonne) ont été spécialement créées pour ces convois d’envergure extraordinaire. L’hectare et demi formé par chaque aire servant « de halte nocturne en fonctionnement normal ou de stationnement en cas de problème du convoi », précise ce responsable de l’équipement.
Un village traversé en son cœur
La vision rassurante décrite par Gilbert Raust n’est évidemment pas celle des opposants déclarés dès la création de l’itinéraire à grand gabarit. « Certes, il y a eu une démobilisation relative de la part des personnes, qui pensent que c’est une lutte perdue », confesse Brigitte Desveaux, porte-parole des Verts en Midi-Pyrénées. « Mais l’enjeu maintenant est la transformation, peut-être, de cet itinéraire en ‘route à camions’. Car même EADS [Ndlr, maison mère d’Airbus] considère que l’utilisation de cet axe sera éphémère pour convoyer les pièces de son avion gros porteur, de l’ordre de sept à huit ans ». Et la militante écologique de déplorer que « la procédure d’urgence prise à l’époque pour aménager la route [ait] échappée au contrôle des citoyens ».
Présent lors de la traversée du village de Lévignac avec une quarantaine d’autres membres du collectif d’opposants à la route à très grand gabarit, Dominique Liot, estime lui aussi que l’affaire n’est pas réglée : « Même si l’itinéraire est quasiment achevé, il reste aujourd’hui les mêmes problèmes qu’au début du projet ». Ainsi, les associations mobilisées, notamment « Lévignac au calme », demandent-elles l’interdiction de passage des poids lourds de plus de 19 tonnes (et donc des convois d’Airbus) dans la vallée de la Save. « C’est tout de même le seul village à être traversé en son cœur par le convoi, avec par endroits le frôlement de façades de maison », constate Dominique Liot. Selon Gilbert Raust, « les personnes s’attendaient à des bruits plus importants. Or ces camions, fabriqués en Autriche, bénéficient de normes plus contraignantes qu’en France, ceci expliquant cela ». À quoi l’opposant associatif répond que ce premier convoi était loin de représenter la masse réelle des acheminements futurs… Mais, plus grave aux yeux de Dominique Liot, l’itinéraire à grand gabarit pourrait bien servir à terme à concrétiser un vieux serpent de mer : le contournement ouest de l’agglomération toulousaine. « La plate-forme multimodale de Castelnau d’Estretefond, au nord de Toulouse sur la route de Paris, n’est distante que d’une vingtaine de kilomètres de l’usine d’Airbus à Blagnac », explique-t-il. Selon lui, il existerait un projet d’abattre des arbres entre ces deux pôles, entre les communes de Montaigu et de Grenade précisément, ce qui faciliterait d’autant le passage de camions par la suite.
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