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Une décharge à ciel ouvert comme il en existe beaucoup au Brésil : des adultes en guenilles et une nuée d’enfants errant sur le monticule d’ordures et récupèrant tout ce qui leur semble recyclable. Ils vont ensuite revendre, en poussant des charrettes à la force de leurs bras, les métaux, plastiques et morceaux de verre à des entreprises des environs. Cette vision appartient désormais au passé, au moins dans la ville de São Leopoldo (207 000 habitants), située à 40 kilomètres au nord de Porto Alegre. En mars 2002, la municipalité a confié à Vega, entreprise de traitement des déchets, filiale du groupe français Suez, le marché des ordures ménagères. Vega a entrepris, moyennant un investissement de 140 000 reais (53 000 euros), de bâtir des infrastructures permettant le tri des déchets. Désormais, le contenu des sacs d’ordures ménagères est déversé sur un long tapis roulant protégé de la pluie et du soleil par un toit en métal. Pour l’entreprise, il n’était pas question de chasser les quelque 200 éboueurs qui travaillaient là auparavant et qui continuent à vivre dans des « vilas », le nom local des favelas, à quelques mètres du site. Vega a donc passé un contrat avec une coopérative locale créée en 1998, Cooperesiduos. Les adultes sont employés comme trieurs de déchets par la coopérative et les enfants ont été envoyés à l’école.
Le même salaire, mais des conditions meilleures Aujourd’hui, 120 personnes, en deux équipes successives, trient les ordures ménagères le long du tapis roulant. L’odeur pestilentielle qui se dégage du monceau de déchets apportés par les camions qui arrivent sans discontinuer ne les empêche apparemment pas de travailler dans la joie. La majorité des salariés sont des femmes, blondes pour une bonne partie d’entre elles : le sud du Brésil a accueilli voici une centaine d’années des immigrants allemands et centre-européens qui continuent de former la majorité des habitants, riches ou pauvres. « Ici, les salariées reçoivent 420 reais par mois (160 euros). Elles gagnaient autant en triant les déchets à ciel ouvert » explique Catia Cristina Marques de Quadros, directrice de la coopérative et ancienne ouvrière d’une usine de recyclage. « Mais désormais, on ne travaille que 7 heures par jour, on se repose le dimanche et on est protégé des intempéries. C’est beaucoup mieux » complète-t-elle. La productivité s’est améliorée : « les conditions de travail sont meilleures et on parvient donc à mieux trier » remarque Cristina Marques. Les éboueurs ont désormais accès à des vestiaires et à des douches, même si « certains n’en prennent pas avant de rentrer chez eux », concède la directrice de Cooperesiduos. Pour SL Ambiental, la filiale de Vega créée pour gérer la décharge de São Leopoldo en janvier 2005, l’opération est rentable. 120 tonnes d’ordures ménagères sont triées chaque jour. « Les différents matériaux sont séparés et revendus aux entreprises qui en ont besoin » explique Idacir Pradella, directeur de l’unité locale de SL Ambiental. Le recyclage manuel ne permet toutefois de récupérer que 10% des déchets en poids, ou 35% en volume. « Au Brésil, 60% des déchets sont d’origine organique ; les gens mangent beaucoup de fruits » avance le directeur en guise d’explication. La décharge de São Leopoldo parvient tout de même à recycler 51% des déchets plastiques, ainsi que 40% du papier et 19% du métal. Au total, la coopérative traite 250 tonnes de déchets par mois, ce qui fournit à l’entreprise un chiffre d’affaires annuel de 850 000 reais (environ 330 000 euros).
Concurrence déloyale ? SL Ambiental a voulu éviter que les résidus puissent faire l’objet d’un deuxième tri, « sauvage ». Les déchets sont donc enterrés dans de vastes bacs préalablement isolés de la terre par une bâche en plastique imperméable. « Il faut éviter que le sol soit contaminé » explique Idacir Pradella. L’eau de pluie ruisselant dans la décharge est récupérée dans des bassins et décontaminée. Le site abrite également un bâtiment fermé au sein duquel sont stérilisés puis traités les résidus hospitaliers, bien plus dangereux pour la santé que les poubelles domestiques. Des salariés de SL Ambiental y travaillent, recouverts des pieds à la tête de combinaisons blanches. La décharge de São Leopoldo apparaît donc à bien des égards comme un modèle, surtout en comparaison des multiples décharges à ciel ouvert qui continuent d’exister au Brésil, même dans le sud, une région pourtant riche. Régulièrement, des écoliers visitent le site de São Leopoldo et y apprennent les vertus du recyclage. On peut toutefois s’étonner que la filiale de Suez n’ait pas choisi de salarier les éboueurs plutôt que de recourir aux services d’une coopérative, qui ne leur garantit pas les mêmes droits sociaux qu’un grand groupe. Luis Gonzagua Alves Pereira, PDG de Loga, une entreprise de traitement des déchets appartenant également au groupe Suez, justifie la stratégie du groupe français : « Notre métier consiste à traiter les déchets, pas à fournir des emplois. Mais nous avons besoin de ces éboueurs. Si nous n’utilisions pas la coopérative, ils envahiraient la décharge et nous feraient concurrence ».
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