Haiti : coalition d'artisans du textile pour obtenir des conditions de travail décentes

Entreprises \Développement local

Publié le 12-05-2003

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A Haïti 400 artisans et entreprises de couture se sont regroupés pour se former et produire selon les techniques industrielles. L'Indepco, l'organisme qui les fédère, constitue un modèle en matière de tentative d'organisation du secteur informel et de lutte contre le sous emploi Les petits et moyens ateliers, équipés ou non d'électricité, honorent des commandes de l'Etat ou du secteur privé. Explications et interview du président fondateur d'Indepco sur le montage du réseau.

" Avant, je travaillais tout seul " aconte Génor Poussin, patron couturier à Cité Soleil à Port au Prince. Son atelier, une bâtisse à pièce unique de 30 mètres carrés, donne sur une petite place, pas loin de la zone franche, à l'entrée du quartier populaire. La réputation du quartier a été ruinée par le chômage et la crise politique traversée par le pays. Génor fait maintenant  travailler huit couturiers. Dos au ventilateur, ils s'affairent ce matin là, sur leur machine électrique, à assembler les empiècements de chemises d'écolier. Une commande de l'Etat que le petit patron a pu obtenir grâce à Indepco. Cet Institut national pour le développement et la promotion de la couture a aussi assuré une formation technique et de gestion.

Le poids économique de la zone franche
Selon les données économiques du Pnud, les produits des établissements d'assemblage situés dans les zones franches d'Haïti sont quasi tous textiles et fournissent plus de 80% des revenus d'exportation contre 20% en 1980. Les emplois auraient atteint 60 000 en 82 pour chuter à la fin des années 90 et lentement remonter à 25 000 emplois en 2002.  Le secteur informel en milieu rural et urbain représente 83 à 86% des emplois haïtiens, 62 à 67% des emplois urbains.
Les ouvriers sont payés moins de deux euros par jour, un peu plus s'ils parviennent à assembler soixante chemises dans la journée. Ce salaire est comparable à celui des instituteurs relativement mal payés par l'Etat et surpérieur à ceux de certains marchands de la rue. C'est en tous cas juste au-dessus du salaire minimum qui vient d'être doublé. Certaines de ses machines, comme la sur jeteuse qui coûte très cher,  proviennent de lots chinois décrochés par l'institut à l'issue de faillites. Quant à l'électricité, le patron se contente d'installer une pince crocodile sur les câbles du réseau pour se la procurer, gratuitement, comme tout haïtien modeste !

Indepco est une ONG au budget de 80 000 euros, créée il y a dix ans par Hans Garoute, professionnel du textile. C'est à la fois un service donné aux artisans du secteur informel, grand pourvoyeur d'emplois en Haïti, et aussi une force de production mise en réseau. L'institut offre un centre de formation fixe au cœur de la capitale et itinérant dans les villes du pays. Il s'agit d'initier, contre cotisations, les tailleurs et couturières qui n'ont souvent que des machines à pédales faute d'électricité, aux techniques industrielles comme la coupe en série.
Le local d'Indepco est situé dans la zone industrielle de l'aéroport, à deux pas des grandes usines d'assemblage de quatre cents à mille salariés installées en zone franche qui répondent aux grands donneurs d'ordre nord-américains. Il sert aussi de pépinière d'entreprises. Par exemple, mi février 2003, 150 ouvriers travaillaient en sous-traitance pour fournir un client privé américain. C'est une possibilité offerte à quelques patrons de faire leurs armes dans un local gratuit,  équipé d'un générateur diffusant une électricité constante, d'internet et du téléphone, un luxe à Haïti.
Enfin Indepco rassemble un réseau de 400 patrons, couturières ou tailleurs, éparpillés dans une trentaine de villes du pays. Le plus souvent, ils font travailler cinq ouvriers minimum et parfois un trentaine. Les tissus coupés au local de l'association sont distribués chez les artisans du pays pour être assemblés. A leur retour ils sont comptés, contrôlés. Ainsi en cinq ans, Indepco a pu fabriquer une part importante des uniformes scolaires des garçons et des fillettes que l'Etat haïtien fourni aux familles modestes. Un contrat décroché grâce à sa compétitivité. Aujourd'hui l'Institut dirige ses efforts vers les clients privés, . Les tissus obtenus directement par contrat avec l'Asie du Sud Est, sont moins onéreux, tandis que la coupe en série permet des économies d'échelle. Le produit devient alors attractif pour les familles : 30 % moins cher que chez le petit tailleur de la ville, soit environ 175 gourdes ( trois euros et demi en monnaie locale). L'institut a aussi décroché des contrats avec des sociétés aussi diverse que les hôpitaux, une compagnie américaine de transport aérienne, la Shell ...
Pour le Sidi (1), l'organisation qui la soutient financièrement, " Indepco détient une véritable vision du développement du pays" Deux projets, celui d'un incubateur pour former à l'exportation les trente meilleurs ateliers et celui d'un magasin de tissu importés doivent être présentés à l'Union européenne pour obtenir des subventions.

Gwénaël le Morzellec
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